La semaine du 19 janvier 2026, nous avons accueilli en stage d’observation 8 élèves de 3eme du collège Victor Hugo à Nanterre.



La semaine du 19 janvier 2026, nous avons accueilli en stage d’observation 8 élèves de 3eme du collège Victor Hugo à Nanterre.




De son vrai nom Fāṭimih Baraghāní, Fāṭemeh fut une grande poétesse et une théologienne de renom. Elle est souvent considérée comme la première féministe iranienne, infatigable militante pour l’égalité des sexes dans le pays.
Elle est notamment célèbre pour avoir jeté son voile durant la conférence de Badasht en 1848.
Elle fut alors enfermée en prison, où elle mourut étranglée en 1852.
Son poème l’aube véritable, traduit en français par Jalal Alavinia, résonne encore en 2026 d’une terrible actualité.
Prends garde !
L’aube véritable s’apprête à respirer !
Le monde va s’éclairer
et nos âmes vont s’illuminer !
Nul cheikh ne siégera plus
sur le trône de l’hypocrisie !
Nulle mosquée ne fera plus
commerce de la piété !
Leurs turbans seront tous défaits !
Il n’y aura plus de cheikh,
ni de tricheur, ni de faux dévot !
Le monde se débarrassera
de ses illusions et de ses superstitions.
Le peuple se libérera
de ses fantasmes et de ses obsessions !
La tyrannie sera terrassée par la main de l’égalité.
L’ignorance sera démolie par la force de la vérité.
La justice étendra son tapis en tout lieu
et l’amitié plantera ses arbres partout !
L’animosité sera bannie du monde entier,
et la confrontation cédera à la cohabitation !
Version audio du portrait

Sophie Scholl, 1921-1943, allemande, résistante au nazisme
Chère Sophie,
On n’est pas sérieuse, quand on a dix-sept ans. Mais on peut mourir à vingt et un ans, d’avoir été trop courageuse.
Tu es née le 9 mai 1921 à Forchtenberg, un magnifique village des environs de Stuttgart. Ton père Robert est le maire de la commune et ta mère Magdalena, une ancienne infirmière, s’occupe de toi et de tes cinq frères et sœurs : Inge, Hans, Elisabeth, Werner et Tilde. Profondément croyante, elle vous transmet des valeurs chrétiennes qui auront une importance capitale dans le cours de votre existence.
En 1931, ta famille et toi déménagez pour vous installer dans la grande ville d’Ulm, en Bavière. Deux ans plus tard, en janvier 1933 et alors que tu n’as pas encore douze ans, Adolf Hitler est nommé chancelier de la République de Weimar, après l’arrivée en tête du parti nazi aux élections législatives de novembre 1932. Comme plus de 80% des enfants de ta génération, tes frères et sœurs et toi rejoignez les jeunesses hitlériennes, malgré l’opposition de vos parents.
La nature, les nuits à la belle étoile, les chansons autour du feu de camp, l’esprit de camaraderie… tout cela vous enchante. C’est un peu comme les scouts, les croix gammées et l’antisémitisme en plus. A seize ans, tu tombes amoureuse d’un sous-officier de la Wehrmacht de quatre ans ton aîné, Fritz Hartnagel, avec qui tu entretiens une relation passionnée.
Mais peu à peu, vos illusions commencent à se fissurer. C’est d’abord l’interdiction de certaines chansons au prétexte qu’elles ont été écrites par des étrangers. Puis ce livre de Stefan Zweig, « les très riches heures de l’humanité » (un chef d’œuvre pourtant) confisqué à ton frère Hans parce que son auteur était juif. En 1938, il est arrêté par la Gestapo et brièvement incarcéré pour avoir rejoint une organisation de jeunesse concurrente et interdite.
En 1939, c’est le début de la Seconde Guerre Mondiale. Ton fiancé Fritz est envoyé au front, et vous entamez une longue correspondance dont le contenu dit beaucoup sur ta liberté d’esprit et la force de ton caractère. En 1941, tu es réquisitionnée pour un service agricole d’un an entre jeunes femmes, totalement abrutissant. Tu t’en évades en lisant en cachette les confessions de Saint-Augustin, un des pères fondateurs de l’Eglise et grand théoricien de la pensée chrétienne. Gare à ne pas te faire prendre, car la possession de tout livre personnel est rigoureusement interdite. Tu puiseras dans cette foi chrétienne une force incommensurable pour défendre, jusqu’à la fin de ta courte vie, tes idéaux de justice, de paix et de liberté.
Libérée de ton service des champs, tu entames en mai 1942 des études de biologie et de philosophie à l’université de Munich. Tu retrouves ton frère Hans, qui y étudie la médecine depuis trois ans, en alternance avec des séjours à la caserne et sur le front.
En juin 1942, vous fondez avec Alexander Schmorell, un ami et compagnon d’étude de Hans, un petit groupe de résistance que vous baptisez “La Rose Blanche”. Il comptera une quinzaine de membres, des étudiant·es comme vous et un de vos professeurs, Kurt Huber. Vous rédigez quatre premiers tracts, adressés aux intellectuel·les allemand·es et qui comprennent pour l’un d’entre eux une dénonciation des 300 000 victimes de la Shoah en Pologne.
Il faut mesurer l’immense courage et l’intelligence dont vous avez dû faire preuve afin de rassembler tout le matériel nécessaire pour rédiger ces tracts, en faire des milliers de copie et les diffuser dans toutes les grandes villes du Sud de l’Allemagne, et jusqu’à Vienne en Autriche. Car partout dans le pays, la terrible Gestapo surveille les moindres faits et gestes de tous·tes les habitant·es.
A l’été 1942, Hans est envoyé avec ses amis médecins sur le front russe, en pleine bataille de Stalingrad. Témoin des innombrables horreurs commises par l’armée allemande, il en reviendra plus que jamais convaincu de l’absolue nécessité de résister, quoi qu’il en coûte.
Pendant ce temps en Allemagne, ton père Robert est arrêté et emprisonné pendant quatre mois pour avoir exprimé une opinion critique du régime nazi. Afin de soutenir cet homme si épris de liberté, tu te rends devant l’enceinte de la prison et tu entonnes avec ta flûte l’air d’une célèbre chanson allemande intitulée « les pensées sont libres ». Comme il a dû être fier de toi, si les notes de ton instrument sont parvenues jusqu’à lui.
Pendant l’hiver 1942-1943, vous diffusez un cinquième tract, qui dénonce la boucherie de Stalingrad, et appelle le peuple allemand à la révolte. Puis un sixième, adressé directement aux étudiant·es. Vous poussez même l’audace jusqu’à couvrir les murs d’une grande avenue munichoise de dizaines d’inscriptions « A bas Hitler », et « Vive la liberté ».
Le 18 février 1943, Hans et toi partez déposer des tracts dans les salles de classe et les couloirs de l’université de Munich. Alors que vous vous dirigez vers la sortie, tu saisis une pile de tracts et tu la lances par-dessus la rambarde donnant sur le grand hall intérieur de l’université. Cette pluie de papier et de liberté vous sera fatale. Le gardien de l’université vous a repéré·es, et il fait bloquer les accès, jusqu’à l’arrivée de la Gestapo.
Pendant les jours et les nuits d’interrogatoire qui suivent votre arrestation, tu fais preuve d’un calme et d’un courage exceptionnels, donnant des leçons de politique et d’humanité à tes tortionnaires, et t’accusant de tout pour essayer de protéger les autres membres du réseau. Tu n’as pas peur Sophie, tu sais depuis longtemps quel sort t’attend, et tu t’y es préparée.
Le 22 février 1943, après un simulacre de procès, tu es condamnée à la guillotine, en compagnie de Hans et de Christoph Probst, père de trois jeunes enfants et arrêté un jour après vous. L’exécution a lieu quelques heures plus tard, ne te laissant que quelques minutes pour dire adieu à tes parents.
Hans meurt au cri de « Vive la liberté ». Et toi, chère Sophie, juste avant que ta tête ne roule au pied de l’immonde machine de mort, tu prononces ces derniers mots, sublimes d’espoir et de poésie : “Le soleil brille encore”.
Quelques mois plus tard, trois autres membres de la Rose Blanche, Kurt Huber, Alexander Schmorell et Willi Graf, connaîtront le même sort que toi.
Il me semble souvent, chère Sophie, que notre monde est devenu fou. Nous sommes au bord du gouffre climatique, mais les pyromanes de tous les pays veulent démanteler les maigres avancées de ces dernières décennies. La vie sur Terre disparaît à une vitesse terrifiante, nous n’en finissons plus de détruire cette nature que ton frère et toi chérissiez tant. Pendant ce temps aux États-Unis, un milliardaire mégalomane et suprémaciste blanc s’amuse à gratifier la foule de saluts nazis, en pleine investiture présidentielle. En Allemagne, un parti ne cachant que fort peu sa nostalgie du régime nazi arrive en deuxième position dans les intentions de vote. En Autriche, le leader du parti d’extrême droite souhaite se faire appeler “Volkskanzler”, comme Adolf Hitler en son temps. Extrême droite qui partout où elle remporte les élections, s’attaque aux contre-pouvoirs et aux droits des minorités. Et nous regardons ailleurs, comme si au fond tout cela n’était pas bien grave. Tout cela te rappelle peut-être quelque chose, chère Sophie ?
Mais je sais aussi que partout sur cette planète, des femmes et des hommes s’unissent, dans une immense chaine d’actes de résistance. Puisse le chœur de leurs voix s’élever vers les cieux, en un puissant chant de fraternité. Et si ce chant parvient jusqu’à toi, là-haut au paradis des femmes d’exception, alors tu le sauras, Sophie : aujourd’hui aussi, le soleil brille encore.
Je ne te connaissais pas, Sophie Scholl. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Portrait rédigé par Guillaume Dufresne
Ressources utilisées pour ce portrait:
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Marie de France (1160 – 1210) est une poétesse du XXIIème siècle, première femme de lettres en Occident à écrire en langue vulgaire.
Ses courts récits en vers ont connu un immense succès de son vivant, lus dans toutes les cours de France et d’Angleterre, puis sont tombés dans l’oubli.
En revanche, ses fables inspirées d’Esope ont été lues sans discontinuer du XIIème au XVIIème siècle. Et c’est là que ça devient passionnant.
Je ne peux pas accuser Jean de la Fontaine de plagiat, mais puisque les fables de Marie de France étaient extrêmement réputées il les a très certainement lues. Et honnêtement, cela se ressemble quand même beaucoup.
Je vous laisse juge avec ces versions féminines du corbeau et du renard et du grillon et la fourmi.
Une chose est sûre, l’Histoire a retenu la Fontaine et complètement oublié Marie de France, qui a pourtant écrit ces fables 500 ans avant lui. On comprend bien en tout cas que la différence de gloire repose plus sur la quantité de poils aux pattes que sur le talent…
Merci à Titiou Lecoq grâce à qui j’ai découvert cette incroyable poétesse, en lisant son formidable livre pour enfants « Les femmes aussi ont fait l’histoire ». Un ouvrage qui a donc rejoint ma bible des grandes oubliées sur la page bibliographie des chères oubliées
Il paraît qu’une fois, peut-être,
passant devant une fenêtre
grande ouverte sur un cellier,
un corbeau eut l’œil attiré
par des fromages beaux à voir,
alignés sur un égouttoir.
Il en prit un, s’en fut, puis vit
un renard s’avancer vers lui,
animé du désir sauvage
de s’emparer de son fromage.
« Ce corbeau m’a l’air d’une buse,
je vais pouvoir user de ruse. »
« Mon Dieu, mais que vous êtes beau !
Jamais je ne vis si beau corbeau
à bien des lieues à la ronde,
et même assurément au monde !
Si votre chant est aussi beau,
alors il vaut tous les joyaux. »
Le corbeau, flatté de savoir,
que des bois il était la gloire,
voulut prouver au monde entier
à quel point il savait chanter ;
et le bec ouvert il chanta,
et le fromage lui échappa,
tombant directement au sol.
Le renard aussitôt le vole,
lâchant le corbeau et son chant
pour le fromage appétissant.
Ainsi est-il des orgueilleux,
recherchant la gloire autour d’eux :
qui sait bien mentir et flatter
arrive à tout leur soutirer ;
il est coûteux, assurément,
de croire à leurs boniments.
Un Grillon, par un jour d’hiver,
Entra dans une fourmilière.
Il faisait froid, il y entra:
C’est le hasard qui l’y mena.
Il demanda un peu de grain
Pour subsister: il avait faim
Et il n’avait plus rien chez lui.
« Que faisais-tu? dit la Fourmi,
Au mois d’août, au temps d’engranger
Pour mettre du grain de côté? »
« Je chantais, dit-il, j’égayais
Les autres bêtes, mais jamais
Je n’en ai eu un seul merci
Et donc je viens me mettre ici. »
« Et donc, c’est ça, chante pour moi! »
Sauf le respect que je te dois,
Tu aurais mieux fait d’amasser
En été de quoi subsister
Que d’être ici tout grelottant,
Le ventre creux, mendigotant…
Pourquoi devrais-je te nourrir?
Tu ne peux en rien me servir. »
Il ne faut vivre, on peut le voir,
En insouciance et nonchaloir
Mais, comme on le peut, tout au moins,
S’efforcer d’acquérir du bien:
Qui est nanti est préféré
A qui vient geindre et quémander.

Le jeudi 12 décembre 2024, j’ai eu le plaisir d’assister ma collègue Emilie Coulon dans son intervention « Elles bougent pour l’orientation » au collège Henri IV de Vaujours.
Nous avons échangé le temps d’une après-midi avec une soixantaine de collégiennes de 5ème. Nous avons parlé de l’importance des matières scientifiques, du parcours d’études pour devenir ingénieure, d’énergies renouvelables et de réchauffement climatique, de la confiance en soi et de sa corrélation à la réussite scolaire, d’inégalités femme-homme, de femmes scientifiques oubliées… Bref nous ne nous sommes pas ennuyées.
Merci à Emilie de m’avoir embarqué dans cette belle aventure, à l’Association Elles bougent pour cette formidable initiative, à l’équipe du collège pour leur accueil, et surtout aux élèves pour leurs questions, leur liberté de ton et leur formidable énergie.
Une pensée aussi pour Agnodice, Ada Lovelace, Rosalind Franklin, Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan, dont les visages et les histoires nous ont tenu compagnie pendant cette journée!


Renee Nicole Good vivait à Minneapolis avec sa compagne et son fils de 6 ans, dont le père était décédé deux ans en 2023.
Le 7 janvier 2025, elle a été assassinée de trois balles dans la tête par un agent de l’ICE, cette milice anti-immigration qui sème la terreur partout dans l’Amérique de Donald Trump. Pour le simple crime de s’être préoccupée du sort de ses voisins.
Cette femme exceptionnelle avait remporté en 2020 le prix de l’académie des poètes américains pour son poème « On Learning to Dissect Fetal Pigs » que vous trouverez ci-dessous.
Puissions-nous ne jamais oublier son courage et souhaitons que justice lui soit rendue!
i want back my rocking chairs,
solipsist sunsets,
& coastal jungle sounds that are tercets from cicadas and pentameter from the hairy legs of
cockroaches.
i’ve donated bibles to thrift stores
(mashed them in plastic trash bags with an acidic himalayan salt lamp—
the post-baptism bibles, the ones plucked from street corners from the meaty hands of zealots, the
dumbed-down, easy-to-read, parasitic kind):
remember more the slick rubber smell of high gloss biology textbook pictures; they burned the hairs
inside my nostrils,
& salt & ink that rubbed off on my palms.
under clippings of the moon at two forty five AM I study&repeat
ribosome
endoplasmic—
lactic acid
stamen
at the IHOP on the corner of powers and stetson hills—
i repeated & scribbled until it picked its way & stagnated somewhere i can’t point to anymore, maybe
my gut—
maybe there in-between my pancreas & large intestine is the piddly brook of my soul.
it’s the ruler by which i reduce all things now; hard-edged & splintering from knowledge that
used to sit, a cloth against fevered forehead.
can i let them both be? this fickle faith and this college science that heckles from the back of the
classroom
now i can’t believe—
that the bible and qur’an and bhagavad gita are sliding long hairs behind my ear like mom
used to & exhaling from their mouths “make room for wonder”—
all my understanding dribbles down the chin onto the chest & is summarized as:
life is merely
to ovum and sperm
and where those two meet
and how often and how well
and what dies there.

Hilda Twongyeirwe est une poétesse, écrivaine et éditrice ougandaise.
Voici deux de ses poèmes, « Greet Africa when you return » et « Circle of women »
I greet you Africa
I greet you from Cape to Cairo
I hug you with arms of my sister from Somalia
She implored me:
Greet Africa when you return.
At Southern Theatre we met
On a gray Scandinavian evening
But the African sun still shone in her eyes
The effusive Nile flowed into our handshake
Connecting us in an embrace
Of what we share
Of what we are.
But I felt a fear tear into her voice
It wrapped her tongue when she spoke
This place my sister
Sucks something out of you
So you are not you
You are you
But you are not you
Just greet Africa when you return.
I greet you Africa
I greet you with her sacrifice of tears
I dare cleanse you of bloodstains that have denied her home
She implored me:
Tell Africa
Her children abroad are roadside stones.
Your head is a hive
you are not sure you will survive.
Women form a circle around you
In their eyes, your stories flow like The Nile.
They collect them
and hand you the cup.
Go ahead
they say
but you hesitate.
It’s okay
they say
and you receive.
You raise the cup to your lips
and pass the cup to the next woman
you all sip in turns.
It’s an oath not to upset social strings in veneration.
You pass the string tighter to next generation
of women you know
of women you do not know
until you realise it’s a scheme
and the string
eats deep into skin.
You drop it
And break the circle.

Abena Busia est née à Accra au Ghana, le 28 avril 1953. Militante féministe intersectionnelle, elle a publié plusieurs ouvrages sur la présence des femmes noires dans le monde littéraire. Elle a également enseigné dans plusieurs universités américaines comme Yale, UCLA ou Rutgers, et exercé la fonction de d’ambassadrice du Ghana au Brésil.
Voici quatre de ses poèmes que j’ai trouvés sur internet, je n’ai pas osé les traduire en français tant ils sont puissants et magnifiques.
We are all mothers,
and we have that fire within us,
of powerful women
whose spirits are so angry
we can laugh beauty into life
and still make you taste
the salty tears of our knowledge-
For we are not tortured
anymore;
we have seen beyond your lies and disguises,
and we have mastered the language of words,
we have mastered speech
And know
we have also seen ourselves raw
and naked piece by piece until our flesh lies flayed
with blood on our own hands.
What terrible thing can you do us
which we have not done to ourselves?
What can you tell us
which we didn’t deceive ourselves with
a long time ago?
You cannot know how long we cried
until we laughed
over the broken pieces of our dreams.
Ignorance
shattered us into such fragments
we had to unearth ourselves piece by piece,
to recover with our own hands such unexpected relics
even we wondered
how we could hold such treasure.
Yes, we have conceived
to forge our mutilated hopes
beyond your imaginings
to declare the pain of our deliverance:
So do not even ask,
do not ask what it is we are labouring with this time;
Dreamers remember their dreams
when they are disturbed-
And you shall not escape
what we will make
of the broken pieces of our lives.
and I am a woman
and I am a woman ravished and naked
chanting the words of a little girl lost
treading the edge of the waves
trying to recapture ….
the dream of a virgin robed in moonlight
reaching gestures across the waters
singing a song of home
I am a black man’s child, still
stranded on the shores of saxon seas
This tongue that I have mastered
has mastered me;
has taught me curses
in the language of the master
has taught me bondage
in the language of the master
I speak this dispossession
in the language of the master

Etel Adnan est née à Beyrouth le 24 février 1925. Poétesse polyglotte, elle a écrit en français, en anglais et en arabe et possédait les nationalités libanaise américaine et française.
Elle connut aussi à partir du début des années 2010, à plus de 80 ans, un grand succès en tant qu’artiste plasticienne, exposant notamment au musée Guggenheim de New York ou au centre Paul Klee de Berne.

Staring at the sun
Voici deux extraits de son recueil « Nuit » publié en 2017
L’amour, sous toutes ses formes, est la chose la plus importante à laquelle nous soyons jamais confrontés, mais la plus dangereuse aussi, la plus imprévisible, la plus chargée de folie. Cependant c’est le seul salut que je connaisse
il n’y a pas lieu de craindre ceux
qui insultent notre insoumission,
les vaincus auront toujours le
dernier mot
j’habite un invisible qui n’a ni
salle de bain ni entrée.
l’invisible n’a pas de propriétaire.
le rêve n’a jamais de murs,
et il n’y fait jamais froid
et mes ombres s’allongent
sur mon corps quand il dort,
et le ciel cesse d’être bleu, et
la lumière attend
nous n’avons pas de grandes actrices
dans nos petites épiceris et nos
hommes exportés par la faim se pressent
dans l’acier de l’hiver
je ne suis pas un fantôme longeant
le fleuve étranger, ni léopard ou
chouette. je suis un courant d’air
si on écrit, c’est qu’on ne peut pas
chanter, si on dort, c’est qu’on ne
peut pas vivre
la plupart du temps, la mémoire
ne sert à rien : les hôtels où j’ai attendu
ont disparu
**
La lune a fermé un ou deux rideaux. Une pluie fine interfère.
Je mesure ma mémoire des choses, mais non pas la mémoire elle-même, puisque le présent est aussi en train de déborder.
Nous créons la réalité rien qu’en existant. Ceci est tout aussi vrai pour la chouette qui somnole en ce moment sur une branche.
Un tigre dompté est aussi insignifiant que les gens qui prennent l’escalator de ce bâtiment. L’angoisse noyée dans le vin rouge revient comme le coucher du soleil.
En bas, dans la vallée, la guerre déploie sa logique ; de l’autre côté du ranch l’océan fait monter sa colère.
Mon père est né l’année où l’idée de l’éternel retour vint à l’esprit de Nietzsche ; probablement le même jour.
Un arbre a toujours du courage. D’ailleurs, nous sommes juste une fenêtre sur le monde.
Nous avons besoin d’un buisson de roses sur le balcon et que le téléphone ne sonne pas.
J’ai vécu uniquement par mes propres moyens, voilà pourquoi je suis un fleuve.
La mort n’était ni chaude ni froide lorsqu’elle touchait ta peau. La volonté n’est jamais affrétée, la matière est frustrée par ses limites.
Je voudrais que tu me voies étendue sur l’empreinte laissée par ton corps sur le lit, mais dans nos âmes la chaleur t’appartient.
C’est arrivé dans des années dont personne ne se souvient. Je n’ai pas tenté de faire quoi que ce soit de plus.
Ma propre disparition suivit un nuage qui m’avait trouvée assise dans un jardin.
Les tunnels reproduisent les schémas des artères. Il y a un ver dans le cœur qui se nourrit de sa pitance et dans la cour des oiseaux pour qui l’histoire importe peu, bien qu’elle ait brisé nos vies.
Un jour, le soleil ne se lèvera pas à son heure, alors le jour ne sera pas. Et en l’absence de jour, il n’y aura pas de nuit non plus. Ainsi, la Révélation se sera accomplie.

Nelly Sachs (1891 – 1970) est une poétesse suédoise, juive, de langue allemande. Elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1966.
Rappelons qu’elles ne sont à ce jour que 17 femmes à avoir reçu le prix Nobel de littérature en bientôt 125 ans d’existence. Spoiler alert, ce n’est pas beaucoup mieux dans les autres catégories.
Nelly Sachs publie ses premiers textes dans les années 20. Née en Allemagne, elle échappe aux persécutions nazies en s’exilant à Stockholm avec sa mère, mais plusieurs membres de sa famille seront déportés et mourrons en camp de concentration.
Ce deuil insurmontable des survivants de la Shoah et le désir de mémoire sont au coeur de son oeuvre et de sa vie, marquée par son combat contre la maladie mentale.
Ces trois textes sont issus de son dernier recueil de poèmes intitulé « Partage-toi, nuit », traduit de l’allemand par Mireille Gansel.
I
Dans la neige
va la femme
elle tient sur son dos
mal agrippés
en grand secret
des rameaux cassés avec leurs bourgeons
encore couverts de nuit
Elle cependant dans la démence toute silencieuse
dans la neige
regardant autour de soi, et grands ouverts
les yeux où
de tous côtés entre le néant –
Mais à la dérobée les lointains
dans sa main
se sont mis en mouvement –
II
Le silence abreuvé de tant de blessures
religion des orants qu’on a déjà emmenés
vit encore du martyre
toujours nouveau comme le printemps
**
Je vous fais ici prisonnières
vous paroles
tout comme vous en m’épelant jusqu’au sang
me faites prisonnière
vous êtes les battements de mon cœur
vous comptez mon temps
ce vide marqué de noms
Laissez-moi voir l’oiseau
qui chante
sinon je croirai que l’amour ressemble à la mort –
**
Ô vous mes morts
Vos rêves sont devenus orphelins
La nuit a recouvert les images
Envolée en chiffres, votre langue chante
La cohorte d’exode des pensées
votre legs migrant
mendie à mon rivage
Je suis inquiète
très effrayée
de saisir ce trésor avec ma vie si petite
Moi-même dépositaire d’instants
de battements de cœur, d’adieux
de blessures de mort,
où est mon héritage
Le sel est mon héritage
**