Je ne compte plus les fois où, pour avoir voulu rendre hommage à des enfants palestiniens assassinés par Israël à Gaza ou en Cisjordanie, j’ai été qualifié d’antisémite ou de soutien du Hamas.

- Je voudrais vous parler de Fatima Hassouna, cette photojournaliste gazaouie assassinée avec sa famille par une frappe israélienne le 16 avril 2025, quelques jours avant la projection du film de Sepideh Farsi Put your soul on your hand and walk dans lequel elle témoignait de sa vie pendant le génocide.Elle fait partie des près de 300 journalistes palestinien·nes assassiné·es par Israël depuis le 7 octobre 2023
Je vous avais raconté son histoire à l’été 2025, dans un portrait croisé avec Shireen Abu Akleh et Madleen Kulab
Quelques mois avant sa mort, elle avait déclaré “Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une simple brève dans un flash info, ni un chiffre parmi d’autres. Je veux une mort dont le monde entier entendra parler, une empreinte qui restera à jamais, et des images immortelles que ni le temps ni l’espace ne pourront effacer”.
- Je voudrais vous parler de Sonita Alizadeh, cette jeune rappeuse symbole de l’indomptable liberté des femmes afghanes, n’en déplaise aux terroristes talibans et à ceux qui en Europe leur déroulent le tapis rouge pour discuter de l’expulsion des réfugié·es afghan·es.
J’ai découvert son histoire grâce à la formidable BD de Pénélope Bagieu « Culottées ». Elle a dû fuir en Iran à 10 ans, avant de trouver refuge aux Etats-Unis, où elle suit des études de droit pour devenir avocate internationale
Vous pouvez voir ici le clip de sa chanson « Mariées à vendre »
- Je voudrais vous parler de Vivian Silver, infatigable militante pour la paix assassinée par le Hamas le 7 octobre 2023, avec une centaine d’autres habitant·es du kibboutz Beeri.
Originaire du Canada, Vivian Silver s’installe en Israël en 1974, militant d’abord pour les droit des femmes avant de s’intéresser à la coexistence entre Juif·ves et ArabesAprès avoir rejoint l’ONG B’tselem au début des années 2000, elle fonde en 2014, après la guerre de Gaza, Women Wage Peace, un mouvement pacifiste et féministe dont l’objectif principal est de prévenir de futures guerres grâce à la participation active de femmes d’horizons politiques et religieux divers
Après son assassinat et plutôt que de sombrer dans la haine et le désir de vengeance, son fils Yonatan Zeigen a préféré reprendre son combat pour la justice, pour l’égalité des droits entre Israélien·nes et Palestinien·nes, et pour la paix. Ecoutez son interview accessible ici, elle est bouleversante de courage, d’espoir et d’humanité
Je pense aussi à d’autres femmes israéliennes qui se battent pour la paix et la justice, en dépit des menaces et des violences qu’elles subissent, comme Yuli Novak, présidente des ONG Breaking the silence puis B’tselem, ou Rachel Szor, réalisatrice du documentaire « Naza », primé à la Mostra de Venise 2026 et qui raconte le génocide à Gaza à travers les voix de 24 officiers du renseignement et soldats israéliens ayant participé aux opérations
- Je voudrais vous parler de Julienne Lusenge, cette journaliste de la République démocratique du Congo qui lutte sans relâche pour les droits des femmes victimes de violences sexuelles dans le Nord-Kivu, en dénonçant notamment l’utilisation des viols comme arme de guerre.
Directrice exécutive du Fonds pour les Femmes congolaises, elle a reçu en 2023 le prix des droits de l’homme des Nations Unies Souvent oublié, le conflit en RDC a entraîné la mort de 5 à 6 millions de personnes depuis la fin des années 90, pour la plupart causées par la malnutrition, les maladies et l’effondrement des infrastructures sanitaires. Le nombre de femmes violées est lui estimé entre 400 000 et 2 millions.
- Je voudrais vous parler d’Amal Khalil, cette journaliste libanaise assassinée par l’armée israélienne le 22 avril 2026 alors qu’elle effectuait un reportage pour le quotidien libanais Al-Akhbar dans le sud du pays. Des enquêtes d’Amnesty International et de Human Rights Watch ont montré que l’armée israélienne connaissait son identité au moment de la frappe, et que celle-ci a délibérément visé des civils.
Amal Khalil est la 9ème journaliste tuée par l’armée israélienne au Liban en 2026, la 23ème depuis 2023.
- Je voudrais vous parler de Donya Mohammadi, cette jeune Iranienne de 20 ans arrêtée il y a deux ans sur des accusations de meutre. Après un simulacre de procès, elle est exécutée par pendaison le 19 aout 2026 dans la prison d’Ilam
Depuis le début de l’année 2026, au moins 28 femmes ont été exécutées en Iran, la dernière en date du 28 septembre, Mahrokh Mirzaei. Elles avaient été 48 en 2025, un nombre encore jamais atteint. Bon nombre de ces femmes étaient victimes de violences domestiques et ont agi en état de légitime défense.
En 2025, au moins 1639 personnes ont été exécutées en Iran, une hausse de 68% par rapport à 2024 et un record depuis 36 ans. Dans le monde, seule la Chine procède à plus d’exécutions.
- Je voudrais vous parler de Niemat Ahmadi. Fondatrice et présidente du « Darfur Women Action Group », elle lutte sans relâche pour réveiller le monde de son indifférence face aux massacres de civils au Soudan, qualifiés par beaucoup de génocide.
Débutée en avril 2023, la guerre civile soudanaise a déjà fait entre 150 000 et 200 000 victimes et entraîné le déplacement de 13 à 14 millions de personnes. Elle oppose les forces gouvernementales à la milice des Forces de Soutien Rapide (FSR). Les FSR sont dirigées par Mohamed Hamdan Dogolo, un criminel sanguinaire qui était à la tête de la terrible milice janjawid responsable il y a 20 ans d’un premier génocide au Darfour
Cette guerre est aussi un conflit par proxy entre l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, ces derniers soutenant financièrement les FSR. Leur permettant au passage de mettre la main sur les réserves d’or du Darfour, exportées légalement ou illégalement vers Abu Dhabi. Vous pouvez écouter Niemat Ahmadi dans cette interview du média Zeteo
- Je voudrais vous parler de Yasmin Ullah. Cette poétesse rohingya, aujourd’hui réfugiée au Canada après avoir connu l’exil en Thaïlande, dirige le Rohingya Maìyafuìnor Collaborative Network (RMCN), qui se bat pour la reconnaissance du génocide et la défense des droits des Rohingyas
Privé·es de droits par une loi d’apartheid en 1982 qui leur retire la nationalité birmane et les empêche d’aller à l’école, de voter ou de voyager librement, les Rohingyas ont été victimes en août 2017 de massacres commis par la junte birmane ayant causé la mort de 30 000 personnes et l’exil de 1,2 million d’autres au Bengladesh voisinDes massacres dont le caractère génocidaire a été reconnu par la plupart des pays occidentaux, Etats-Unis, France et Grande-Bretagne en tête. Comme quoi quand on veut on peut…Vous pouvez lire ici un poème de Yasmin Ullah, intitulé « Crash »
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