Bonjour à toutes et à tous,
Près d’un square où j’aime aller jouer avec mes enfants, à quelques minutes à pied du lieu où j’ai grandi, Il y a une petite place dédiée à la mémoire des 44 enfants d’Izieu et de leurs 7 éducateurs. Arrêté·es le 6 avril 1944 lors d’une rafle de la Gestapo, elles et ils ont été déporté·es et assassiné·es, la plupart à Auschwitz, pour la simple raison qu’ils et elles étaient né·es juif·ves.
Sur cette place, il y a une plaque, souvent fleurie d’un bouquet. Leurs noms y sont gravés, avec l’âge qu’elles et ils avaient le jour de leur mort.
Et en bas à droite de cette plaque, sont gravés ces 4 mots: NE LES OUBLIONS JAMAIS.
Je n’ai de la Shoah qu’une connaissance théorique. Ce que m’ont appris mes parents et mes professeurs. Ce que j’ai lu dans les livres de Primo Levi, d’Elie Wiesel, d’Imre Kertész, de Jorge Semprun, de Charlotte Delbo. Ce que j’ai vu dans les films de Claude Lanzmann, d’Alain Resnais, de Costa Gavras, de Laszlo Nemes, de Jonathan Glazer. Ce que je transmets à mes enfants avec les histoires d’
Irena Sendler, de Simone Veil, d’Elise Rivet, de Mila Racine ou de Marianne Cohn.
Mais aussi théorique que soit cette connaissance, je me suis toujours senti investi d’une responsabilité. Faire vivre la mémoire de ce crime abominable, et tout faire pour que jamais il ne se reproduise. Ni contre les Juifs et les Juives, ni contre aucun autre être humain sur cette planète.
Et puis il y a eu le Rwanda. Je n’avais pas encore 8 ans quand ont débuté les massacres au pays des 1000 collines. Je n’en ai gardé que très peu de souvenirs, sans doute mes parents ont-il fait ce qu’ils ont pu pour me protéger de ces images insupportables. Là encore je dois beaucoup à la littérature, en particulier aux livres de Scholastique Mukasonga et de Beata Umunyeyi Mairesse. Et je porte d’autant plus la mémoire de ce génocide que mon pays et celui de mes enfants en a été largement complice, soutenant, armant et protégeant les génocidaires au nom d’absurdes considérations géopolitiques. Comme il avait été complice de la Shoah.
Et puis il y a eu Gaza. Les massacres, les assassinats ciblés de journalistes et de soignants. La destruction des écoles, des hôpitaux, des terres cultivables et même des cimetières.
Face à tout cela, je me suis tu pendant longtemps, presque 2 ans.
Et puis un jour, à la sortie de mois de dépression qui m’avaient fait perdre jusqu’au sentiment d’amour pour mes propres enfants, j’ai découvert
l’histoire d’Amna Al-Mufti. Et mon silence est alors devenu intolérable. Il est devenu complicité.
Comment continuer à serrer mes enfants dans mes bras sans parler de celles et ceux qui là-bas meurent sous les bombes et les balles?
Comment leur parler de la Shoah ou du Rwanda, et me taire sur les enfants mourant de faim à Gaza?
Amna al-Mufti fait partie de ces plus de 20 000 enfants assassinés à Gaza,
un chiffre très certainement largement sous-estimé.
Auxquels il faut ajouter des dizaines de milliers d’enfants blessé·es, la plupart mutilé·es. Et des dizaines de milliers d’orphelin·es.
Voilà pourquoi je parle des enfants de Palestine.
Je savais à quoi je m’exposais en évoquant publiquement ce sujet, même pour honorer la mémoire d’enfants assassiné·es. A la toute fin de l’année 2025, j’ai subi une campagne très violente de cyberharcèlement en meute suite à un poste d’hommage à une petite fille palestinienne, dans le but évident de m’intimider pour me faire taire. J’ai déposé plainte début 2026, constatant au passage que pour espérer accéder à la justice, il valait mieux avoir pas mal d’argent de côté. Et je continue à parler des enfants de Gaza.
Mais je n’ai pas un grand courage. A la différence de celles et ceux qui portent la Shoah dans leur chair, dans l’histoire de leur famille, et qui ont l’immense bravoure de poser les mots justes sur ce qui se déroule sous nos yeux en Palestine. Elles et eux ont compris le vrai sens de ces mots: « never again ». J’ai pour elles et eux une admiration sans borne.
Quant à ceux qui m’ont qualifié d’antisémite ou de soutien du Hamas parce que je parle des crimes israéliens commis à Gaza et en Cisjordanie, en vérité je suis désolé pour eux.
Qu’y puis-je s’ils ne voient plus des enfants innocents mais de futurs terroristes? Qu’y puis-je si en renvoyant sans cesse aux crimes abominables du Hamas, ils s’associent eux-mêmes à cette barbarie?
Leur seul étalon de vertu serait donc une organisation terroriste? En quoi la barbarie de ces fanatiques justifie-t-elle la barbarie d’un Etat?
Chaque génocide est unique, comme le sont les histoires de chacune de leurs victimes. Mais il me semble que les mémoires de ces victimes doivent pouvoir se rejoindre, pour que l’humanité toute entière puisse se souvenir, et semer parmi les ruines de la haine des graines d’amour, d’espoir et de fraternité.
Mais qui se souviendra des enfants assassiné·es à Gaza et en Cisjordanie? Qui honorera leur mémoire ? Qui prononcera leurs noms? Qui pleurera devant l’innocence de leurs sourires éclatants?
Depuis six mois environ, j’essaye de rendre hommage à ces enfants. La tâche est impossible, elles et ils sont si nombreuses et nombreux, et l’on sait si peu de choses de leurs vies comme de leurs morts.
Mais aussi impossible que soit cette tâche, aussi dérisoire que soit ce geste d’amour et de fraternité face à l’immensité des massacres, je refuse de renoncer à prendre ma part du devoir de mémoire.
Je veux donc ici me souvenir des 44 enfants d’Izieu, et de 44 enfants assassiné·es à Gaza.
Barouk-Raoul Bentitou et
Ismaïl Aql avaient 12 ans
Joseph Goldberg et Mustafa Dalloul avaient 12 ans
Georgy Halpern et Fatima al-Bayid avaient 8 ans
Renate Krochmal et Rimas Zarab avaient 8 ans
Max Leiner et Sumaya al-Orouqi avaient 8 ans
Sigmund Springer et Joud Douhair avaient 8 ans
De tous ces enfants qui ne vivront plus, au moins, je n’oublierai jamais ni les noms, ni les visages.
Prenez soin de vous et surtout de nos enfants, partout sur cette planète
Guillaume
NE LES OUBLIONS JAMAIS

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