Je crois qu’aucun homme ne pourrait écrire et chanter l’érotisme avec autant de poésie que Clara Ysé.
Je n’ai pas réussi à choisir entre Soleil à Minuit et La louve, mais rien ne vous empêche d’écouter les deux ni d’ailleurs la totalité de son album Oceano Nox qui est une merveille.
Parle-moi d’amour un petit peu Fais-moi oublier que dehors il pleut Dans la chambre nous nous caressons Toi tu te cambres et moi je fonds Parle-moi d’amour un petit peu Fais-moi oublier que dehors il pleut
On dirait que l’amour nous a ravis Avec toi j’aperçois le soleil à minuit On dirait que l’amour nous a ravis Avec toi j’aperçois le soleil à minuit
Fais-moi l’amour un petit peu Je veux m’oublier dans tes cheveux Voilà décembre, tu es heureux De palissandre et moi de feu Sans te répandre, ferme les yeux Sans me défendre, moi je te veux
On dirait que l’amour nous a ravis Avec toi j’aperçois le soleil à minuit On dirait que l’amour nous a ravis Avec toi j’aperçois le soleil à minuit
Viens, et penche vers le paradis Mon bassin tout, tout contre tes hanches Toi tu pâlis dans la nuit Dedans toi tu sens que ça flanche C’est l’avalanche et tu plies
On dirait que l’amour nous a ravis Avec toi j’aperçois le soleil à minuit On dirait que l’amour nous a ravis Avec toi j’aperçois le soleil à minuit On dirait que l’amour nous a ravis Avec toi j’aperçois le soleil à minuit
Viens Viens, et penche vers le paradis Mon bassin tout, tout contre tes hanches Toi tu pâlis dans la nuit Dedans toi tu sens que ça flanche C’est l’avalanche et tu plies
LA LOUVE
Je dévore tes lèvres quand tu parles dans la nuit Je dévore tes lèvres et te regarde à l’infini Je me tiens immobile, si je bouge tu t’enfuis Tes yeux fauves, et la lune y voit l’oiseau de paradis Tu poses tes missiles Et dans la planque où je t’écris Dans mon sexe, la terre, et toi panthère dans ma nuit
La louve cavale à minuit Quand la course s’emballe Elle gémit Quand la course s’emballe Elle gémit
Je me tiens immobile, si je bouge tu t’enfuis Des années de galère où je te veux à l’infini Approche tes yeux lynx Et sens le soleil de midi Enfonce tes yeux sphynx Lèche pour y chasser la pluie
Tiens-toi à l’encolure, je cabre face à l’ennemi Mon prince mordu d’azur chassera la louve à minuit Entends partout l’orage Qui pousse l’aube dans le bois Regarde, la nuit se trouble et brise la mer en éclats
La louve cavale à minuit Quand la course s’emballe Elle gémit Quand la course s’emballe Elle gémit
Entends partout l’orage Qui pousse l’aube dans le bois Regarde, la nuit se trouble et brise la mer en éclats Je fredonne les notes que tu portes dedans toi Mon doigt contre tes lèvres et je sens ta peau qui ondoie Ton sexe dans ma paume, j’enfonce ma bouche lilas Ta cambrure cavale et voilà la louve aux abois Tu sais, je suis farouche Mais je me suis faite aux combats Et dans tes bras, je me couche Mais c’est maintenant que j’aboie
La louve cavale à minuit Quand la course s’emballe Elle gémit La louve cavale à minuit Quand la course s’emballe Elle gémit Quand la course s’emballe Elle gémit
Chez moi à 11 ans, on ne risque pas sa vie pour aller chercher de l’eau potable.
Chez moi à 11 ans, on entre au collège, on se dispute avec ses parents pour avoir un smartphone.
Chez moi à 11 ans, on tombe amoureux pour la première fois, de ces amours dont les adultes se moquent souvent mais qui peuvent être aussi puissants que ceux des grands.
Chez moi à 11 ans, on entame cette transition si difficile de l’enfance vers l’adolescence.
Mais toi chère Amna, tu n’auras rien connu de tout cela.
La barbarie humaine t’a propulsée bien avant l’heure dans le monde des adultes.
Tu étais une survivante, et une vie en sursis.
Je regarde cette photo de ton petit frère Baraa et toi, faisant le V de la victoire. Il est mort lui aussi, tué par une autre frappe israélienne en compagnie de votre mère, à l’âge de 8 ans, le 17 mai 2025. A quelle victoire croyais-tu, chère Amna ? Celle de la vie sur la mort ? Celle de l’amour sur la cruauté ?
Je ne sais pas, et ni moi ni personne ne pourra plus te poser la question.
Tuée par un drone israélien le 21 décembre 2024 en début d’après-midi, ton nom aurait pu rester caché dans l’anonymat de ces 18 500 enfants tués à Gaza depuis bientôt deux ans, et dont le Washington Post a publié la liste. Près de 1000 d’entre eux sont morts avant leur premier anniversaire. Trop jeunes pour marcher, mais pas pour mourir.
Amro al-Attar, 3 ans
Kinda Wahdan, 2 ans
Hadeel Matar, 10 ans
Yahya al-Nahhal, 16 ans
Ahmed al-Zaazou, 4 ans
Yamen Haman,15 ans
Ayloul Qaud, 7 ans
Tahani Hafiz Barbakh, 3 ans
Yaqeen al-Turk, tué avant son premier anniversaire
Rawaa Qasim al-Astal, 5 ans
Mutaz Abu Naim, 14 ans
Izzedin Zino, 8 ans
Omar al-Dahdouh, 11 ans
Rama Abu Eida, 13 ans
Hala Abu Steita, 7 ans
Hamza Abu Zuhair, 1 an
Mahmoud Abu Salmiya, 6 ans
Ibrahim al-Maqousi, 12 ans
Mohammed Salah, 5 ans
Mohammed Atiya, 17 ans
Malik Abu Nasira, 9 ans
Ahmed al-Sweisi, 12 ans
Iman Shaheen, 2 ans
Yousef Hamdan, 6 ans
Muath Abu al-Jedian, 3 ans
Mahmoud Abdel Ghafour, 14 ans
Zaid Abu Shakyan, 12 ans
al-Baraa Aqel, 4 ans
Walid Abu Thuraya, 10 ans
Malak Abu Sahloul, 15 ans
Aseel Ghabain, 2 ans
Sara Qandil, 3 ans
Samir Tamraz, tué avant son premier anniversaire
Mohammed al-Muqayyed, 15 ans
Joud Duhair, 8 ans
Sujoud Taha, 17 ans
Batoul Abd al-Nath, 9 ans
Qatar Abu Mousa, 13 ans
Ahmed Abdel Aal, 15 ans
Ahmed Abu Mailaq, 4 ans
Nabil Salama, 7 ans
Inas al-Qanou, 10 ans
Tuleen al-Aloul, 1 an
Sannd Abu al-Shaer, tué avant son premier anniversaire
Tariq Abu al-Shaer, 5 ans
Majd al-Rifai, 13 ans
Majid Mushtaha, 12 ans
Misk Awad, 3 ans
Ghaith Abu Rayya, tué avant son premier anniversaire
Tasneem Qasim, 17 ans
Ayat Abu Daher, 5 ans
Joan al-Salout, 10 ans
Walid Ziyara, 2 ans
Anas Ashour, tué avant son premier anniversaire
Mohammed Abu Kashef, 17 ans
Maria al-Shrafi, 7 ans
Sham Abu Ajwa, 7 ans
Raneem Abu Mailaq, 16 ans
Maria Asaliya, 2 ans
Fatima al-Bayid, 8 ans
Firas al-Qrinawi, 7 ans
Yazan al-Attar, tué avant son premier anniversaire
Malak al-Ramlawi, 10 ans
Saad Mushtaha, 11 ans
Habiba Awkal, 5 ans
Samira Hijazi, 3 ans
Faris Abu Shar, 13 ans
Naser al-Ghazali, 4 ans
Firyal Abu Jubba, 16 ans
Hala Abu Saada, 14 ans
Mushir Mahmoud, 17 ans
Mohammed Abu Kmeil, 9 ans
Ibrahim Ishaq Abed, 1 an
Jihad Jarghoun, 3 ans
Ahmed Abu Rahma, 12 ans
Nidal Abu Sanjar, 15 ans
Joud Krera, 6 ans
Ikhlas Udwan, 2 ans
Ahmed Ismail, 15 ans
Malik al-Ghoul, 9 ans
Tariq Badwan, 5 ans
Reem Badwan, 3 ans
Mustafa Dalloul, 12 ans
Saba Zarab 8 ans
Rasha Abu Safi, 13 ans
Ahmed al-Sarhi, 4 ans
Houriya Amran, tué avant son premier anniversaire
Rimas Zarab, 8 ans
Sara Marouf, 14 ans
Ahmed Abu Layla, 16 ans
Yousef al-Zaanin, 5 ans
Muammar al-Daya, 11 ans
Tala Abu Ajwa, 10 ans
Dalia al-Jaal, 1 an
Ahmoud al-Jaal, 5 ans
Sham Obeid, 6 ans
Sumaya al-Orouqi, 8 ans
Saad Islim, 13 ans
Mohammed Abu Nasr, tué avant son premier anniversaire
Mutaz Abu Taiba, 14 ans
Ce ne sont que les 100 premiers noms de cette liste de la honte. Il me faudrait plus de deux heures pour les nommer toutes et tous.
A l’heure où j’écris ces lignes, la famine s’est installée à Gaza et plus de 200 enfants y sont déjà morts de faim. Contrairement aux balles ou aux bombes, la famine ne tue pas d’un coup. Elle tue à petit feu, le corps sacrifiant la vue, l’ouïe et l’odorat pour protéger le cœur et les poumons. La famine est une torture, et cette torture est pensée, planifiée et organisée par un régime génocidaire soutenu par nos gouvernements.
Rien ne justifie ces monstruosités, rien. Il faut que cela cesse.
Comme celui de Hind Rajab, 6 ans, morte le 29 janvier 2025, ton nom, chère Amna, aura au moins un instant échappé à l’oubli. Al Jazeera a obtenu la vidéo de ton assassinat, et l’a diffusée le 17 août 2025. Comment peut-on tuer, en toute conscience, une enfant de 11 ans transportant un bidon d’eau ? Je pense à celui qui a décidé d’appuyer sur le bouton, de quoi voulait-il se venger en décidant de ta mort?
Ou a-t-il simplement suivi les ordres d’une de ces intelligences artificielles massivement utilisées à Gaza ? Leur taux d’erreur est colossal, faute notamment de temps suffisant pour les opérateurs humains de vérifier les consignes de la machine.
Mais peu importe au fond, car IA ou non ce sont des êtres humains qui sont responsables de ta mort et de celle de ces 18 500 enfants. Ce sont des humains qui ont conçu cet abominable programme baptisé « Où est papa ? » pour frapper les terroristes supposés une fois rentrés chez eux, auprès de leur famille.
Pourquoi t’avons-nous infligé cela, chère Amna? Comme tous les enfants du monde, tu voulais juste rire, chanter, apprendre, courir et crier. Tu voulais t’émerveiller chaque instant de la beauté du monde.
Mais tu n’en as pas eu le droit. Nous n’avons pas su te protéger de tes bourreaux. Ta mort et celle de tes milliers de frères et sœurs de souffrance est notre honte, chère Amna.
Pardon pour nos lâchetés, pardon pour nos silences, qui nous rendent complices de tous ces crimes abominables.
Pardon de n’avoir pu t’offrir cette vie à laquelle tu avais droit.
Je ne pourrai jamais te serrer dans mes bras, Amna al-Mufti. Je ne peux plus te faire que cette dérisoire promesse : je ne t’oublierai pas.
Je connaissais d’Anne Sylvestre (1934 – 2020) ses chansons qui ont bercé toute mon enfance. Mais beaucoup moins son engagement féministe et la puissance de ses textes pour adultes.
Pour celles et ceux qui sont ne sont pas des champions des métaphores, sa chanson douce maison raconte l’histoire d’un viol à travers l’histoire d’une maison violentée.
Parce que comme elle le chante si bien, « il faut que cela s’arrête, elles doivent pouvoir vivre en paix »
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C’était une maison douce, une maison de bon aloi Juste ce qu’il faut de mousse répartie aux bons endroits Assez de murs pour connaître une chaleur bien à soi Et ce qu’il faut de fenêtres pour regarder sans effroi
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
Elle ouvrait parfois sa porte à ceux qu’elle choisissait La serrure n’est pas forte, maison, tu n’as pas dé clé Mais avec sa confiance jamais elle ne pensa Qu’on pût user de violence pour pénétrer sous son toit
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
Advint qu’un jour de malchance une bande s’approcha On sonne à la porte, on lance des coups de pieds ça et là A plusieurs, on s’encourage, on prétend qu’elle ouvrira Et commence le saccage, la porte on l’enfoncera
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
Sauvagement ils pénètrent, dévastant tout devant eux Ils obligent les fenêtres à s’ouvrir devant le feu Avec leurs couteaux ils gravent des insultes sur les murs Et s’en vont faisant les braves quand tout n’est plus que blessure
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
La maison, depuis ce crime, n’a plus d’âme ni de nom Mais elle n’est pas victime, c’est de sa faute, dit-on Il paraît qu’elle a fait preuve d’un peu de coquetterie Avec sa toiture neuve et son jardin bien fleuri
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
D’ailleurs, une maison sage ne reste pas isolée Celles qui sont au village se font toujours respecter Quand on n’a pas de serrure, il faut avoir un gardien C’est chercher les aventures que de fleurir son jardin
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
Si vous passez par la route et si vous avez du coeur Vous en pleurerez sans doute, c’est l’image du malheur Mais rien, pas même vos larmes, ne lui portera secours Elle est loin de ses alarmes, elle est fermée pour toujours
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
Si j’ai raconté l’histoire de la maison violentée C’est pas pour qu’on puisse croire qu’il suffit de s’indigner Il faut que cela s’arrête, on doit pouvoir vivre en paix Même en ouvrant sa fenêtre, même en n’ayant pas de clé
Non, non, je n’invente pas Mais je raconte tout droit
Mary Oliver (1935 – 2019) est une poétesse américaine qui a remporté le prix Pulitzer en 1984 et le National Book Award en 1992
Elle trouvait son inspiration dans la nature, dans laquelle elle aimait faire de longues marches en solitaire.
Je l’ai découverte grâce au film Goliath, inspiré de l’affaire des Monsanto Papers et qui raconte le combat contre l’industrie des biocides.
Le film s’achève sur le dernier vers de ce poème
« Dis-moi, qu’entends-tu faire
de ton unique, sauvage et précieuse vie? »
La journée d’été
Qui a fait le monde?
Qui a fait le cygne et l’ours noir?
Qui a fait la sauterelle?
Je veux dire cette sauterelle-ci −
celle qui a bondi hors de l’herbe,
celle qui mange du sucre au creux de ma main,
qui bouge ses mandibules de gauche à droite, plutôt que de haut en bas −
qui regarde autour d’elle avec ses énormes yeux compliqués.
La voilà qui lève ses pâles avant-bras et se nettoie soigneusement la tête.
La voilà qui déploie ses ailes, et s’envole au loin.
Je ne sais pas exactement ce qu’est une prière.
Mais je sais comment prêter attention, comment tomber
dans l’herbe, comment m’agenouiller dans l’herbe,
comment flâner et être comblée, comment errer à travers champs,
ce que j’ai fait tout au long de la journée.
Dis-moi, qu’aurais-je dû faire d’autre?
Tout ne finit-il pas par mourir, trop rapidement?
Dis-moi, qu’entends-tu faire
de ton unique, sauvage et précieuse vie?
Et la version originale en anglais
Who made the world?
Who made the swan, and the black bear?
Who made the grasshopper?
This grasshopper, I mean-
the one who has flung herself out of the grass,
the one who is eating sugar out of my hand,
who is moving her jaws back and forth instead of up and down-
who is gazing around with her enormous and complicated eyes.
Now she lifts her pale forearms and thoroughly washes her face.
Now she snaps her wings open, and floats away.
I don’t know exactly what a prayer is.
I do know how to pay attention, how to fall down
into the grass, how to kneel down in the grass,
how to be idle and blessed, how to stroll through the fields,
which is what I have been doing all day.
Tell me, what else should I have done?
Doesn’t everything die at last, and too soon?
Tell me, what is it you plan to do
with your one wild and precious life?
Merci à la vie qui m’a tant donné.
Elle m’a donné deux yeux et quand je les ouvre
Je distingue parfaitement le noir du blanc
Et là-haut dans le ciel, un fond étoilé
Et parmi les multitudes, l’homme que j’aime.Merci à la vie qui m’a tant donné.
Elle m’a donné d’entendre, oreilles grandes ouvertes
Enregistrer nuit et jour grillons et canaris,
Marteaux, turbines, aboiements, orages,
Et la voix si tendre de mon bien-aimé.Merci à la vie qui m’a tant donné.
Elle m’a donné la voix et des lettres
Avec lesquelles je pense les mots, et je dis
Mère, ami, frère, lumière qui éclaire
Le chemin de l’âme que j’aime.Merci à la vie qui m’a tant donné.
Elle m’a donné de marcher de mes pieds fatigués
Et j’ai ainsi parcouru villes et marécages,
Plages et déserts, montagnes et plaines
Jusqu’à ta maison, ta rue, ta cour.
Merci à la vie qui m’a tant donné.
Elle m’a donné un cœur qui devient débordant
Quand je vois le fruit du cerveau humain ;
Quand je vois la distance qu’il y a entre le bien et le mal
Quand je vois le fond de tes yeux clairs.
Merci à la vie qui m’a tant donné.
Elle m’a donné le rire, elle m’a donné les pleurs.
Ainsi, je distingue le bonheur du désespoir
Ces deux éléments qui forment mon chant,
Et votre chant qui est le même chant,
Et le chant de tous, qui est encore mon chant.
Merci à la vie qui m’a tant donné.
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Et la version originale en espagnol
Gracias a la vida que me ha dado tanto.
Me dio dos luceros que cuando los abro
perfecto distingo lo negro del blanco
y en el alto cielo su fondo estrellado
y en las multitudes al hombre que yo amo.
Gracias a la vida que me ha dado tanto.
Me ha dado el oído que en todo su ancho
graba noche y día grillos y canarios;
martillos, turbinas, ladrillos, chubascos,
y la voz tan tierna de mi bienamado.
Gracias a la vida que me ha dado tanto.
Me ha dado el sonido y el abecedario
con él las palabras que pienso y declaro
madre, amigo, hermano, y luz alumbrando
la ruta del alma del que estoy amando.
Gracias a la vida que me ha dado tanto.
Me ha dado la marcha de mis pies cansados;
con ellos anduve ciudades y charcos,
playas y desiertos, montañas y llanos,
y la casa tuya, tu calle, tu patio.
Gracias a la vida que me ha dado tanto.
Me dio el corazón que agita su marco
cuando miro el fruto del cerebro humano;
cuando miro el bueno tan lejos del malo
cuando miro el fondo de tus ojos claros.
Gracias a la vida que me ha dado tanto.
Me ha dado la risa y me ha dado el llanto,
así yo distingo dicha de quebranto,
los dos materiales que forman mi canto
y el canto de ustedes que es el mismo canto,
y el canto de todos que es mi propio canto.
Elisa Mercoeur (1809 – 1835) est une poétesse française. Elle fut abandonnée à la naissance et si le prénom d’Elisa vient de ses parents, le nom de Mercoeur lui a été donné par un commissaire de police de Nantes.
Elle est retrouvée à la porte de l’hospice des orphelins de Nantes dans la soirée du 27 juin 1809, porteuse d’un papier avec ces mots: « Élisa, née le , non enregistrée aux actes civils. Le ciel et la douce humanité veilleront sur elle. Ses parents seront peut-être assez heureux pour pouvoir la réclamer un jour. »
Elle sera cependant reprise par sa mère, Adélaïde Aumand, le 21 avril 1811.
La petite Elisa était un véritable prodige: à six ans, elle brodait en imaginant des sujets de conte et de comédie; à huit ans, elle voulait composer une tragédie en cinq actes et en vers pour la Comédie-Française. À douze ans, elle donnait à ses jeunes compagnes des leçons d’histoire, de géographie, d’écriture, d’anglais et de français.
Devenue adulte et habituée des salons littéraires parisiens, elle s’attira les louanges de Lamartine, Hugo, Musset ou Chateaubriand, excusez du peu.
Très affectée par le refus de la Comédie Française de sa tragédie Boadbil et après une tentative de suicide, elle meurt le 7 janvier 1835, dans les bras de sa mère, à l’âge de 25 ans.
Voici l’un de ses poèmes, intitulé « Adieux à l’existence »
Adieux à l’existence
Plus de songes, vie éphémère !
Bien loin de moi tous les hasards ;
Voici l’instant où ma paupière,
De l’œil désormais sans lumière,
N’enfermera plus les regards.
Voici l’instant où le délire
Laisse muet le cœur lassé,
Où la bouche perd le sourire ;
Et si le sein encor soupire,
C’est à l’image du passé.
Voici l’heure où le diadème
Du front des rois est détaché ;
C’est l’instant vengeur et suprême,
L’instant où, libre enfin lui-même,
L’esclave aux fers est arraché.
C’est le moment où l’espérance
Montre les cieux à sa lueur.
Déjà tu fuis, pâle existence,
Ton vol interrompt la souffrance
Comme il achève le bonheur.
C’est l’heure où la lyre sommeille,
Où l’inspiration s’endort ;
Où le cœur qui pense et qui veille,
Quand nul son ne frappe l’oreille,
Frémit sous l’aile de la mort.
C’est l’heure où le trépas nous cueille,
Et glace la voix du désir ;
Où la fleur tombe feuille à feuille ;
Où notre âme, qui se recueille,
Fait ses adieux au souvenir.
Où la mienne désabusée
Sur soi-même jette un regard :
La coupe en un jour épuisée,
Sur mes lèvres, déjà brisée,
Épanche un reste de nectar.
De fleurs, hélas ! trop tôt fanées,
J’ai vu priver mon court exil….
Des heures même fortunées,
En suivant le cours des années,
Jamais un instant revint-il ?
Un jour s’éclipse dès l’aurore,
Un autre s’achève à demi ;
Sortant de la nuit que j’ignore,
Un autre lui succède encore,
Flétri par un vent ennemi.
Maintenant le voile se lève
Et chasse l’ombre de l’erreur :
Ah ! qui pourrait pleurer son rêve,
Quand le poids que la mort soulève
Laisse enfin respirer le cœur.
Gronde encore, impuissant orage,
Tous mes songes sont envolés !
Océan, éveille ta rage,
Je suis calme sur le rivage
Auprès de tes flots refoulés !
Je crois que personne n’écrit comme Linda Lemay. Et sur une diversité de sujets qui est impressionnante. Elle fait partie de celles qui sont capables de vous faire passer du rire aux larmes, parfois dans la même chanson. Et ses textes sont de la poésie pure, elle mérite vraiment sa place ici!
Reste avec elle Elle a dans la tête, toutes les réalités dont j’rêve Reste avec elle Elle a dans le cœur, tout c’que je n’promet qu’jamais du bout des lèvres Reste avec elle Elle a dans les yeux, ce que je n’ai que l’illusion de voir mieux qu’elle Reste avec elle Elle a dans les mains, c’que je n’ai jamais le temps d’atteindre Reste avec elle Elle fait des câlins qui ne s’arrêteront jamais d’étreindre Reste avec elle Elle a dans l’amour c’que je n’aurais jamais que l’impression de feindre Reste avec elle Moi j’ai dans la tête un vieux cauchemar qui se répète Reste avec elle Moi j’ai dans le cœur, l’écho d’une ancienne terrible tempête Feutres et pastels aux mains de mes amants Me dessinent tout le temps le même petit bout d’arc-en-ciel Reste avec elle Elle a dans les hanches, c’qui lui donne une démarche d’ange Elle a dans les joues, un souffle si doux qu’il guérit chacun des petits genoux qui enflent Elle a du courage et le dos plus large que ceux des héros de nos vieux livres d’images Oh oui reste avec elle Elle a le regard si perçant qu’elle peut te trouer tes pires brouillards Reste avec elle Elle a dans le ventre, ce berceau là qui a mis ta vie au pluriel Feutres et pastels aux mains de tes enfants ne te dessineront toujours que son histoire à elle Elle que tu as choisi Elle qui est ton port Elle qui est ton pays Elle que tu adores Elle qu’aussi tu oublies quand tes yeux s’attardent sur mon corps Quand tu m’regardes un peu trop fort Quand tu la quittes le temps d’une folie Quand tu la quittes le temps d’un frisson Vas-y tout de suite, la rejoindre je t’en prie Vas-y tout se suite la rejoindre sinon Reste avec moi Moi je tends les mains et je t’agrippe à l’idée de t’atteindre Reste avec moi J’te ferais des câlins qui ne s’arrêteront jamais d’étreindre Reste avec moi Si c’est pas de l’amour, c’est un feu que je n’arrive pas à éteindre Feutres et pastels à mes mains maintenant me dessinent en tremblant le même petit bout d’arc-en-ciel qu’avant
La boue dans les yeux
Parait que la boue dans les yeux Ça a déjà redonné la vue L’aurait fallut m’en mettre un peu Moi j’ai rien vu Je t’es regarder de mes yeux propres Alors que tu t’sentais toute sale Et j’ai rien vu, du tout
Même que quand tu m’en a parlé A mon couvert comme un tombeau J’ai pas bien déterré tes mots Je n’ai pas su Et je n’aurai jamais pensé Qu’un jour tu pourrai raconté Que je ne t’ai pas cru
Je t’ai bercé Et j’ai soigné, tes mauvais rhumes chaque année Et je t’ai consolé en vain Quand tu pleurais J’ai toujours pris tes gros chagrins Avec un grain d’sel comme on dit J’ai goûté mal, ta pluie
Aujourd’hui y a d’la boue qui gicle Et ça me gicle le visage Et je vois tout de ma faiblesse, de ton courage Et j’aurai jamais cru mérité D’être accusée de cécité Devant la pire, saleté Cette saleté que tu m’crier Dans tes sanglots et tes hoquets Cette vérité que j’étouffais dans des mouchoirs Comme j’étouffais sans me l’admettre La p’tite alarme, la p’tite clochette Qui m’titillait, le soir
Quand je lançais à la sauvette Tes petites robes et jaquettes Dans cette machine à me laver la conscience Comme j’échappais comme des p’tits hôtes Tes p’tits collants et tes culottes Dans la machines à sentir bon comme l’innocence
Parait que la boue dans les yeux Ça a déjà redonné la vue Mais l’fis de Dieu quand t’étais p’tite il est pas venu Maintenant c’est vrai que je vois mieux Mais toi tu ne veux plus me voir Alors Bravo, Jésus
Maintenant que j’ai recouvert mes sens C’est vrai que ça m’tue quand je pense A l’évidence de tes messages, de détresse A tout c’que tu vivais d’horrible Qui me restait invisible Au long de ta, jeunesse.
Maintenant bien sûr tout est limpide Il me remonte des indices Y avait d’la honte à pleins visage Dans tes yeux tristes Quand tu revenais comme toute timide Du dépanneur ou de l’épicerie L’expression vide et lui
Lui il m’embrassait sur le front Vider son sac de Provigo Y avait soit du pain ou du lait, ou des gâteaux Toi dans ta chambre j’t’entendais Verser des rivières de monnaie Sur ta table de, chevet
Parait que la boue dans les yeux Ça a déjà redonné la vue L’aurait fallut m’en mettre un peu Moi j’ai rien vu Je t’ai regardé de mes yeux propres Alors que tu t’sentais toute sale Et j’ai rien vu, du tout
J’aurais voulu être là pour toi Entendre c’que j’entendais pas T’as du m’le dire un millions d’fois Bien sûr que je te crois Je peux même pas t’expliquer comment Avec tout mon cœur de maman J’t’ai pas aidé, mieux qu’ça
Mais j’t’ai aimé, et j’t’aime encore Comme on peut pas aimer plus fort Je savais pas qu’il y avait un monstre à la maison Moi j’pensais qu’ça existait pas J’te l’ai répété tellement d’fois Que j’y ai cru à en dormir comme un poupon Mon grand bébé, j’suis désolé J’te demande, pardon.
Attrape pas froid
Depuis que t’es toute petite Que ton bagou me charme Tu aimes faire le pitre Et nous faire rire aux larmes Depuis que t’es tout poupon Que tu dis tout ce que tu penses Tu cries tes opinions Sans craindre les conséquences Je sais que ce serai mal De te dire de te taire Parce qu’y a sifflé des balles Sur notre coin de terre Plus il tombe de têtes Plus il faut relever la tienne Oublie que je m’inquiète Mais n’oublis pas que je t’aime
Depuis que t’es toute gamine Que je te fais promettre De ne pas courber l’échine
De ne pas te soumettre Mais là y’a mon instinct Qui crie d’aller te cacher Aussi creux aussi bien Que tu peux mon bébé J’ai une espèce de boule Coincée dans l’estomac Un gros côté mère poule Que je combats crois moi J’ai juste envie de te dire De rester bien au chaud Te dire de te couvrir Des pieds jusqu’au cerveau
Attrape pas froid Aux yeux Garde ton audace Attrape ta foi En Dieu S’il te menace Attrape pas froid Aux yeux Ma belle enfant terrible Prends ton courage A deux main libres
Je veux pas que tu maigrisses du cœur En suivant des régimes de peur J’ai pas le droit mon amour De te couver comme une lâche D’écraser ton humour D’ébranler ton courage Je veux pas que tu tournes rond Du coin de tes sarcasmes Parce que les religions Ont pas le sens de la farce Tu vas te geler les doigts Si tu les laisses dormir Loin des crayons de bois Loin des crayons de cire Tu vas ter geler les lèvres Si tu les enfoulardes N’aies pas peur de la crève Ne sois pas sur tes gardes Va jouer là où tu veux Ma belle enfant fragile Même si dehors il pleut Un malheureux grésille Plus le sol est glissant Plus faut que tu patines Plus le monde est terrifiant Plus faut que tu le dessines
Attrape pas froid Aux yeux Garde ton audace Attrape ta foi En Dieu S’il te menace Attrape pas froid Aux yeux Ma belle enfant terrible Prends ton courage A deux main libres
Je veux pas que tu maigrisses du cœur En suivant des régimes de peur
C’est vrai que j’ai juste envie De te mettre des mitaines De te foutre l’esprit Dans un bonnet de laine Je veux pas qu’on t’intimides Parce que t’as des idées Mais ce serait stupide De te les refouler C’est pas vrai que c’est interdit De jouer avec le feutre Il reste un paradis Il reste un terrain neutre Ne joue pas à cache cache Au creux de mes jupons Laisse couler ta gouache Je t’en donne la permission
Attrape pas froid Aux yeux Garde ton audace Attrape ta foi En Dieu S’il te menace Attrape pas froid Aux yeux Ma belle enfant terrible Prends ton courage A deux main libres
Je veux pas que tu maigrisses du cœur En suivant des régimes de peur
Poétesse grecque des VIIè et VIè siècles avant notre ère, Sappho vécut à Mytilène, sur l’île de Lesbos. Très célèbre durant l’Antiquité, son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments.
Elle a exprimé dans ses écrits son attirance pour d’autres femmes, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de Lesbos, l’île où elle a vécu.
Confidences
Je dis que l’avenir se souviendra de nous.
Je désire et je brûle.
A nouveau, l’Amour, le briseur de membres,
Me tourmente, doux et amer.
Il est insaisissable, il rampe.
A nouveau l’amour a mon cœur battu,
Pareil au vent qui, des hauteurs,
Sur les chênes s’est abattu.
Tu es venue, tu as bien fait:
J’avais envie de toi.
Dans mon cœur tu as allumé
Un feu qui flamboie.
Je ne sais ce que je dois faire,
Et je sens deux âmes en moi.
Je ne sais quel désir me garde possédée
De mourir, et de voir les rives
Des lotus, dessous la rosée.
Pour celles de nous campées sur le rivage
debout sur le pont immuable des décisions
cruciales et seules
pour celles de nous qui n’arrivons pas à nous abandonner
au rêve fugace des choix
les amours vestibules, allant, venant
le long des heures entre les aubes
scrutant l’envers le dedans
à la fois l’après et l’avant
à la poursuite d’un présent qui répète
les futurs
comme le pain dans nos bouches d’enfants
dont les rêves ne seraient plus le reflet
de l’agonie des heures
Pour celles d’entre nous
imprimées de terreur
comme une ligne discrète au milieu du front
apprenant l’effroi dans le lait maternel
par cette arme
cette illusion d’une sûreté à trouver
la maladresse nous voulait muettes
nous toutes
cet instant et ce triomphe
nous n’étions pas sensées survivre.
Et lorsque le soleil se lève nous craignons
qu’il ne puisse se maintenir
quand le soleil se couche nous craignons
qu’il ne se relève pas le matin
quand notre ventre est plein nous craignons
l’indigestion
quand notre ventre est vide nous craignons
de ne plus jamais manger
quand nous sommes aimées nous craignons
que l’amour s’évapore
mais seules nous craignons
que l’amour ait fui à jamais
et quand nous parlons nous craignons
que nos mots soient perdus
ou malvenus
mais même silencieuses
nous restons apeurées
alors il vaut mieux parler
et se souvenir
que nous n’étions pas sensées survivre.
Et la version originale
A Litany for Survival
For those of us who live at the shoreline
standing upon the constant edges of decision
crucial and alone
for those of us who cannot indulge
the passing dreams of choice
who love in doorways coming and going
in the hours between dawns
looking inward and outward
at once before and after
seeking a now that can breed
futures
like bread in our children’s mouths
so their dreams will not reflect
the death of ours;
For those of us
who were imprinted with fear
like a faint line in the center of our foreheads
learning to be afraid with our mother’s milk
for by this weapon
this illusion of some safety to be found
the heavy-footed hoped to silence us
For all of us
this instant and this triumph
We were never meant to survive.
And when the sun rises we are afraid
it might not remain
when the sun sets we are afraid
it might not rise in the morning
when our stomachs are full we are afraid
of indigestion
when our stomachs are empty we are afraid
we may never eat again
when we are loved we are afraid
love will vanish
when we are alone we are afraid
love will never return
and when we speak we are afraid
our words will not be heard
nor welcomed
but when we are silent
we are still afraid
So it is better to speak
Remembering
we were never meant to survive
Judith Love Cohen, 1933-2016, américaine, – Ingénieure Aérospatiale
Chère Judith,
J’ai découvert ton nom tardivement et comme souvent avec les Oubliées, dans l’ombre de celui d’un homme. Cependant et à la différence de beaucoup d’autres, cet homme ne cache pas sa relation avec toi, bien au contraire il en est fier. Fier d’être le fils d’une femme qui a accompli deux miracles le même jour : ramener sur Terre les astronautes de la tristement célèbre mission Apollo 13, tout en mettant au monde le grand Jack Black.
Pas de quoi pavoiser sur le taux de femmes dans nos écoles d’ingenieur.es d’aujourd’hui, mais à ton époque les étudiantes ingénieures étaient aussi rares que les cheveux sur la tête à Mathieu. Tu projettes de devenir professeur de mathématiques, alors tu acceptes de faire les devoirs de tes camarades contre rémunération, autant joindre l’utile à l’agréable.
Mais c’est l’obtention d’une bourse pour étudier au Brooklyn College qui marque le début de ton orientation vers l’ingénierie. Tu poursuis cette voie sans croiser aucune autre femme ingénieure. Tu finis diplômée dans 3 matières différentes, là ou une seule aurait suffi pour exercer ton futur métier.
Tu fais toute ta carrière dans l’aéronautique, en commençant en tant qu’apprentie ingénieure chez la North American Aviation. C’est par la suite, au sein de la Space Technology Laboratories, que tu contribues à tes plus grands projets. Le plus connu d’entre eux : le système de guidage d’abandon du module lunaire (AGS – Abort Guidance System). C’est ce même système qui, lors de catastrophique mission Apollo 13, a servi de moyen de secours d’urgence aux astronautes.
Mais le cœur du miracle, c’est que le module ne pouvait pas fonctionner tel quel pour les ramener sur Terre. Il fallait y apporter des corrections en urgence. Et c’est toi qui les as effectuées. Mais tu n’étais pas physiquement là, à Houston. Tu étais déjà occupée à produire un autre miracle, mettre au monde ton deuxième enfant, le futur Jack Black. Portée par ton sens du devoir, tu emmènes avec toi à l’hôpital tous les éléments nécessaires pour résoudre le problème épineux de faire fonctionner le système de guidage avec le peu de ressources à disposition. Avec un flegme exceptionnel, tu appelles ton chef pour l’informer que le problème est résolu, et ce avant d’avoir mis au monde l’enfant. Mission accomplie ! Quelle incroyable capacité à gérer deux urgences de front.
Tu continueras toute ta vie à montrer l’exemple, même après la fin de ta carrière en 1990. Tu écris deux séries de livres, « You can be a woman » et « Green », pour encourager et promouvoir l‘égalité femme homme et la protection de l’environnement auprès des enfants.
En 2006, tu publies un dernier livre intitulé « The Women of Apollo », pour mettre en avant les biographies de quatre femmes ayant contribué à envoyer l’homme sur la lune.
Tu as grandi et vécu dans une époque et un monde où les gens pensaient que les femmes n’avaient rien à faire dans les milieux techniques tels que l’aérospatiale. Tu t’es battue toute ta carrière pour prouver le contraire. Et si la prouesse d’avoir sauvé la vie des astronautes d’Apollo 13 tout en la donnant à ton fils est évidemment admirable, j’y vois aussi le triste constat que tu ne pouvais pas risquer ta carrière en t’arrêtant pour accoucher. Ce n’est que beaucoup plus tard, en 1993, que les femmes américaines bénéficieront enfin d’un congé maternité de 12 semaines, encore très souvent sans rémunération.
Tu continueras à te battre jusqu’à tes derniers jours pour que les femmes intègrent le domaine de l’ingénierie, pour l’égalité entre les hommes et les femmes et pour la protection de l’environnement.
Je connaissais Jack Black, mais je ne te connaissais pas, Judith Love Cohen. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.