Elisa Mercoeur, « Adieux à l’existence », 1827

Elisa Mercoeur (1809 – 1835) est une poétesse française. Elle fut abandonnée à la naissance et si le prénom d’Elisa vient de ses parents, le nom de Mercoeur lui a été donné par un commissaire de police de Nantes.

Elle est retrouvée à la porte de l’hospice des orphelins de Nantes dans la soirée du 27 juin 1809, porteuse d’un papier avec ces mots: « Élisa, née le , non enregistrée aux actes civils. Le ciel et la douce humanité veilleront sur elle. Ses parents seront peut-être assez heureux pour pouvoir la réclamer un jour. »

Elle sera cependant reprise par sa mère, Adélaïde Aumand, le 21 avril 1811.

La petite Elisa était un véritable prodige: à six ans, elle brodait en imaginant des sujets de conte et de comédie; à huit ans, elle voulait composer une tragédie en cinq actes et en vers pour la Comédie-Française. À douze ans, elle donnait à ses jeunes compagnes des leçons d’histoire, de géographie, d’écriture, d’anglais et de français.

Devenue adulte et habituée des salons littéraires parisiens, elle s’attira les louanges de Lamartine, Hugo, Musset ou Chateaubriand, excusez du peu.

Très affectée par le refus de la Comédie Française de sa tragédie Boadbil et après une tentative de suicide, elle meurt le 7 janvier 1835, dans les bras de sa mère, à l’âge de 25 ans.

Voici l’un de ses poèmes, intitulé « Adieux à l’existence »

 

Adieux à l’existence

Plus de songes, vie éphémère !
Bien loin de moi tous les hasards ;
Voici l’instant où ma paupière,
De l’œil désormais sans lumière,
N’enfermera plus les regards.

Voici l’instant où le délire
Laisse muet le cœur lassé,
Où la bouche perd le sourire ;
Et si le sein encor soupire,
C’est à l’image du passé.

Voici l’heure où le diadème
Du front des rois est détaché ;
C’est l’instant vengeur et suprême,
L’instant où, libre enfin lui-même,
L’esclave aux fers est arraché.

C’est le moment où l’espérance
Montre les cieux à sa lueur.
Déjà tu fuis, pâle existence,
Ton vol interrompt la souffrance
Comme il achève le bonheur.

C’est l’heure où la lyre sommeille,
Où l’inspiration s’endort ;
Où le cœur qui pense et qui veille,
Quand nul son ne frappe l’oreille,
Frémit sous l’aile de la mort.

C’est l’heure où le trépas nous cueille,
Et glace la voix du désir ;
Où la fleur tombe feuille à feuille ;
Où notre âme, qui se recueille,
Fait ses adieux au souvenir.

Où la mienne désabusée
Sur soi-même jette un regard :
La coupe en un jour épuisée,
Sur mes lèvres, déjà brisée,
Épanche un reste de nectar.

De fleurs, hélas ! trop tôt fanées,
J’ai vu priver mon court exil….
Des heures même fortunées,
En suivant le cours des années,
Jamais un instant revint-il ?

Un jour s’éclipse dès l’aurore,
Un autre s’achève à demi ;
Sortant de la nuit que j’ignore,
Un autre lui succède encore,
Flétri par un vent ennemi.

Maintenant le voile se lève
Et chasse l’ombre de l’erreur :
Ah ! qui pourrait pleurer son rêve,
Quand le poids que la mort soulève
Laisse enfin respirer le cœur.

Gronde encore, impuissant orage,
Tous mes songes sont envolés !
Océan, éveille ta rage,
Je suis calme sur le rivage
Auprès de tes flots refoulés !


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