Virginia Brindis de Salas (1908-1958), de nationalité uruguayenne, est la première femme noire publiée en Amérique du Sud. Surnommée « la plus militante des écrivains afro-uruguayens ». Son œuvre s’attache à décrire et à dénoncer la situation sociale des Noirs en Uruguay.
Ce texte est extrait de son ouvrage Cien carceles de amor publié en 1949
Dans les forêts séculaires
de l’Afrique virginale
Où le lion et le chacal féroce
terrifient le colibri.
Avec les oiseaux des tropiques
Au plumage hautain.
Et où le chardonneret chante,
C’est là que je suis née.
Si le soleil, le soleil a brûlé
mon front, et non
mon cœur.
À l’inspiration
de cette grande famille humaine.
Apprenant les devoirs
des Noirs : ne pas rejeter les plaisirs
qui élargissent le cœur.
NOIR: TOUJOURS TRISTE
Tristesse de noirs
ta chanson est douleur, silence,
humilité
Ne croisez pas les bras;
Les Noirs ne doivent pas les croiser
jamais
Vos ancêtres les ont déjà croisés. . .
Par peur de l’amour, à cause l’esclavage
Le triste noir oublie. . .
Les navires négriers, ces cales noires
du navire, les horreurs, la faim,
les violences, tout oublier;
Qu’elle vient lentement, la liberté tant désirée !
Cantos En los bosques seculares del Africa Virginal Donde el león y el fiero chacal aterran al colibrí. Con las aves de los trópicos hace el plumaje altanero. Y donde canta el jilguero, allí fue donde nací. Si el sol, sol tostó a mi frente, no igual a mi corazón. A la inspiración de esta gran familia humana. Aprendiendo los deberes negros : no rechacen los placeres que ensanchan al corazón. NEGRO: SIEMPRE TRISTE Tristezas de negros tu canto es dolor, silencio, humildad. No cruces los brazos; los negros no deben cruzarlos jamás. Tus antepasados los cruzaron ya . . . Por temor al amor, por esclavitud negro triste olvida . . . Los buques negreros, aquellas sentinas oscuras del barco, horrores, el hambre, azotes sufridos, olvídalo todo; que lentamente viene, la ansiada libertad
Il fait encore frais ce lundi matin, alors tu t’es habillée chaudement, chère Myriam. Tu as enfilé tes collants blancs, ce sont tes préférés.
Tu es un peu en retard alors, tu laisses la fin de ton petit déjeuner sur la table de la salle à manger.
Tu le finiras peut-être ce soir, ou peut-être pas. A 7 ans, cela n’a aucune importance.
Tu ne veux pas arriver en retard à l’école. Tu es en CE2. C’est important le CE2 !
Tu adores danser, chère Myriam. Dans quelques mois aura lieu le spectacle de fin d’année, il faut que tu sois prête. Alors en sortant de chez toi, tu esquisses quelques pas de danse.
Te voilà sur le trottoir, devant le collège-lycée juif Ozar Hatorah, fondé par tes parents Yaacov et Yaffa il y a plus de 20 ans.
Tu attends la navette qui t’amènera à l’école. A tes côtés se tient Jonathan Sandler, enseignant à Ozar Hatorah, accompagné de ses deux fils, Arié 5 ans, et Gabriel 4 ans.
Il est bientôt 8 heures. Tout va bien, tu es à l’heure.
29 janvier 2024, ville de Gaza.
7 personnes s’entassent dans une Kia noire. Le couple Hamada avec leurs 4 enfants et leur nièce de 5 ans, toi, chère Hind.
Comme vous en avez reçu l’ordre par l’armée israélienne, vous fuyez votre quartier de Tel al-Hawa, en direction du Sud. Mais au détour d’une rue, vous tombez nez à nez avec les chars israéliens, qui ont envahi le quartier.
Impossible de vous échapper. Quand l’un des tanks tire sur votre véhicule, ton oncle, ta tante et 3 de leurs enfants sont tué·es sur le coup. Avec ta cousine Layan, 15 ans, vous êtes les deux seules survivantes.
Par l’intermédiaire d’un autre oncle, les opérateur·ices du Croissant Rouge parviennent à joindre Layan par téléphone. Lorsqu’elle décroche, elle crie, en larmes : « Ils nous tirent dessus. Le char est juste à côté de moi. Nous sommes dans la voiture, le char est juste à côté de nous »
Puis de nouveau le bruit des balles, un cri, et le silence.
Toulouse, devant l’école Ozar Hatorah.
Un homme casqué gare son scooter Yamaha blanc devant l’établissement.
Armé d’un 11,43 et d’un pistolet mitrailleur, il ouvre le feu et abat Jonathan Sandler et son fils Arié. L’arme s’enraye, Gabriel et toi Myriam courez vous réfugier dans la cour de l’établissement.
Mais le tueur ne vous laissera aucune chance. Il pénètre dans la cour et avec sa deuxième arme, il abat le petit Gabriel.
Tu n’aurais pas dû mourir, chère Myriam. Tu aurais pu t’échapper, mais tu cherches à emporter ton cartable rose, trop lourd. Tu trébuches.
Qu’y avait-il donc de si précieux dans ce cartable ? Y avais-tu caché un dessin, ou un poème écrit pour ta maîtresse pendant le week-end ? Je vois à quel point mes deux enfants chérissent ces petites créations, si fragiles, comme eux, comme toi.
Aujourd’hui la haine s’est faite homme et elle n’a pas eu de pitié, même pour une petite fille de 7 ans au visage d’ange et aux boucles blondes.
Ville de Gaza
Lorsque les opérateur·ices du Croissant Rouge rappellent, c’est toi, Hind, qui répond. Toute ta famille est morte autour de toi. Pendant trois longues heures, tu resteras en ligne avec les opérateur·ices, qui te recommandent de rester cachée dans la voiture. On entend régulièrement le bruit des balles. De ta voix fluette de petite fille de 5 ans, tu supplies : « J’ai si peur. S’il te plaît, viens. Viens emmène-moi. S’il te plaît, viendras-tu ? »
Tu n’aurais pas dû mourir, chère Hind. Après trois heures d’un effort surhumain, les secouristes du Croissant Rouge parviennent finalement à obtenir un laisser-passer de l’armée israélienne, et envoient une ambulance pour te porter secours. A son bord, deux ambulanciers, Youssef Zeino et Ahmed Al-Madhoun. Les secouristes pleurent de joie, ils parviennent même à te mettre en ligne avec ta mère. Ça y est, tu es sauvée !
Guidés au téléphone par les secouristes, les ambulanciers se frayent un chemin dans les rues dévastées par les bombardements. Mais alors que leur véhicule n’est plus qu’à quelques centaines de mètres de la Kia, il est frappé par un obus israélien.
Les opérateur·ices te parleront une dernière fois, le temps que tu leur confirmes avoir entendu l’explosion de l’ambulance. Puis la connexion est coupée, c’est de nouveau le silence. Il est 19h30, et ta voix s’est éteinte.
Aujourd’hui la haine s’est faite homme et elle n’a pas eu de pitié, même pour une petite fille de 5 ans au visage d’ange et aux boucles brunes.
Douze jours plus tard, le 10 février 2024, ta famille et des journalistes peuvent enfin se rendre sur place, après que l’armée israélienne ait évacué le quartier.
Déchiquetée par 355 impacts de balle, les fenêtres éclatées, la Kia noire a été poussée sur le bas-côté, sans doute par un bulldozer. Ton petit corps y repose, en compagnie de ceux de tes 4 cousin·es, de ta tante et de ton oncle.
A 150 mètres de là, on retrouve l’ambulance éventrée et les restes calcinés des corps de Youssef Zeino et Ahmed al-Madhoun.
Chère Hind, tu es morte pour la simple raison que tu étais palestinienne.
Chère Myriam, tu es morte pour la simple raison que tu étais juive.
Quand on s’attaque à ses enfants, le monde devrait se lever dans l’instant pour les protéger, ou au moins pour honorer leur mémoire. Mais nous ne nous sommes pas levé·es, ni pour l’une ni pour l’autre.
Nous nous sommes trouvé des excuses, nous avons détourné le regard, nous nous sommes tu·es. Et sur le terreau de notre lâcheté, les graines de la haine ont continué à germer.
Pardon Myriam. Pardon Hind. Nous n’avons pas su vous protéger. Et nous avons appris avec vous que les anges meurent aussi.
J’ai cessé depuis longtemps de croire au paradis. Mais en pensant à vous, Hind et Myriam, il m’arrive pourtant de rêver qu’il existe, pour que les anges ne meurent jamais.
C’est promis, chère Hind, chère Myriam, je ne vous oublierai pas.
Portrait rédigé par Guillaume Dufresne
L’antisémitisme, comme toutes les autres formes de racisme, est un poison que nous devons combattre sans relâche.
Comme l’ont rappelé l’International holocaust rememberance alliance et la déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, critiquer l’Etat d’Israël et dénoncer les crimes qu’il commet ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme.
En juillet 2025, l’ONG israélienne B’Tselem a publié un rapport intitulé « Our genocide » dénonçant le génocide commis par Israël dans la bande de Gaza.
Si le sujet de l’antisémitisme vous intéresse, je vous recommande la lecture du livre de Jonas Pardo « Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme »
Tous les enfants du monde devraient être protégé.es et leur mémoire honorée lorsqu’ils et elles sont assassiné.es. Qu’ils et elles soient Juif.ves, Palestinien.nes ou quoi que ce soit d’autre n’y devrait rien changer.
Je pense chaque jour de ma vie à Myriam Monsonégo et Hind Rajab, ces deux anges qui n’auraient jamais dû mourir
Ressources utilisées pour ce portrait:
– La voix de Hind Rajab, film de Kaouther Ben Hania
Nous avons été accueillis par le dernier vers du poème de la célèbre communarde, « Hirondelle qui vient de la nue orageuse », qui trône en majesté sur le toit de l’établissement. L’occasion de penser à certaines de ces femmes qui, comme Louise Michel, ont marqué l’histoire de la Commune de Paris en 1871: Victorine Brocher, Eulalie Papavoine, Nathalie Lemel, Malvina Poulain ou Victorine Gorget.
Lors d’une demi journée organisée de main de maîtresse par leur professeure de mathématiques Sabrina Chaigneau, nous avons eu le grand plaisir d’échanger avec une soixantaine d’élèves de troisième, venues pour écouter des femmes ingénieures et techniciennes leur parler de leur métier. L’objectif est de les encourager à choisir les filières scientifiques, dont les plus prestigieuses sont encore massivement trustées pars les garçons.
« Et vous pourquoi vous êtes là? », m’a demandé très justement l’une des élèves (j’étais le seul homme de l’assistance).
Hé bien j’étais venu pour deux choses. Conseiller à ces jeunes femmes de tout faire pour ne jamais dépendre financièrement d’un homme, et leur présenter le projet des chères oubliées.
Avec trois groupes successifs, nous avons commencé par demander aux élèves de nous donner à la volée des noms d’hommes et de femmes célèbres. Outre que j’ai eu le plaisir de découvrir plusieurs influenceurs et influenceuses que je ne connaissais pas, force est de constater que certains adultes pourraient prendre de la graine de ces élèves.
Rosa Parks, Simone Veil et Louise Michel (elle jouait à domicile) ont été citées par les trois groupes. Quel bonheur aussi de retrouver Harriet Tubman, Ruby Bridges et Nellie Bly. Et franchement, qui parmi vous connaît Diane Arbus?
Donc globalement nous étions content·es, côté rôle modèles féminins nous partions pas mal.
Des groupes de 4 à 6 élèves ont choisi une de ces femmes, et lui ont adressé quelques questions et mots doux après une brève présentation de leur histoire. Le résultat fut souvent savoureux, on vous laisse en profiter.
Avant de nous dire au revoir, chacune des élèves a reçu en cadeau le portrait d’une chère oubliée née le même jour qu’elle.
Et vous, saurez vous retrouver quelle femme illustre d’hier ou d’aujourd’hui est née le même jour que vous?
C’est bientôt l’heure des bonnes résolutions, et si après l’avoir trouvée, vous vous lanciez en 2026 dans l’écriture de son histoire à la mode des chères oubliées?
En tout cas une chose est sûre, pour ce qui est de « Elles bougent », Emilie et moi on y retourne l’année prochaine!
Le dernier vers du poème trône en majesté sur le toit du collège. Je ne résiste pas à l’envie de vous partager le texte complet tant je l’ai trouvé magnifique.
Quelques mots tout de même sur Louise Michel, infatigable militante et figure majeure de la commune de Paris, un engagement qui lui vaudra de connaître sept années de déportation en Nouvelle-Calédonie.
Et elle fut donc aussi une femme de lettres et une poétesse de grand talent.
Hirondelle qui vient de la nue orageuse
Hirondelle qui vient de la nue orageuse
Hirondelle fidèle, où vas-tu ? dis-le-moi.
Quelle brise t’emporte, errante voyageuse ?
Écoute, je voudrais m’en aller avec toi,
Bien loin, bien loin d’ici, vers d’immenses rivages,
Vers de grands rochers nus, des grèves, des déserts,
Dans l’inconnu muet, ou bien vers d’autres âges,
Vers les astres errants qui roulent dans les airs.
Ah ! laisse-moi pleurer, pleurer, quand de tes ailes
Tu rases l’herbe verte et qu’aux profonds concerts
Des forêts et des vents tu réponds des tourelles,
Avec ta rauque voix, mon doux oiseau des mers.
Hirondelle aux yeux noirs, hirondelle, je t’aime !
Je ne sais quel écho par toi m’est apporté
Des rivages lointains ; pour vivre, loi suprême,
Il me faut, comme à toi, l’air et la liberté.
Ta famille et ton nom résonnent au panthéon des sciences, mais ton prénom peut-être un peu moins. Mais j’aimerais me pencher sur ton histoire, tout aussi époustouflante que celle de ta maman Marie et de ta sœur Irène.
Tu me pardonneras je l’espère de commencer par un bref rappel de quelques éléments de la biographie familiale, car ils permettent de mieux comprendre ton parcours. Nous connaissons souvent Marie et Pierre Curie à travers les photos d’un couple de physiciens, un brin austères dans leurs blouses de recherche.
Mais ces photos sont par trop réductrices, comme le montre la passionnante biographie que tu as consacrée à ta maman. Ta maman Marie est née en 1867, dans une Pologne occupée par le Russie, ne pouvant pratiquer sa langue maternelle que dans la clandestinité. Ses parents forment un couple moderne, où filles et garçons doivent toutes et tous recevoir une instruction, sans distinction de genre.
Ta maman, orpheline de mère dès l’âge de 11 ans, traverse un deuxième traumatisme avec la destitution de son papa de son poste de professeur. Mais elle ne baisse pas les bras, et part enseigner à la campagne pour subvenir aux besoins de sa famille et pour financer les études de médecine de sa grande sœur en France. Là encore, elle fait acte de bravoure et d’audace, en proposant au propriétaire terrien qui l’emploie d’ouvrir une école en polonais pour les jeunes gens du village.
En 1881 ta maman arrive à Paris, où elle retrouve sa sœur aînée. Pour économiser et financer ses études, elle décide de loger dans une chambre de bonne où les conditions matérielles sont très rudimentaires. Mais le bonheur arrive avec la rencontre de Pierre Curie, et c’est uni par la science et l’amour que ce couple chemine. En 1897, ta grande sœur Irène voit le jour. Suivant les pas de ses parents, elle fait preuve d’un don particulier pour les sciences. Puis en 1904, te voilà qui pointe le bout de ton nez. Cependant, tu seras très jeune privée d’un doux foyer avec deux parents aimants, car en 1906, ton papa meurt accidentellement, fauché par un carrosse. Il te faudra très jeune apprendre à vivre avec ce deuil.
Mais si ta maman est remplie de douleur, elle n’oublie pas de vous transmettre un cadre de vie sain et vous accompagne avec amour et attention dans votre développement. Fervente partisane de la maxime « un esprit sain dans un corps sain », elle vous emmène pour de grandes promenades en vélo et des séjours au ski. Elle vous permet aussi de rencontrer les grand·es penseurs et penseuses de l’époque.
Pendant la Première Guerre mondiale, ta maman doit préserver le gramme d’Uranium qu’elle possède et vous apprendre l’autonomie. Irène, déjà majeure, part lui prêter main forte sur les champs de batailles. Grâce aux petites Curies, les premières voitures équipées d’un système de radiologie, elles sauvent de très nombreuses vies. Elles permettent aussi des opérations ciblées à l’endroit des blessures causées par les balles ou les éclats d’obus, évitant ainsi des défigurations et des amputations inutiles. Pendant ce temps, tu dois apprendre la patience. Et trouver ton propre chemin car tu n’as pas le talent de tes parents et ta grande sœur pour les sciences. Mais petit à petit, tu vas trouver ta propre voie. Lors d’une tournée de ta maman aux États-Unis en 1921, tu te découvres des talents d’écrivaine et de diplomate. Tu sais parler aux gens, les convaincre
En 1937, tu publies une biographie de Marie Curie qui reçoit une ovation mondiale, et tu reçois le prix littéraire « National Book Award for Non Fiction ». Aux côtés de ta sœur, tu vas aussi mettre ton talent au service de la survie de l’Institut Curie, qui entre 1919 et 1935 a sauvé 8 319 personnes. Car la volonté de tes parents de ne pas breveter leurs découvertes pour les rendre accessibles à tous et soigner le plus grand nombre n’est pas pour aider les finances de l’institut.
La satisfaction de voir l’institut sauvé est de courte durée avec le début de la Seconde Guerre Mondiale. C’est le cœur déchiré que tu assistes au partage de la Pologne, le pays de naissance de ta maman, entre l’Allemagne nazie et la Russie. Avec la prise de pouvoir des nazis en France, ta sœur et son mari stoppent volontairement leurs travaux, qui pourraient tomber aux mains des Allemands, et cachent les documents les plus importants.
De ton côté, tu t’engages en politique dans le gouvernement de Daladier, recrutée par le commissariat général de l’information dirigé par Jean Giraudoux. Après une tournée triomphale aux Etats-Unis, tu reçois la mission de convaincre le gouvernement américain de rentrer en guerre contre l’Allemagne. Cela te vaudra de faire la une du Times, mais tu n’y arriveras malheureusement pas, et tu reviens en France au moment de la drôle de guerre.
Dans cette période de débâcle, tu embarques le 18 juin 1940 depuis Bordeaux, avec 1 300 autres réfugiés, apprenant au passage l’appel du général de Gaulle. Tu arrives à Londres le 23 juin, où tu ne tardes pas à écrire pour radio Londres. Pendant 6 mois, tu vis aux côtés des Britannique sous les bombardements incessants de l’armée d’Hitler.
En 1941, mandatée par le général de Gaulle, tu repars à la conquête des États-Unis pour réussir à arracher leur soutien. Ton succès y est suffisamment marquant pour que le régime du général Pétain allume la mèche du dénigrement. Comme celui-ci n’opère pas, tu es destituée en mai 1941 de la nationalité française. Si l’océan te protège d’une arrestation, tu apprends impuissante le saccage de ton appartement parisien et la vente de tes bien personnels. Sans compter la pression des espions à la charge du régime et chargés de te surveiller. Heureusement, l’amitié indéfectible d’Eleanor Roosevelt est une armure suffisamment solide pour te protéger.
En novembre 1941, Franklin Roosevelt te confie la mission de correspondante de guerre. Cela te permet t’informer le grand public américain de ce qui se passe sur les différents fronts, mais également d’assurer une mission de liaison et de renseignement entre les forces alliées grâce à la qualité de tes analyses.
Le 10 novembre 1941, tu embarques pour une mission en compagnie de « mécaniciens » qui sont en fait des espions chargés d’aider les alliés sur le terrain nord-africain. Tu traverses l’ensemble des pays de la bande Sahélienne, puis te rends jusqu’en Iran. Tu parviens ensuite à te frayer un chemin jusqu’en Chine, où tu dois ruser pour ne pas être capturée par les Japonais. Tu comprends de façon précoce que la Chine actuellement sous tutelle deviendra un géant avec qui il faudra compter.
Au fil de tes voyages, tu multiplies les rencontres et développes une vision très fine des forces en présence dans le conflit mondial.
De retour en Amérique en 1942, tu n’hésites pas à troquer la célébrité et le confort retrouvé pour t’engager dans l’armée de volontaires de la France Libre. Tu suis pour cela un entraînement intensif afin de devenir agente de renseignement, sortant au passage majore de ta promotion. Tu es nommée pour être présente à la campagne de reconquête de l’Italie, et tu participes au débarquement en Provence. Tu reçois également la mission d’assurer la jonction des armées de Provence et de Lyon avec celles en provenance de la capitale. Enfin, tu es affectée à l’état-major des armées de Paris.
Après la guerre, tu retournes t’installer à Paris, où tu rappelles lors de nombreuses conférences le rôle des femmes dans les découvertes scientifiques. Tu suis également avec enthousiasme la naissance de l’OTAN, où tu es nommée conseillère spéciale du secrétaire général de l’ONU en 1952.
Aux côtés de ton mari Henri Labouisse, ta dernière mission sera de donner une dimension internationale à l’UNICEF. Afin que chaque enfant dans le monde puisse être protégé et avoir accès à l’éducation et à la santé.
Pour tes 100 ans, tu reçois la visite de Kofi Annan, ainsi que des messages du monde entier.
Tu t’éteins le 22 octobre 2007, après avoir traversé le siècle et participé activement à défendre la liberté, la cause des femmes et des enfants.
Je ne te connaissais pas, Eve Curie. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Dans la famille chanteuse engagée, je voudrais Suzane. Bonne pioche! Dans ses textes, Suzane parle d’écologie, de violences sexistes, de harcèlement sexuel, de lesbianisme, de genre ou d’homophobie.
Sa chanson « Je t’accuse » me rappelle chaque jour ma responsabilité, en tant qu’homme, de ne jamais détourner le regard et d’agir au quotidien pour que cessent toutes les violences faites aux femmes et aux enfants.
Je t’accuse
D’abord y a eu Gisèle Et puis y a eu Sophie Isa, Khadija et Marie Et ma copine Claire Et puis y a moi aussi Et puis toutes celles Qui n’ont jamais rien dit
Mais t’en as rien à faire, toi Ça sera qu’un nom d’plus sur la liste Dans un fait divers, dans un tiroir Des tonnes de vies classées sans suite Mais tu vas rien faire, toi Et c’est bien ça le problème Justice, est-ce qu’on doit Te faire nous-mêmes?
Car je t’accuse De fermer les yeux alors que t’as tout vu Je t’accuse Fais pas l’innocent, t’as rien fait quand t’as su Je t’accuse Main droite levée Je t’accuse Et j’assume
T’étais où? Sûrement qu’t’existes pas Pourquoi t’es jamais là Quand on n’croit plus qu’en toi? Demande à tous les gosses Que tu n’protèges pas Tous les monstres ne sont pas Que dans les salles de cinéma
Mais t’en as rien à faire, toi Ça sera qu’un nom d’plus sur la liste Dans un fait divers, dans un tiroir Des tonnes de vies classées sans suite Mais tu vas rien faire, toi Ou faudrait qu’on t’harcèle Justice, est-ce qu’on doit Te faire nous-mêmes?
Car je t’accuse De fermer les yeux alors que t’as tout vu Je t’accuse Fais pas l’innocent, t’as rien fait quand t’as su Je t’accuse Main droite levée Je t’accuse Et j’assume, et j’assume
Pour toutes celles que la violence A condamnées au silence Je t’accuse Pour celles qu’avaient prévenu Mais que t’as jamais entendues Je t’accuse
Pour celles qui prennent La plus lourde des peines Pour les victimes de ton système Je t’accuse et j’assume
Sa voix est aussi envoutante que ses textes sont magnifiques. Il y a du Clara Ysé en Solann, que j’ai découverte au printemps 2025. Elle a remporté cette même année la victoire de la musique dans la catégorie « révélations féminines ». Rome est sa chanson que je préfère, je vous laisse découvrir sa « poésie féroce ». Comme beaucoup d’autres femmes, elle a été victime de cyberharcèlement par de pitoyables MM (masculinistes médiocres)
Rome
Je me sens comme un agneau
Qui dit pardon au loup
D’avoir été trop lent
À lui offrir son cou
D’avoir pris trop de place
D’avoir trop résisté
D’avoir vu sa robe de rouge se tacher
Cette jungle me doit des mea-culpa à la pelle
À marcher entre rats, vautours et hyènes
Et je compte même plus les fois
Où on m’a traité de chienne, non
Je compte même plus les fois où
On m’a traité de chienne
Mais c’est une chienne qui a élevé Rome
Les putes comme moi portent les rêves des hommes
Mais c’est une chienne qui a élevé Rome
Les putes comme moi portent les rêves des hommes
Je n’veux plus supplier
Qu’on me rende mes nuits
Mes rues sous les lumières
Des soleils de minuit
Qu’on me rende ces fêtes
Qui comblent mes insomnies
Sans l’ombre d’une main
Qui flotte et se pose sur ma cuisse
Cette ville me doit des mea-culpa à la chaîne
À marcher entre les rois qui tuent les reines
Et je compte même plus les fois
Où on m’a traité de chienne, non
Je compte même plus les fois où
On m’a traité de chienne
Mais c’est une chienne qui a élevé Rome
Les putes comme moi portent les rêves des hommes
Mais c’est une chienne qui a élevé Rome
Les putes comme moi portent les rêves des hommes
Certains me doivent des mea-culpa à genoux
Mais préfèrent cracher leur venin debout
Et je mangerai leur langue si c’est le prix du silence
Je mangerai leur langue si c’est le prix du silence
Elizabeth Barret Browning est née en 1806, dans le nord de l’Angleterre. Sa vie bascule à la fin de son adolescence quand elle est frappée par une paralysie, sans doute d’origine psychologique, aggravée par la perte de sa mère en 1828 et de son frère préféré en 1840.
Elle vit alors en recluse, soumise à un père tyrannique envers ses enfants auxquels il souhaite imposer le célibat.
Mais les poèmes qu’elle publie en 1844 éblouissent le poète Robert Browning, avec qui elle entame une correspondance amoureuse. Au bout de deux ans, ils se marient clandestinement et s’enfuient en Italie, où ils vivront jusqu’à la mort d’Elizabeth en 1861.
Miracle de l’amour, elle y retrouvera la santé et aura même un enfant en 1849, à l’âge de 43 ans.
Le texte ci-dessous est issu de ses « sonnets portugais », dans lesquels elle chante son amour pour Robert Browning. La traduction est signée Clara Malroux. Vous pouvez aussi l’entendre lu ici, avec un autre de ses sonnets.
Comment je t’aime
Comment je t’aime ? Que j’en compte les façons.
Je t’aime aussi profond, aussi haut et large
Que mon âme peut aller, cherchant à tâtons
Les fins de l’Être et de la Grâce idéale.
Je t’aime à la mesure du besoin quotidien
Le plus paisible, au soleil et à la bougie ;
Je t’aime librement, comme on se bat pour la Justice ;
Je t’aime purement, comme on dédaigne l’Eloge.
Je t’aime avec la passion que je mettais jadis
Dans mes chagrins, avec la foi de mon enfance.
Je t’aime avec l’amour que j’avais cru perdre
En perdant mes morts sacrés – je t’aime avec le souffle,
Les rires, les pleurs de toute ma vie ! – et, si Dieu veut,
Je ne t’en aimerai que mieux après la mort.
Et voici le texte original
How do I love thee? Let me count the ways.
I love thee to the depth and breadth and height
My soul can reach, when feeling out of sight
For the ends of being and ideal grace.
I love thee to the level of every day’s
Most quiet need, by sun and candle-light
I love thee freely, as men strive for right;
I love thee purely, as they turn from praise.
I love thee with the passion put to use
In my old griefs, and with my childhood’s faith.
I love thee with a love I seemed to lose
With my lost saints. I love thee with the breath,
Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,
Mathilde a été révélée par l’émission The Voice en 2015. Sa voix et ses textes, pour beaucoup sur le sujet des violences faites aux femmes, sont d’une puissance incroyable. C’est aussi une militante contre la grossophobie, qu’elle a subie jusque dans le commissariat où elle a voulu porter plainte contre son bourreau. Vous pouvez écouter son témoignage ici, c’est bouleversant.
Et pour écouter sa chanson le corps des femmes, c’est ici.
Mais qu’est-ce qu’il a, le corps des femmes Pour qu’on lui foute jamais la paix? Combien faut-il de cris, de larmes Pour qu’on lui rende sa liberté? Mais qu’est-ce qu’y a dans toutes les têtes De ceux qui bossent à la télé? Sur les antennes, dans les papiers? Toujours à vouloir nous glacer? Nous enfermer dans leurs idées Leurs idéaux un peu macho Nous asservir pour assouvir Comme des salauds leur libido Mais qu’est-ce qu’il a, mon corps de femme Pour qu’on ne lui foute jamais la paix Est-ce que ce serait vraiment un drame Si on le montrait comme il est?
Le corps des femmes porte leurs âmes Porte la vie, porte leurs drames Le corps des femmes, leur seule maison Toujours saccagée sans raison Je veux savoir, savoir pourquoi C’est toujours les femmes que l’on broie Et pourquoi toi, tout feu, tout flamme Tu asservis le corps des femmes
Mais qu’est-ce qu’il a, mon corps de femme Pour qu’on ne cesse de l’emmerder? Pour que toujours dans les réclames On m’y invite à le changer? Mais qu’est-ce qu’il a mon corps de femme Pour qu’on le voie comme un objet? Si vous voulez l’fond d’ma pensée Mon corps est parfait comme il est
Oui, je suis libre, oui, je suis belle J’incarne la beauté immortelle Je suis la force, irrésistible La féminité irascible Ils peuvent parler, ils peuvent juger Ils peuvent détester et cracher Quoiqu’ils en disent, et quoiqu’ils fassent Mon corps de femme est un palace Mon corps de femme porte mon âme Porte ma vie, porte mes drames Mon corps de femme, ma seule maison Toujours saccagée sans raison Je veux savoir, savoir pourquoi C’est toujours les femmes que l’on broie? Et pourquoi toi tout feu, tout flamme Tu asservis le corps des femmes?
Mais qu’est-ce qu’il a, le corps des femmes Pour qu’on lui foute jamais la paix?
Il était une fois une brigande qui dérobait aux riches pour donner aux pauvres. Elle avait de longs cheveux roux et bouclés, son visage était couvert de taches de son, et dans ses yeux verts brillait la flamme d’une indomptable liberté. Jamais aucun homme ne lui dicterait sa conduite. Elle était belle comme le jour, elle était vivante, elle était insaisissable. Il était une fois Marion du Faouët.
Tu es née Marie-Louise Tromel le 6 mai 1717, au Faouët, petit village du Morbihan à mi-chemin entre Lorient et Carhaix. Le roi soleil est mort depuis bientôt 2 ans, et le royaume de France est gouverné par son neveu, le duc d’Orléans, qui assure la régence en attendant que le jeune Louis XV, né en 1710, soit en âge de régner. Mais ta Bretagne natale, qui connaît famines et épidémies, est bien loin des histoires et du faste de la cour de Versailles.
Troisième d’une fratrie de cinq enfants dont les deux plus jeunes sont morts au berceau, tu connais dès tes plus jeunes années le goût de la misère. Réduite à faire la manche pendant les fêtes et les pardons, il t’arrive parfois de glisser la main dans la poche bien garnie d’un marchand ou d’un pèlerin pour y dérober quelques pièces. Tu te fais en tout cas cette promesse: la mort plutôt que la misère.
A 18 ans, tu fais la connaissance d’Henri Pezron. Tout de suite, c’est le coup de foudre. Grâce à votre incroyable charisme, vous montez cinq ans plus tard une troupe de brigands. Baptisée Compagnie Finefont, elle détrousse sans scrupule les voyageurs, les marchands et les forains, mais sans jamais verser une goutte de sang. Ta bande comptera jusqu’à 40 membres, aux noms tous plus poétiques les uns que les autres : “le corbeau”, “la gargouille”, “le renard”… et qui t’obéissent au doigt et à l’œil. Gare à celui qui osera remettre en cause ton autorité. Multipliant les amants, tu sais aussi offrir aux plus valeureux une nuit brûlante dans tes bras. Ta bande et toi accumulez vite une petite fortune, que vous dissimulez dans la grotte du diable de Hulegoat et le manoir du Bodénou. Un trésor qui nourrira bien des fantasmes, longtemps après ta mort.
Par refus de la misère comme pour t’assurer de leur soutien, tu aimes à redistribuer une partie de tes rapines aux plus pauvres des villages bretons. Tu n’hésites pas également à châtier les violeurs, ce qui ne fait qu’accroître ta popularité. Allié à ta parfaite connaissance du terrain, ce soutien populaire te permettra d’échapper pendant de nombreuses années aux soldats qui te traquent dans une bonne partie de la Bretagne.
Mais la vie de brigande est souvent une courte vie. A l’hiver 1746, tu es arrêtée une première fois, en compagnie d’Henri Pezron et de deux autres membres de ta bande. Au 18ème comme au 21ème siècle, le vol est sans doute le délit pour lequel le caractère classiste de la justice s’exprime avec le plus de force. Grâce au talent de leurs avocat·es et à leurs soutiens médiatiques, nous sommes capables de beaucoup de mansuétude à l’égard des riches et des puissants qui nous font les poches. A ton époque on parlait de privilèges, aujourd’hui de corruption ou d’évasion fiscale, mais le résultat est le même. Pour le petit peuple en revanche, point de quartier.
100 ans plus tôt, ta rousse chevelure et ton goût de la liberté t’auraient certainement valu une accusation de sorcellerie. Tu aurais alors rejoint le compte de ces dizaines de milliers de Françaises brûlées vives sur le bûcher, de Jeanne de Brigue en 1391 à Jeanne Goguillon en 1679. Une chasse aux sorcières dont les dates correspondent peu ou prou à celles de la Renaissance, grand bond en avant pour une moitié de l’humanité mais gigantesque régression pour les femmes et leurs droits. Qu’avaient-elles en commun, toutes ces malheureuses ? Rien d’autre que d’être des femmes trop libres, ayant refusé la place que le nouvel ordre patriarcal voulait leur assigner.
Donc point de bûcher pour toi, chère Marion. Pas de pendaison non plus comme ton bel Henri, mais tu connais tout de même la torture, et ton épaule est marquée au fer rouge du V des voleurs, en mars 1747.
Rien de tout cela ne saurait cependant te faire renoncer à ta vie de voleuse de grand chemin. Avec l’aide d’un aristocrate tombé sous tes charmes, tu formes une nouvelle bande et recommences à détrousser les riches, échappant encore et toujours à tes poursuivants. Tu es à nouveau arrêtée le 2 juillet 1752, mais tu réussis à t’évader quelques mois plus tard, dans la nuit du 9 au 10 septembre, après avoir scié les barreaux de ta cellule. Ta cavale s’achève cependant dans une rue de Nantes, où tu es arrêtée le 21 octobre 1754. Incarcérée à la prison de Quimper, tu es de nouveau soumise à la torture, mais aucune des horreurs que l’on te fait subir ne te fera révéler le nom de tes complices. Tu es condamnée à mort et pendue sur la place Saint-Corentin à Quimper, le 2 août 1755, à l’âge de 38 ans.
Ton supplice, chère Marion, ne viendra pas ternir ton incroyable popularité. Nombreux sont les enfants bretons à qui l’on raconte encore l’histoire de l’incroyable brigande aux cheveux roux, dont la légende raconte qu’on peut encore la voir parfois, au soleil couchant, sur les chemins de Cornouailles.
Je connaissais Robin des Bois, mais je ne te connaissais pas, Marion du Faouët. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Un portrait rédigé par Guillaume Dufresne
Ressources utilisées pour ce portrait:
– Les infréquentables, 40 histoires de femmes sans foi ni loi
– Bande dessinée « Brigande! Marion du Faouët – Vie, amours et mort »