Je vois défiler ton visage souriant et ton prénom sur mon écran de télévision, en boucle depuis plusieurs jours. Les chaînes d’information font toujours le même bruit lorsqu’elles n’ont plus rien d’essentiel à dire, au point que, la plupart du temps, je coupe le son, l’image étant déjà plus vulgairement saturée que les promos en tête de gondole.
Ton joli visage, ils le placent dans une petite lucarne, en haut à droite de l’écran, parce que, visiblement, il est moins important que de voir en boucle un hélicoptère, aussi impuissant que tout le reste, tourner au-dessus du silo où tu as été retrouvée.
Parler de toi, m’adresser à toi, ne vouloir que toi comme interlocutrice, tu n’imagines pas à quel point c’est difficile, à quel point c’est essayer d’être en équilibre sur un fil très mince, risquant la chute à la moindre maladresse.
Ils sont tous là à chercher des explications ou des coupables, à parler de « naufrage judiciaire » ou de « séisme politique »… en oubliant la peine indicible de tes parents, à quel point la douleur est immense, comme une chute dans le vide qui ne se terminera plus jamais.
Le curseur sur mon écran clignote et tout est figé. Il se passe plusieurs minutes entre chaque phrase, à force de chercher le mot juste, l’élégance indispensable et comment transformer la colère en raison, comment faire avec ce que nous sommes, nous les humains, capables du pire, jusqu’au sacrilège ultime qui consiste à donner la mort à un enfant.
Il m’est arrivé d’écrire à peu près sur tous les sujets, dans une forme d’aspiration citoyenne à contribuer à la plus grande tâche qui soit, dans un appel au collectif, à « réparer le monde », à restaurer la fraternité, à soigner, à soulager les peines et combattre les injustices, à nettoyer et embellir nos lieux de vie, à avoir la seule ambition qui vaille, de réduire la distance entre le monde tel qu’il est et le monde tel que nous rêverions qu’il soit.
Dans cette quête, naïve ou idéaliste pour certains, et vitale pour d’autres, il y a toujours eu une cause sacrée, une priorité « politique » au-dessus de toutes les autres : protéger les enfants.
Les protéger et leur léguer quelque chose qui serait la preuve que nous les aimons assez, qu’ils sont ce qu’il y a de plus précieux.
Certains chantent une hypothétique « Place des grands hommes »… Moi, je ne vois aujourd’hui qu’un défilé des hommes tout petits.
Repose en paix, chère Lyhanna, je ne t’oublierai pas
Angela Rostas, 1983 – 2024, victime de l’antitsiganisme
Chère Angela,
Ton visage et ton nom auraient pu me rester à jamais inconnus. Car c’est dans l’indifférence générale que tu es morte le 22 février 2024, enceinte de 7 mois, victime d’un assassinat à caractère raciste.
Mais le 14 février 2026, le militant néo nazi Quentin Deranque est mort lors d’une rixe avec des militants antifascistes à Lyon, et l’Assemblée Nationale lui a offert une honteuse minute de silence. Ont alors fleuri sur les réseaux les portraits de ces personnes tuées par des militants d’extrême droite et qui elles n’avaient pas eu le droit à cet honneur.
Parmi ces visages essentiellement masculins, il y avait le tien, chère Angela. Illuminé par ce sourire qui aurait réchauffé un cœur glacé par un millier d’années de solitude. Alors maintenant que je connais ton visage et ton nom, permets moi d’essayer de raconter ton histoire.
Tu es née en 1983 en Transylvanie, dans le centre de la Roumanie. On connaît cette région comme la patrie du comte Dracula, beaucoup moins pour les émeutes anti Roms qui ont ensanglanté le village de Hădăreni le 20 septembre 1993. Un village où tu vivras d’ailleurs plus tard en compagnie de ton mari. Suite à une rixe entre un groupe de Roms et un jeune Roumain ayant entraîné la mort de ce dernier, un groupe de villageois accompagné du commandant de la police locale incendie la maison dans laquelle les Roms se sont retranchés. L’un d’entre eux réussira à s’échapper, mais un autre mourra brûlé vif dans la maison, et les deux derniers seront lynchés par la foule en essayant de prendre la fuite. Dans la foulée, de nombreuses maisons appartenant à des familles roms sont incendiées, sans que la police ne fasse rien pour s’opposer aux attaques. Dans une prise de position officielle, le gouvernement roumain affirmera comprendre la colère des villageois.
Le terme de « Rom » désigne au sens large les lointains descendants d’une population ayant quitté l’Inde du Nord il y a plus de mille ans. Brisons tout de suite le cou à une idée reçue. Les Roms ne sont pas toutes et tous nomades par choix de vie. Pour la majorité d’entre eux, ce sont les persécutions et les discriminations dont ils ont été et sont encore victimes qui les poussent sur les routes de l’exil. C’était aussi ton cas, comme les 15 à 20 000 de tes compatriotes roms venus chercher ici ce qu’on leur refuse là-bas.
Je ne connais que peu de choses de ton chemin d’exil, chère Angela. Je sais juste que tu es arrivée en France en 2008 ou 2009, en compagnie de ton mari Tarzan, avec l’espoir de pouvoir y offrir une vie meilleure à vos enfants. En Roumanie, ils et elles n’auraient même pas eu la possibilité d’aller à l’école. Vous vous installez dans le village de Chênex en Haute-Savoie, près de la frontière suisse. Déjà mère d’une petite Soledad, tu auras deux autres filles : Rada en 2010 et Denisa en 2011.
Tu es finalement très peu connue à Chênex, où ta famille et toi vivez dans une caravane, à l’écart des autres habitants du village. Tout le contraire de Vieusseux, ce quartier populaire de Genève où tu gagnes ta vie en rendant de menus services aux habitantes et aux habitants. Là-bas, tout le monde ou presque connaît le sourire, la joie de vivre et le grand cœur d’Angela. Un jour, une de tes amies, prénommée Helena, te fait part de ses difficultés financières. Immédiatement, tu proposes de lui offrir le billet de 10 francs que tu as en poche. Voilà la vraie générosité, celle de ceux qui n’ont rien et qui pourtant sont prêts à y renoncer pour aider leurs prochains. A côté, les aumônes distribuées par nos milliardaires pour s’acheter une conscience ne valent vraiment pas grand chose.
Mais de l’autre côté de la frontière, en France, la haine prospère à bas bruit. On accuse les gens du voyage d’être responsables des vols et cambriolages commis dans la région. Pourtant, il n’y en a pas plus qu’ailleurs, et rien ne permet de les relier à cette communauté que l’on accuse sans preuve. Mais l’argument est bien connu : « eux » bénéficieraient du laxisme des autorités, alors que « nous », sous-entendu les bons français, serions mis à l’amende à tout bout de champ pour un rien. A deux reprises, entre 2016 et 2020, votre caravane est incendiée en votre absence. Vous déposez plainte à la gendarmerie, mais le ou les coupables ne seront jamais retrouvés.
En 2023, un couple de Chênex vous offre un mobile home, qui est déplacé avec l’autorisation de la mairie dans un champ, à l’écart des habitations. Peu après votre installation, tu apprends que tu es enceinte de ton quatrième enfant. Ce sera un garçon, une immense fierté pour ton mari et pour toi, qui partage ton bonheur avec tes ami·es de Vieusseux. Tu vas avoir un fils, il s’appellera Ferdinand.
Voilà venu le moment où entre en scène ton assassin. C’est un jeune artisan de 26 ans qui vit dans un village à proximité de Chênex. Passionné de chasse, il passe une grande partie de son temps libre à arpenter les bois de la région, armé de son fusil. Un jour, il a une discussion houleuse avec ton mari, à qui il reproche de se servir en eau dans le domaine public. Puis en 2023, il est victime d’un vol dans sa camionnette de chantier. C’est un coup dur pour sa jeune entreprise, qui ne sera qu’insuffisamment dédommagée par l’assurance. Pour lui c’est sûr, ce sont les Roms qui ont fait le coup.
Le 20 février 2024, accompagné d’un ami, il se rend sur une aire d’accueil des gens du voyage. Les deux hommes épaulent leur fusil de chasse et tirent sur les caravanes. Par miracle, les balles qui traversent les murs ne font pas de blessé, la jeune fille qui occupait l’une d’entre elles ayant eu la chance d’être allongée au moment des tirs. Mais les familles qui vivent sur l’aire d’accueil, terrifiées, s’en vont dès le lendemain.
Deux jours plus tard, le jeudi 22 février 2024, les deux amis partent pour une nouvelle expédition, dirigée cette fois contre le mobil home de ta famille. La nuit est presque tombée, il fait sombre. Ton assassin met l’habitation en joue, et tire une première balle sur une bonbonne de gaz posée près de la porte. Si elle avait été pleine, tout le mobil home aurait explosé. Lorsque retentit la deuxième détonation, tu ouvres la porte pour voir ce qu’il se passe. Le troisième coup de feu te sera fatal. Touchée à l’abdomen, tu meurs peu après, dans les bras de ton mari et de tes deux plus jeunes filles. Tu avais quarante ans.
Si à Chênex les habitant·es parlent surtout de ton meurtrier, « un jeune homme si bien, on ne comprend pas », à Vieusseux l’émotion est immense lorsqu’on apprend ton assassinat. Tes ami·es multiplient les petits hommages, déposant des fleurs, des cigarettes ou des tasses de café, symboles de ces moments de joie simple partagés avec toi. Et parmi ces poussières de souvenirs, trône ta photo et ton immense sourire.
Après ta mort, ton corps est rapatrié en Roumanie pour y être enterré. Mais ton assassin ne t’a pas seulement ôté la vie. En détruisant le fragile équilibre de votre famille, il a aussi brisé la vie de tes trois filles, pour qui tu t’étais battue sans relâche, avec un amour et une détermination immenses. Soutenues par les amitiés que tu avais su tisser au-delà de la communauté rom, elles cherchent aujourd’hui à se reconstruire et à vivre avec la douleur d’avoir perdu leur maman adorée.
Qui est responsable de ta mort, chère Angela ? Celui qui a appuyé sur la gâchette du fusil, ou bien ceux qui, à force de déverser leurs discours de haine, ont armé son bras ? Car en matière de racisme, tu le sais mieux que moi, les mots peuvent tuer tout autant que les balles.
Parmi tous les racismes qui gangrènent encore la société française, l’antitsiganisme est incontestablement celui qui reste le plus prégnant. Le peuple rom a pourtant connu comme d’autres l’horreur absolu du génocide. Plusieurs centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants furent exterminé·es par les nazis et leurs collaborateurs, dans ce que l’Histoire a retenu sous le nom de Samudaripen, « le meurtre de tous ». Mais ces souffrances abominables n’ont pas suffi à faire disparaître les stéréotypes et la haine qui souvent les accompagnent. 50% des personnes interrogées par la Commission Nationale Consultative des droits de l’homme affirment ainsi que les Roms « exploitent très souvent les enfants », quand 45% sont persuadées qu’ils « vivent essentiellement de vols et de trafics ».
Mais comment s’en étonner quand les stéréotypes racistes les plus répugnants sont repris par Nicolas Sarkozy dans son discours de Grenoble en 2010, ou par Manuel Valls, symbole s’il en est du reniement et de la trahison, qui déclarait en 2013 que les Roms « ont des modes de vie extrêmement différent des nôtres » et « ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie » ? Ou quand un maire du Val d’Oise participe lui-même à des violences et des intimidations dirigées, entre autres, contre une quinzaine d’enfants. Et que le tribunal le relaxe, lui et ses complices.
C’est en refusant aux familles roms des droits aussi essentiels que l’accès à l’eau potable, à l’électricité, au retrait des poubelles, à la scolarisation des enfants et à la sécurité, que nous créons nous-mêmes les conditions de leur rejet. Et c’est bien la fabrication de ce « problème rom » qui a donné à ton assassin un sentiment de légitimité suffisant pour « se faire justice » lui-même.
Si Sojourner Truth vivait encore, elle nous poserait certainement ces questions : les hommes roms ne sont-ils pas des hommes ? Les femmes roms ne sont-elles pas des femmes ? Les enfants roms ne sont-ils pas des enfants ?
Me voilà arrivé à la fin de mon récit, chère Angela. Mais avant de te dire au revoir, avec toutes celles et ceux qui liront ces lignes, je voudrais t’offrir cette minute de silence à laquelle tu n’as pas eu droit.
( … )
Je ne te connaissais pas, Angela Rostas. Maintenant si, et je ne l’oublierai pas !
Il fait encore frais ce lundi matin, alors tu t’es habillée chaudement, chère Myriam. Tu as enfilé tes collants blancs, ce sont tes préférés.
Tu es un peu en retard alors, tu laisses la fin de ton petit déjeuner sur la table de la salle à manger.
Tu le finiras peut-être ce soir, ou peut-être pas. A 7 ans, cela n’a aucune importance.
Tu ne veux pas arriver en retard à l’école. Tu es en CE2. C’est important le CE2 !
Tu adores danser, chère Myriam. Dans quelques mois aura lieu le spectacle de fin d’année, il faut que tu sois prête. Alors en sortant de chez toi, tu esquisses quelques pas de danse.
Te voilà sur le trottoir, devant le collège-lycée juif Ozar Hatorah, fondé par tes parents Yaacov et Yaffa il y a plus de 20 ans.
Tu attends la navette qui t’amènera à l’école. A tes côtés se tient Jonathan Sandler, enseignant à Ozar Hatorah, accompagné de ses deux fils, Arié 5 ans, et Gabriel 4 ans.
Il est bientôt 8 heures. Tout va bien, tu es à l’heure.
29 janvier 2024, ville de Gaza.
7 personnes s’entassent dans une Kia noire. Le couple Hamada avec leurs 4 enfants et leur nièce de 5 ans, toi, chère Hind.
Comme vous en avez reçu l’ordre par l’armée israélienne, vous fuyez votre quartier de Tel al-Hawa, en direction du Sud. Mais au détour d’une rue, vous tombez nez à nez avec les chars israéliens, qui ont envahi le quartier.
Impossible de vous échapper. Quand l’un des tanks tire sur votre véhicule, ton oncle, ta tante et 3 de leurs enfants sont tué·es sur le coup. Avec ta cousine Layan, 15 ans, vous êtes les deux seules survivantes.
Par l’intermédiaire d’un autre oncle, les opérateur·ices du Croissant Rouge parviennent à joindre Layan par téléphone. Lorsqu’elle décroche, elle crie, en larmes : « Ils nous tirent dessus. Le char est juste à côté de moi. Nous sommes dans la voiture, le char est juste à côté de nous »
Puis de nouveau le bruit des balles, un cri, et le silence.
Toulouse, devant l’école Ozar Hatorah.
Un homme casqué gare son scooter Yamaha blanc devant l’établissement.
Armé d’un 11,43 et d’un pistolet mitrailleur, il ouvre le feu et abat Jonathan Sandler et son fils Arié. L’arme s’enraye, Gabriel et toi Myriam courez vous réfugier dans la cour de l’établissement.
Mais le tueur ne vous laissera aucune chance. Il pénètre dans la cour et avec sa deuxième arme, il abat le petit Gabriel.
Tu n’aurais pas dû mourir, chère Myriam. Tu aurais pu t’échapper, mais tu cherches à emporter ton cartable rose, trop lourd. Tu trébuches.
Qu’y avait-il donc de si précieux dans ce cartable ? Y avais-tu caché un dessin, ou un poème écrit pour ta maîtresse pendant le week-end ? Je vois à quel point mes deux enfants chérissent ces petites créations, si fragiles, comme eux, comme toi.
Aujourd’hui la haine s’est faite homme et elle n’a pas eu de pitié, même pour une petite fille de 7 ans au visage d’ange et aux boucles blondes.
Ville de Gaza
Lorsque les opérateur·ices du Croissant Rouge rappellent, c’est toi, Hind, qui répond. Toute ta famille est morte autour de toi. Pendant trois longues heures, tu resteras en ligne avec les opérateur·ices, qui te recommandent de rester cachée dans la voiture. On entend régulièrement le bruit des balles. De ta voix fluette de petite fille de 5 ans, tu supplies : « J’ai si peur. S’il te plaît, viens. Viens emmène-moi. S’il te plaît, viendras-tu ? »
Tu n’aurais pas dû mourir, chère Hind. Après trois heures d’un effort surhumain, les secouristes du Croissant Rouge parviennent finalement à obtenir un laisser-passer de l’armée israélienne, et envoient une ambulance pour te porter secours. A son bord, deux ambulanciers, Youssef Zeino et Ahmed Al-Madhoun. Les secouristes pleurent de joie, ils parviennent même à te mettre en ligne avec ta mère. Ça y est, tu es sauvée !
Guidés au téléphone par les secouristes, les ambulanciers se frayent un chemin dans les rues dévastées par les bombardements. Mais alors que leur véhicule n’est plus qu’à quelques centaines de mètres de la Kia, il est frappé par un obus israélien.
Les opérateur·ices te parleront une dernière fois, le temps que tu leur confirmes avoir entendu l’explosion de l’ambulance. Puis la connexion est coupée, c’est de nouveau le silence. Il est 19h30, et ta voix s’est éteinte.
Aujourd’hui la haine s’est faite homme et elle n’a pas eu de pitié, même pour une petite fille de 5 ans au visage d’ange et aux boucles brunes.
Douze jours plus tard, le 10 février 2024, ta famille et des journalistes peuvent enfin se rendre sur place, après que l’armée israélienne ait évacué le quartier.
Déchiquetée par 355 impacts de balle, les fenêtres éclatées, la Kia noire a été poussée sur le bas-côté, sans doute par un bulldozer. Ton petit corps y repose, en compagnie de ceux de tes 4 cousin·es, de ta tante et de ton oncle.
A 150 mètres de là, on retrouve l’ambulance éventrée et les restes calcinés des corps de Youssef Zeino et Ahmed al-Madhoun.
Chère Hind, tu es morte pour la simple raison que tu étais palestinienne.
Chère Myriam, tu es morte pour la simple raison que tu étais juive.
Quand on s’attaque à ses enfants, le monde devrait se lever dans l’instant pour les protéger, ou au moins pour honorer leur mémoire. Mais nous ne nous sommes pas levé·es, ni pour l’une ni pour l’autre.
Nous nous sommes trouvé des excuses, nous avons détourné le regard, nous nous sommes tu·es. Et sur le terreau de notre lâcheté, les graines de la haine ont continué à germer.
Pardon Myriam. Pardon Hind. Nous n’avons pas su vous protéger. Et nous avons appris avec vous que les anges meurent aussi.
J’ai cessé depuis longtemps de croire au paradis. Mais en pensant à vous, Hind et Myriam, il m’arrive pourtant de rêver qu’il existe, pour que les anges ne meurent jamais.
C’est promis, chère Hind, chère Myriam, je ne vous oublierai pas.
Portrait rédigé par Guillaume Dufresne
L’antisémitisme, comme toutes les autres formes de racisme, est un poison que nous devons combattre sans relâche.
Comme l’ont rappelé l’International holocaust rememberance alliance et la déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, critiquer l’Etat d’Israël et dénoncer les crimes qu’il commet ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme.
En juillet 2025, l’ONG israélienne B’Tselem a publié un rapport intitulé « Our genocide » dénonçant le génocide commis par Israël dans la bande de Gaza.
Si le sujet de l’antisémitisme vous intéresse, je vous recommande la lecture du livre de Jonas Pardo « Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme »
Tous les enfants du monde devraient être protégé.es et leur mémoire honorée lorsqu’ils et elles sont assassiné.es. Qu’ils et elles soient Juif.ves, Palestinien.nes ou quoi que ce soit d’autre n’y devrait rien changer.
Je pense chaque jour de ma vie à Myriam Monsonégo et Hind Rajab, ces deux anges qui n’auraient jamais dû mourir
Ressources utilisées pour ce portrait:
– La voix de Hind Rajab, film de Kaouther Ben Hania
C’est une image que je porte en moi depuis longtemps.
Depuis l’été 2023 précisément, lorsque je suis tombé sur la photo des corps de Marie Dosso et de sa mère Fati, allongés l’une contre l’autre dans les sables du désert lybien. Elles y étaient mortes de soif après avoir été expulsées par les autorités tunisiennes
Cette photo n’a pas eu le caractère iconique de celle du corps du petit Alan Kurdi, 3 ans, étendu sur le ventre, sur une plage turque, en septembre 2015.
Mais le sourire de Marie Dosso, quand elle était encore vivante, m’a touché au plus profond de l’âme. Elle avait alors à peu près l’âge de ma fille, et j’ai eu comme un flash lorsque leurs deux sourires se sont superposés.
J’avais écrit alors les premières lignes de ce texte, mais il m’aura fallu le projet des chères oubliées le mener à bien. Il aura fallu aussi la puissance de ma colère face à la mort de ces enfants que nous décidons de laisser mourir..
Car tel est le prix de notre politique migratoire, alors que nous cédons chaque jour un peu plus aux sirènes délirantes de l’extrême droite: des enfants violés, des enfants torturés, des enfants qui se noient, des enfants qui meurent de soif dans le désert.
Des enfants que nous pourrions sauver, mais devant les souffrances desquels nous préférons détourner le regard.
Alors s’il vous plaît, la prochaine fois que vous aurez envie de parler de crise migratoire, pensez au sourire de Marie Dosso, à la vie et aux rêves dont elle fut privée.
Il n’y a pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise d’humanité!
Version audio du portrait
Marie Dosso, 2017 – 2023, poussière d’étoiles
Chère Marie,
Je vois ton corps si frêle allongé sur le sable
Quels rêves portais-tu dans ton petit cartable
Où donc t’auraient menée tes souliers d’écolière
Si tu n’avais connu la mort dans le désert
J’aime à te croire heureuse quelque part dans le ciel
Que tu goûtes enfin à la paix éternelle
La joie dont t’a privée la barbarie humaine
Et que s’est estompé le parfum de la haine
Et j’ai vu ton sourire dans celui de ma fille
Tu es née en Libye, terre violente et hostile
Tes parents s’y connurent sur leur chemin d’exil
Leur seul tort fut d’avoir rêvé d’autres rivages
D’avoir voulu donner au bonheur un visage
D’avoir cru un instant après toutes ces tortures
Que le verbe s’aimer s’écrirait au futur
Et j’ai vu ton sourire dans celui de ma fille
Je ferme les paupières et je pense à ton père
Lui a qui l’on a pris ce qu’il a de plus cher
Il n’est plus qu’un fantôme hurlant son désespoir
Mort parmi les vivants, il erre dans le noir
Je voudrais un instant partager sa douleur
Le prendre dans mes bras, le serrer sur mon cœur
Et j’ai vu ton sourire dans celui de ma fille
Jusqu’où devront aller les frontières de l’horrible
Pour qu’elles cessent enfin de nous être invisibles
Ce sont aussi les nôtres tous ces enfants qui meurent
Le sang des innocents n’a qu’une seule couleur
Alors ouvrons nos cœurs aux damnés de la terre
Faisons tomber la haine, les murs et les frontières
Pour que le chant des morts soit enfin recouvert
Par les rires des vivants revenus des enfers