Pernette de Guillet (1518 – 1545) est une poétesse française. La plupart de ses poèmes furent découverts après sa mort par un ami de son mari, Antoine du Moulin, qui les publia de façon posthume sous le titre de Rymes de gentille et vertueuse dame. Il aurait pu appeler le livre « Rymes d’une grande poétesse ultra douée » mais on va se contenter du fait qu’il ne les a pas publiés à son nom.
Voici trois de ses poèmes, « C’est une ardeur d’autant plus violente », « Cette clarté mouvante sans ombrage » et « Heureuse est la peine » et « Heureuse est la peine ». Vous en trouverez de nombreux autres ici.
C’est une ardeur d’autant plus violente
C’est une ardeur d’autant plus violente,
Qu’elle ne peut par Mort ni temps périr :
Car la vertu est d’une action lente,
Qui tant plus va, plus vient à se nourrir.
Mais bien d’Amour la flamme on voit mourir
Aussi soudain qu’on la voit allumée,
Pour ce qu’elle est toujours accoutumée,
Comme le feu, à force et véhémence :
Et celle-là n’est jamais consumée :
Car sa vigueur s’augmente en sa clémence.
Celle clarté mouvante sans ombrage
Celle clarté mouvante sans ombrage,
Qui m’éclaircit en mes ténébreux jours,
De sa lueur éblouit l’œil volage
À l’inconstant, pour ne voir mes séjours :
Car, me voyant, m’eût consommé toujours
Par les erreurs de son errante flèche.
Par quoi l’esprit, qui désir chaste cherche,
En lieu de mort a eu nouvelle vie,
Faillant aux yeux – dont le corps souffrant sèche –
De mes plaisirs la mémoire ravie.
Heureuse est la peine
Heureuse est la peine
De qui le plaisir
À sur foi certaine
Assis son désir.
L’on peut assez en servant requérir,
Sans toutefois par souffrir acquérir
Ce que l’on pourchasse
Par trop désirer,
Dont en male grâce
Se faut retirer.
Car un tel service
Ne prétend qu’au point,
Qui par commun vice
L’honneur pique, et point.
Et ce travail en fumée devient
Toutes les fois, que la raison survient,
Qui toujours domine
Tout cœur noble, et haut,
Et peu à peu mine
Le plaisir, qui faut.
Mais l’attente mienne
Est le désir sien
D’être toute sienne,
Comme il sera mien.
Car quand Amour à Vertu est uni,
Le cœur conçoit un désir infini,
Qui toujours désire
Tout bien haut et saint,
Qui de doux martyre
L’environne, et ceint.
Car il lui engendre
Une ardeur de voir,
Et toujours apprendre
Quelque haut savoir :
Le savoir est ministre de Vertu,
Par qui Amour vicieux est battu,
Et qui le corrige,
Quand dessus le cœur
Par trop il s’érige
Pour être vainqueur.
C’est pourquoi travaille
En moi cet espoir,
Qui désir me baille
Et voir, et savoir.
Étant ainsi mon espoir assuré,
je ne crains point qu’il soit démesuré :
Mais veux bien qu’il croisse
De plus en plus fort,
À fin qu’apparoisse
Mon cœur ferme, et fort.
Et que toujours voie,
Travaillant ainsi,
Tenir droit la voie
D’immortel souci.
Si donc il veut en si haut lieu monter
Qu’il puisse Amour en la Mort surmonter,
Sa caduque vie
Devra soulager
D’une chaste envie
Pour l’accourager.
Ainsi m’accompagne
Un si haut désir
Que pour lui n’épargne
Moi, ni mon plaisir.
Marie de Régnier (1875 – 1889) ou Marie de Heredia de son nom de naissance, fille de José-Maria de Heredia, fait partie de ces autrices françaises ayant du avoir recours à un pseudonyme masculin (Gérard d’Houville) pour accéder au succès que méritait son talent.
Sous ce nom de plume, elle est la première femme à recevoir le Grand prix de littérature de l’Académie Française, en 1918, pour l’ensemble de son oeuvre. Elle reçut également le Grand prix de poésie de l’Académie Française en 1958.
Elle est morte à Suresnes où j’habite, une excellente candidate donc pour y baptiser une rue ou un bâtiment public, ce qui à Suresnes comme partout en France nous fait particulièrement défaut. Mais sous son nom de femme et non de plume svp…
Voici son poème « Le retour », publié en 1917 dans la Revue des Deux Mondes.
Le retour
Tu reviendras ce soir, portant des fleurs sauvages,
Par les chemins de l’ombre où les arbres sont bleus,
Et, voilant les reflets des fuyants paysages,
Tout le grand crépuscule assombrira tes yeux.
Tu reviendras, portant la liberté des cimes
Dans ces fleurs de l’espace embaumant tes bras nus,
Et penchée en riant sur de profonds abîmes,
Tu goûteras l’amour des dangers inconnus.
Tu reverras, le long de ces pentes brumeuses,
Les noirs sapins bénir les grands gouffres d’azur,
Et tu te sentiras, par tes veines heureuses.
Au geste végétal accorder ton cœur pur.
Tu reviendras, rêvant d’heures immaculées,
Car le seul vrai bonheur est là haut, tu le sais :
Les ailes de la joie y sont inviolées,
La délivrance y rit dans les torrents plus frais.
La sainte solitude en haut de la montagne,
Peut recréer le rêve et charmer la douleur ;
Pourquoi donc revenir ? Et qui donc t’accompagne
Dans ce sentier paré de différentes fleurs ?
Quel est l’esprit obscur qui déjà te ramène
Et malgré toi conduit tes pas sur ce chemin ?
… « L’attrait mystérieux de la tendresse humaine
Qui me parle dans l’ombre et qui me prend la main… »
Christina Rossetti (1830 – 1894), est l’une des plus importantes poétesses britanniques. Son recueil de poèmes le plus célèbre demeure Marché gobelin (Goblin Market and Other Poems), paru en 1862. Elle est connue pour ses positions engagées et avant-gardistes: pacifiste, pour le suffrage des femmes opposée à l’esclavage, à la prostitution et à la cruauté envers les animaux.
Voici deux de ses poèmes, « Souviens-toi » et « Quand je serai morte mon amour »
Souviens-toi
Souviens-toi de moi quand je serai partie
Partie bien loin au pays du silence ;
Quand tu ne pourras plus me tenir la main,
Ni moi choisir de partir ou rester.
Souviens-toi de moi quand tu ne me parleras plus
Jour après jour de tes projets pour notre avenir :
Souviens-toi simplement de moi ; tu comprends
Qu’il sera alors tard pour les conseils ou les prières.
Pourtant, si tu devais m’oublier un temps,
Puis te souvenir, ne sois pas triste :
Car si dans l’obscurité et la décomposition subsiste
Un vestige des idées qui furent les miennes,
Mieux vaut que tu oublies en souriant
Plutôt que de te souvenir en pleurant.
Quand je serai morte mon amour
Quand je serai morte mon amour, ne chante pas pour moi de chansons tristes, ne plante pas de roses sur ma tombe, ne la mets pas à l’ombre d’un cyprès,
ne laisse au dessus de moi que l’herbe verte mouillée de pluie et de rosée.
Et si tu veux, souviens toi… Et si tu veux, oublie…
Je ne verrai point les ombres, je ne sentirai point la pluie, je n’entendrai point le rossignol continuer de chanter, comme s’il était douloureux : et rêvant à travers le crépuscule qui ni ne se lève, ni ne se couche, heureuse, je pourrais me souvenir, heureuse, je pourrais oublier.
Depuis que je me suis lancé dans l’aventure des chères oubliées, j’ai appris à me méfier de cet effet “girl boss” dont parle Camille Paix dans son magnifique livre “Mère Lachaise” : il n’est nul besoin d’avoir accompli des choses exceptionnelles pour qu’une histoire soit belle et mérite d’être racontée. Mais tout de même, parmi les centaines de femmes que j’ai eu la chance de découvrir, peu d’entre elles m’ont fait me poser cette question avec autant de force : mais comment diable ai-je fait pour ne jamais avoir entendu parler d’elle ?
Tu es née Elizabeth Jane Cochrane, dans la grande banlieue de Pittsburgh, en Pennsylvanie, le 5 mai 1864. Treizième enfant d’une fratrie de quinze, orpheline de père à l’âge de 6 ans, tu dois grandir très vite pour subvenir à tes besoins et à ceux de ta famille. Mais la carrière de gouvernante ou d’institutrice à laquelle on destine les jeunes filles de l’époque ne te passionne guère. Non toi, ce qui te fait vibrer, chère Nellie, c’est l’écriture.
A l’âge de 16 ans, tu découvres dans le journal local de Pittsburgh un article profondément misogyne affirmant que la place des femmes est à la maison pour s’occuper des enfants. A la lecture de ce torchon, ton sang ne fait qu’un tour, et bouillonnante de rage, tu écris au rédacteur en chef du journal, Georges Madden. A défaut d’empêcher ses chroniqueurs d’écrire des âneries, l’homme sait reconnaître une plume talentueuse et te propose de rejoindre le journal. C’est à ce moment-là que tu adoptes le surnom de Nellie Bly, un clin d’œil à une chanson très populaire de Stephen Foster, “le père de la musique américaine”.
Tu as la fibre sociale et le goût du terrain, et tu te spécialises dans la condition féminine et le monde du travail ouvrier. Pour ne pas écrire sur ce que tu ne connais pas, tu te fais embaucher comme ouvrière dans des usines locales. Tu viens tout simplement d’inventer ce qu’on appelle aujourd’hui le journalisme d’immersion. Les articles que tu publies à la suite de ces expériences, et qui montrent les conditions de travail indignes des ouvrières, connaissent un succès retentissant. Mais ils suscitent aussi la colère des patrons de Pittsburgh, qui finissent par obtenir ton transfert à la rubrique culture du journal.
Qu’à cela ne tienne, tu en profites pour partir comme reporter au Mexique en 1886. Mais là-bas aussi, la liberté de parole dont tu fais preuve dans tes articles sur le régime du général Porfirio Diaz n’est guère appréciée par les autorités locales, qui t’expulsent 6 mois à peine après ton arrivée dans le pays.
Tu as 22 ans et toujours cette envie chevillée au corps de raconter le réel pour faire connaître les injustices qui te révoltent. Ton rêve, être embauchée par le New York World, le quotidien le plus prestigieux du pays, dirigé par Joseph Pulitzer. Ta candidature ne suscite d’abord aucun intérêt, mais on commence à comprendre que pour toi, chère Nellie, non n’est pas vraiment une option. Tu décides alors d’attendre devant l’immeuble jusqu’à ce que Pulitzer accepte de te recevoir, ce qu’il finit par faire après plusieurs jours de siège, le 22 septembre 1887. Intrigué par ta ténacité, Pulitzer te propose un défi : si tu arrives à te faire interner comme folle dans le terrible asile pour femmes de Blackwell’s Island, pour y réaliser un reportage en immersion, il t’embauche !
Tu resteras 10 jours au cœur de cet enfer, jusqu’à ce que Pulitzer parvienne à te faire exfiltrer. Pendant ton séjour, tu es témoin de la barbarie dont sont victimes les patientes, bien souvent guère plus folles que toi et moi à leur entrée à l’asile, mais qui avaient eu le tort d’être des femmes pauvres et isolées. De toute façon, entre les médicaments et la perversité du personnel médical, personne ici ne resterait sain d’esprit très longtemps.
L’article que tu publies à ta sortie de l’hôpital déclenche un scandale monumental, et force la ville de New York à réformer profondément le fonctionnement de l’asile de Blackwell’s Island.
Tu aurais bien eu le droit de souffler un peu, mais le repos, ce n’est pas trop ton truc. Alors tu reprends tes reportages en immersion, allant jusqu’à infiltrer l’entourage d’Edward Phelps, un redoutable trafiquant de drogue très proche de nombreux politiciens.
Et puis en 1888, il te vient une nouvelle idée incroyable. Faire mieux que Phileas Fogg, le célèbre personnage de Jules Verne, et son tour du monde en 80 jours. Ta proposition fait d’abord bien rire Pulitzer, allons bon une femme qui fait le tour du monde seule et puis quoi encore ! Mais devant ta légendaire détermination, il n’a pas d’autre choix que de finir par accepter.
Tu t’élances donc le 14 novembre 1889, direction l’Angleterre. Après un détour par Amiens pour rencontrer Jules Verne en personne, tu rejoins l’Italie, puis l’Egypte, le Yémen, Ceylan, Singapour et Hong-Kong. Peu avant d’atteindre le Japon, tu apprends qu’un autre journal a embauché une concurrente, Elizabeth Bisland, pour effectuer le tour du monde plus vite que toi, en sens contraire. L’histoire rendant rarement grâce aux perdant·es, je rappelle quand même ici qu’Elizabeth aussi battra le record de Phileas Fogg, avec un tour du monde bouclé en 76 jours. Mais tu feras donc encore mieux, chère Nellie, retrouvant ton point de départ le 25 janvier 1890, après 72 jours, 6 heures, 11 minutes et 14 secondes de voyage, bouclé par une folle traversée des Etats-Unis dans un train affrété spécialement pour toi par Pulitzer, afin d’échapper à une terrible tempête de neige. Il faut dire qu’avec plus de 600 000 lecteur·ices qui suivent la progression de tes exploits, il peut se permettre de mettre un peu d’argent sur la table.
Après cette heure de gloire commence la deuxième partie de ta vie. Le 5 avril 1895, tu épouses Robert Seaman, un riche industriel rencontré lors d’une réception à Chicago et dont tu es tombée amoureuse. Après sa mort en 1904, tu prends seule la tête de l’usine, y instaurant de nombreuses réformes pour améliorer les conditions de travail : augmentation des salaires, création de bibliothèques pour les ouvrier·ères et de centres de loisirs pour leurs enfants. Malheureusement, les malversations de ton directeur d’usine mènent l’entreprise à la banqueroute. Te voilà ruinée, et en fuite pour l’Europe afin d’échapper à tes créanciers.
Tu reviens alors à tes premiers amours de journaliste, embauchée comme correspondante de guerre pour le New York Evening Journal pendant la Première Guerre Mondiale. Tu deviens ainsi la première femme reporter à se rendre sur un champ de bataille. Après la fin du conflit, tu rentres à New York où tu consacres les dernières années de ta vie aux combats pour l’amélioration de la condition ouvrière et le droit de vote des femmes.
Le 27 janvier 1922, tu es emportée par une pneumonie, à l’âge de 57 ans. Ironie de l’Histoire, c’est la même maladie qui emportera, 7 ans plus tard, ta rivale et compagne autour du monde, Elizabeth Bisland.
Je connaissais Albert Londres, mais je ne te connaissais pas, Nellie Blye. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Nancy Wake, 1912 – 2011, australienne, journaliste et résistante
Chère Nancy,
Tu es née le 30 août 1912 à Wellington en Nouvelle-Zélande, ce pays que depuis tout petit j’appelle « le pays du bout du monde ». Tes parents, d’origine australienne, décident de retourner à Sidney, où tu passeras ton enfance. Mais vivre enfermée sur une île, aussi immense soit-elle, franchement – très peu pour toi. Alors à 16 ans à peine, c’est le grand départ : Vancouver, New-York et enfin Londres où tu poses tes valises en 1931.
Quand on a commencé à découvrir le monde, difficile de s’arrêter, et cette passion du voyage a certainement contribué à ton choix de devenir journaliste. Diplômée fin 1934, tu ne tardes pas à décrocher un poste de correspondante à Paris pour un groupe de presse américain… Chouette, encore un nouveau pays !
En vérité, l’époque n’est pas vraiment aux réjouissances, alors que des régimes totalitaires, misogynes et racistes prennent le pouvoir en Allemagne, en Italie et en Espagne. Tu pourras le constater de tes propres yeux grâce aux reportages que tu effectues en 1935 à Vienne puis à Berlin, où tu réalises une interview d’Adolf Hitler en personne. Confrontée aux horreurs du nazisme, tu te fais le serment de consacrer toutes tes forces à la lutte contre ce fléau.
Mais l’Amour se moque des turpitudes de l’Histoire, et en 1936 tu vas le rencontrer à Marseille en la personne d’Henri Fiocca, un jeune et riche industriel français. Vous vous mariez le 30 novembre 1939, un peu moins de trois mois après l’invasion de la Pologne par les troupes d’Hitler et la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne.
Lorsque Henri est mobilisé, tu t’engages comme ambulancière. Comme tu le diras plus tard « je ne vois pas pourquoi les femmes se contenteraient de tricoter des bonnets à leurs maris après leur avoir dit au revoir ». Clairement, ça calle le personnage.
Mais très vite c’est la débâcle de l’Armée Française face à la Wehrmacht, le Maréchal Pétain demande l’armistice le 22 juin 1940, et Henri et toi retournez vous installer à Marseille. Vous n’allez pas vous y ennuyer très longtemps car très vite, vous rejoignez la Résistance au sein du réseau Pat O’Leary, de son vrai nom Albert Guérisse.
Tiens petit aparté, savais-tu, chère Nancy, que ce mot de Résistance qui charrie tant de légendes et de grands exploits a été proposé par une femme, Yvonne Oddon ? C’est quand même fou tout ce qu’on apprend quand on commence à chercher un peu.
Mais revenons à tes moutons, chère Nancy. Avec courage et détermination, tu te lances dans des missions de plus en plus périlleuses : transporter des courriers, recueillir des pilotes anglais abattus lors de leurs missions puis les aider à regagner l’Angleterre, et même organiser l’évasion d’un capitaine britannique, Ian Garrow, le 8 décembre 1942. C’est à cette époque que la terrible Gestapo, qui cherche à t’arrêter sans arriver à connaître ton identité, t’attribue le surnom de « souris blanche ». Il faut dire que tu ne cesses de leur filer entre les doigts, n’hésitant pas à utiliser ton charme naturel pour détourner l’attention des soldats allemands. C’est souvent le problème de beaucoup d’hommes, quand ils rencontrent une jolie femme, ils ne voient pas une scientifique, une exploratrice, une écrivaine ou une espionne, ils voient surtout une jolie femme. Mais bon, pour une fois que ça sert à quelque chose…
Malheureusement personne n’échappe éternellement à la Gestapo, et tu es arrêtée le 2 mars 1943, en même temps que le chef de ton réseau, Albert Guérisse. Tu es torturée pendant plusieurs jours mais heureusement, les Allemands ne parviennent pas à établir ta véritable identité, et tu es finalement libérée, avant de parvenir à rejoindre l’Espagne puis l’Angleterre. Ton cher Henri lui n’aura pas cette chance, il meurt en détention le 16 octobre 1943. Mais cela, pauvre Nancy, tu ne l’apprendras que bien plus tard, après la fin de la Guerre.
Hors de question de te reposer sur tes lauriers en Angleterre. Après avoir suivi un entraînement intensif, tu deviens agente secrète pour le Special Operations Executive, qui ne tarde pas à t’envoyer en France, sous le nom de code « Witch ». Entre souris blanche et sorcière, je ne sais pas quel pseudonyme te plaisait le plus. Ta mission, être l’agente de liaison du réseau Hubert en Auvergne. Fort de plusieurs milliers de combattant.es, ce réseau prépare le soulèvement armé qui coïncidera avec le débarquement allié en Normandie.
Impossible de faire la liste de tes actes de bravoure, mais je ne résiste pas à l’envie de raconter celui-ci. Alors que ton groupe a perdu sa radio lors d’un raid allemand, tu parcours d’une traite 400 km en vélo pour en dénicher une nouvelle dans une zone truffée d’ennemis, et la ramener dans le maquis. 400 km c’est grosso modo deux étapes du tour de France, sachant que nos cyclistes du 21ème siècle ont un matériel un peu plus poussé que le tien et n’ont pas à échapper à des soldats nazis.
Tu n’hésites pas non plus à prendre toi-même les armes, comme ce 15 juin 1944 où tu mènes l’assaut du local de la Gestapo à Montluçon. Nancy Wake guidant le maquis d’Auvergne, ça ferait un sacré tableau de Delacroix !
C’est en Angleterre, où tu es rentrée à la fin de l’été 1944, que tu vivras l’Armistice et que tu apprendras la mort de ton grand amour Henri. Impossible de savoir si tu as continué tes activités d’espionne pour les services secrets après la Guerre, mais nul doute que tu n’auras cessé de mettre ton courage et ton intelligence au service de la justice et de la liberté.
Tu es morte le 7 août 2011 à Londres. Le 10 mars 2013, conformément à ta volonté, tes cendres sont dispersées à Verneix, dans ce maquis d’Auvergne où tu t’étais si courageusement battu. Une stèle y est apposée, je me suis promis d’y faire une halte lors de mon prochain séjour dans la région.
Ultime hommage pour toi qui en aura connu beaucoup, un astéroïde découvert en 1999 a été baptisé Wake en ton honneur. En levant les yeux vers le ciel, j’aime à t’imaginer, chère Nancy, traverser l’espace à 150 millions de kilomètres, quelque part entre Mars et Jupiter.
Je connaissais Jean Moulin, mais je ne te connaissais pas, Nancy Wake. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Portrait rédigé par Guillaume Dufresne
Ressources utilisées pour ce portrait:
– Nancy Wake, une résistante au service de la France, épisode 1 et épisode 2, Les Odyssées de France Inter
– « La Gestapo m’appelait la souris blanche: une Australienne au secours de la France », autobiographie de Nancy Wake
Charlotte Delbo (1913 – 1985) est une écrivaine française, résistante et rescapée des camps de concentration nazis.
Membre des Jeunesses communistes, elle s’engage en 1941 dans la Résistance avec son mari Georges Dudach, qui sera arrêté et fusillé au Mont-Valérien en 1942.
En janvier 1943, elle fait partie du « convoi des 31000 » pour Auschwitz Birkenau qui comprend 230 femmes, pour la plupart résistantes. Elle sera l’une des 49 rescapées de ce convoi.
Son oeuvre est marquée par la promesse faite à celles qui ne reviendront pas, ses « spectres », d’honorer leur mémoire.
Voici deux de ses poèmes, « Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants » et « Ô vous qui savez »
Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants
Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
un vêtement qui vous va bien
qui vous va mal
qui vous va à peu près
vous qui passez
animés d’une vie tumultueuse aux artères
et bien collée au squelette
d’un pas alerte sportif lourdaud
rieurs renfrognés, vous êtes beaux
si quelconques
si quelconquement tout le monde
tellement beaux d’être quelconques
diversement
avec cette vie qui vous empêche
de sentir votre buste qui suit la jambe
votre main au chapeau
votre main sur le coeur
la rotule qui roule doucement au genou
comment vous pardonner d’être vivants…
Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
comment vous pardonner
ils sont morts tous
Vous passez et vous buvez aux terrasses
vous êtes heureux elle vous aime
mauvaise humeur souci d’argent
comment comment
vous pardonner d’être vivants
comment comment
vous ferez-vous pardonner
par ceux-là qui sont morts
pour que vous passiez
bien habillés de tous vos muscles
que vous buviez aux terrasses
que vous soyez plus jeunes chaque printemps
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d’être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.
Ô vous qui savez
Ô vous qui savez
saviez-vous que la faim fait briller les yeux
que la soif les ternit
Ô vous qui savez
saviez-vous qu’on peut voir sa mère morte
et rester sans larmes
Ô vous qui savez
saviez-vous que le matin on veut mourir
que le soir on a peur
vous qui savez
saviez-vous qu’un jour
est plus qu’une année
une minute plus qu’une vie
Ô vous qui savez
saviez-vous que les jambes
sont plus vulnérables que les yeux
les nerfs plus durs que les os
le coeur plus solide que l’acier
Saviez-vous que les pierres du chemin ne pleurent pas
qu’il n’y a qu’un mot pour l’épouvante
qu’un mot pour l’angoisse
Saviez-vous que la souffrance n’a pas de limite
l’horreur pas de frontière
Le saviez-vous
Vous qui savez.
Phillis Wheatley(1753 – 1784) est la première poétesse noire américaine à avoir été publiée. Née en Afrique de l’Ouest, elle est réduite en esclavage à l’âge de 7 ans et envoyée à Boston.
Elle apprend l’anglais, la lecture et l’écriture avec les enfants de son maître. Elle publie son premier poème à l’âge de 13 ans et est surnommée « La mère de la littérature afro-américaine »
Voici un de ses poèmes traduit en français, « Hymne au soir »
Sitôt le soleil hors des espaces de l’Est
Le tonnerre fit trembler les étendues célestes ;
Grandeur majestueuse ! Le zéphyr de son aile,
Fait du printemps en fleurs s’exhaler tout le miel.
Les fleuves chantent lamés d’or, les oiseaux ont notes nouvelles,
Et dans l’air où elles flottent leurs musiques se mêlent.
À travers tous les cieux, que de couleurs sublimes !
Mais l’occident s’exalte d’un rouge profondissime :
Qu’ainsi brillent nos cœurs à jamais vertueux,
Vivants temples ici-bas, témoins de notre Dieu !
Comblés de la louange de celui qui éclaire,
Et qui de la nuit tire les sableuses portières,
Que par de doux sommeils les esprits las s’apaisent,
Pour qu’au matin, ils soient plus près du ciel, plus clairs ;
Ainsi commenceront les tâches de la journée
Plus pures, plus à l’abri des pièges du péché.
Mes yeux, la nuit les scelle de son sceptre de plomb,
Et jusqu’au lever de l’Aurore cessera ma chanson.
Vous en avez marre de citer Michel Audiard, Oscar Wilde, Antoine de Saint-Exupéry, Albert Einstein, Mark Twain, Gandhi, Victor Hugo, Martin Luther King ou Nelson Mandela?
On les aime bien c’est pas le sujet, mais on vous comprend. Alors on s’est dit qu’on allait rassembler quelques punchlines écrites par des femmes pour accompagner vos présentations powerpoint ou pour vous donner de la force avant d’aller dormir.
Voici les sites et ouvrages où nous avons trouvé la plupart de ces citations:
– La revanche des autrices de Julien Marsay
– Celle qui osent de Lucie Rondelet
– Des livres pour changer de vie d’Olivier Roland
– Les puissantes, 26 femmes noires francophones qui ont fait, font ou feront l’Histoire, de Diariatou Kebe et Marjorie Bourgoin
– Féministes musulmanes, 20 portraits : voix et visions, de Jamal Ouazzani et Zainab Fasiki
Hypatie d’Alexandrie (entre 355 et 370 – 415) « La vérité ne change pas parce qu’elle est ou n’est pas crue par la plupart des gens. »
Christine de Pizan(1364 – 1430), première femme de lettres française ayant vécu de sa plume « Malheureux celui qui veut gouverner autrui, et ne peut se gouverner lui-même ! »
Marie de Romieu (1545 – 1590) « Aussi voilà pourquoi toutes les vertus ont Des femmes retenu le nom, vu qu’elles sont D’honneur et de vertu beaucoup plus excellentes Que des hommes ne sont les grandes troupes errantes »
Marie de Gournay (1565 – 1645) « Gens plus braves qu’Hercule vraiment, qui ne défit que douze monstres en douze combats, tandis qu’eux, d’une seule parole, il défont la moitié du monde […] ils pensent être quitte de leur effronterie à vilipender le sexe, visant d’une effronterie pareille à se louer et à se dorer eux-mêmes […] comme si la vérité de leur vantardise recevait mesure et qualité de son impudence »
Catherine Bernard (1663 – 1712), cette dramaturge que Voltaire a plagié sans scrupule puis calomnié sans remord lorsqu’il se fit prendre la main dans le pot de confiture « Mais comment les hommes nous céderaient-ils une gloire qui n’est pas à nous, puisqu’ils nous disputent même celle qui nous appartient »
Emilie du Châtelet (1706 – 1749) « Le plus heureux des hommes est celui qui désire le moins le changement de son état. »
Claire-Marie Mazarelli de Saint-Chamond (1729 – 1811) « Les hommes accordent assez légèrement de l’esprit aux femmes qui leur plaisent; elles qui écrivent, sont jugées plus sévèrement; ils supposent toujours qu’un d’eux a dicté l’ouvrage »
Suzanne Necker(1737 – 1794) « Les vers luisants sont l’image des femmes: tant qu’elles restent dans l’obscurité, on est frappé de leur éclat; dès qu’elles veulent paraître au grand jour, on les méprise et l’on ne voit que leurs défauts »
Fanny de Beauharnais (1737 – 1813) « Sexe qui vous croyez le maître Soyez au moins digne de l’être »
Olympe de Gouges (1748 – 1793) « Homme, es-tu capable d’être juste? C’est une femme qui t’en fait la question; tu ne lui ôteras pas moins ce droit. Dis-moi? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe? Ta force? Tes talents? »
Manon Roland (1754 – 1793) « Liberté, que de crimes on commet en ton nom! »
Germaine de Staël (1766 – 1817) « Une nation n’a de caractère que lorsqu’elle est libre »
Fanny Raoul(1771 – 1833) Des observations exactes et souvent réitérées m’ont prouvé que les hommes, en général, n’aiment pas les femmes d’esprit, et cela probablement pour la même raison que les prêtres et les tyrans haïssent les philosophes
Sarah Grimké(1792 -1873) « Je ne réclame aucune faveur pour les femmes, tout ce que je demande à nos frères, c’est qu’ils retirent leur pied de notre nuque »
Flora Tristan (1803 – 1844) « L’homme le plus opprimé du monde peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est la prolétaire du prolétaire même »
George Sand (1804 – 1876), de son vrai nom Aurore Dupin » Je n’ai qu’une passion, l’idée d’égalité »
Louise Colet (1810 – 1876) « Nous sommes un débris de l’antique esclavage. L’homme a toujours gardé sur nous le droit d’outrage: Du joug qu’il nous impose il se fait l’insulteur Comme il traitait l’esclave avant le Rédempteur »
Ada Lovelace (1815 – 1852), la mère des algorithmes -« L’imagination est la faculté de découverte, par excellence. C’est celle qui pénètre dans les mondes invisibles qui nous entourent, les mondes de la science. »
-« Pour moi, la religion est la science et la science est la religion. »
– « La patience est mon côté faible, je m’emballe facilement; je n’attaque pas, mais si on me touche je riposte fort et dur »
– « Dès qu’une femme arrive, dans la guerre, dans l’art de gouverner, dans les sciences, dans les arts, dans la littérature, à se faire une réputation, dès que les hommes la voient marcher vers la célébrité, ils sont tous acharnés après elle, ils essayent par tous les moyens possibles de l’amoindrir, de l’annihiler »
Juliette Adam (1836 – 1936) « En effet, la femme, nous dit-on, existe à peine dans l’histoire ; et l’on se sert de cet argument contre elle. Son absence dans l’histoire équivaut à un brevet d’incapacité »
Zaynab Fawwâz (1850 – 1914) « Votre idée que les femmes ne peuvent pas avoir les fonctions des hommes est erronée, puisque les femmes occidentales ont, de loin, dépassé les hommes. Quant à nous, le voile ne nous empêche pas d’accomplir les mêmes tâches que les hommes »
Jeanne Loiseau (1854 – 1921) « La violence n’est pas malsaine par elle-même mais par l’usage qu’on en fait. La violence aux mains des justes, c’est la sécurité des femmes, des enfants, du foyer »
Marie Curie (1867 – 1934)
– « Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. »
– « Pensez à être moins curieux des personnes que de leurs idées. »
Renée Vivien (1867 – 1909) « Vous qui me jugez, vous n’êtes rien pour moi. J’ai trop contemplé les ombres infinies. Je n’ai point l’orgueil de vos fleurs, ni l’effroi De vos calomnies »
Maria Montessori (1870 – 1952) « Ce qui manque, ce n’est pas le temps, c’est la patience. »
Amelia Earhart (1897 – 1937) « Le courage est le prix que la vie exige pour accorder la paix »
Anita Conti (1899 – 1997), la dame de la mer « Il n’est sagesse que d’aventure. »
Margaret Mead (1901 – 1978)
– « Ne doutez jamais qu’un petit nombre de citoyen volontaires et réfléchis peut changer le monde; en fait, cela se passe toujours ainsi »
– « La haine grandit régulièrement entre deux groupes qui se sentent au pouvoir d’un troisième » » Les femmes veulent des hommes médiocres et les hommes s’efforcent de l’être le plus possible »
Marguerite Yourcenar (1903 – 1987)
– « Notre grande erreur est d’essayer d’obtenir de chacun en particulier des vertus qu’il n’a pas et de négliger de cultiver celles qu’il possède. »
– « Tout moment est dernier, parce qu’il est unique. »
Hannah Arendt (1906 – 1975) « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Et un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut pas se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et l’on peut faire ce que l’on veut d’un tel peuple »
Grace Hopper (1906 – 1992) « Une mesure exacte vaut l’avis d’un millier d’experts »
Simone Weil(1909 – 1943) – « La vérité ne change pas parce qu’elle est ou n’est pas crue par la plupart des gens. »
– « Aimer un être, c’est tout simplement reconnaître qu’il existe autant que vous. »
Charlotte Delbo (1913 – 1985) « Ce serait trop bête à la fin que tant soient morts et que vous viviez sans rien faire de votre vie »
Rosa Parks (1913 – 2005) « Vous ne devez jamais avoir peur de ce que vous faites, quand vous faites ce qui est juste. »
Françoise Giroud (1916 – 2003) – « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. »
– “ Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. »
Benoite Groult (1920 – 2016) « Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours »
Rosalind Franklin (1920 – 1958) « À quoi bon faire tout ce travail si nous ne nous amusons pas ? »
Sophie Scholl (1921 – 1943), le nom de la rose blanche « Quel beau jour, quel soleil magnifique, et moi je dois mourir. Mais combien de jeunes gens, de garçons pleins d’espoir, sont tués sur les champs de bataille… Qu’importe ma mort si, grâce à nous, des milliers d’hommes ont les yeux ouverts. »
Gisèle Halimi (1927 – 2020) – « Le violeur moyen, commun, est un bon Français, tristement ordinaire, pas psychopathe et pas immigré »– « Se taire c’est laisser faire »
Maya Angelou (1928 – 2014)
« Si tu n’aimes pas quelque chose, change le. Si tu ne peux pas le changer, change ton attitude »
Vera Rubin (1928 – 2016) « Aucun problème d’observation ne sera résolu par plus de données. »
Audrey Hepburn (1929 – 1993) « Il y a des voyages qui se font avec un seul bagage : le cœur. »
Ellen Johnson Sirleaf (1938 – ) « Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands. »
Margaret Atwood (1939 – ) » Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent »
Wangari Muta Maathai (1940 – 2011) « Nous plantons les graines de la paix, maintenant et pour le futur. »
Aretha Franklin (1942 – 2018) « Embrassez ce qui vous rend unique, même si cela rend les autres mal à l’aise »
Angela Davis (1944 – ) « Je n’accepterai plus les choses que je ne peux pas changer. Je changerai les choses que je ne peux pas accepter. »
Christiane Taubira (1952 – ) « Nul n’affirme son humanité au mépris des autres. »
Zainah Anwar(1954 – ) « Dieu ne peut pas être Dieu si Dieu est injuste »
Arundhati Roy (1961 – ) « On ne fera pas un monde différent avec des gens indifférents »
Phoolan Devi (1963 – 2001) » Née moins qu’un chien, je suis devenue une reine. Mon témoignage est une main tendue à toutes les femmes humiliées du monde. «
Leymah Gbowee (1972), la guerrière de la paix « Vous n’allez jamais laisser des empreintes de pas qui durent si vous marchez toujours sur la pointe des pieds. »
Peggy Bouchet(1973 – ): « On vieillit quand le nombre des regrets a dépassé celui des rêves »
Rachel Keke (1974 – ) « Vous n’avez pas le droit de mettre à genoux les gens qui tiennent la France debout »
Maboula Soumahoro (1976 – ) « Être noire, cela peut être aussi vaste que le monde »
Maryam Mirzakhani (1977 – 2017) « Ce n’est pas seulement la question, mais la façon dont on essaie de la résoudre. »
Hanane Karimi (1977 – ), sociologue et féministe musulmane autrice du livre « Les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes? » dont est extraite cette citation « L’injonction au dévoilement est motivée par la volonté de maintenir un ordre racial des apparences. […] Le voile en lui -même n’est pas si insoutenable, puisque celui des religieuses catholiques s’inscrit aisément dans le paysage national: c’est la part d’étrangeté qui lui est associée qui le rend intolérable. […] L’enjeu est de construire « le voile », mais surtout les femmes qui le portent, comme un « élément phobogène », soit générateur de phobie, qui perturbe « le champ de vision de la nation »
Danièle Obono (1980 – ) « La lutte collective naît de la colère. C’est sain »
Sarah Barukh (1980 – ) « L’amour ne divise pas les cœurs, il en augmente la taille »
Amandine Gay (1984 – ) « Je n’ai pas à choisir entre être une femme et être noire »
Samra Habib « Si l’on n’écrit pas notre histoire, ils écriront notre effacement »
Adèle Haenel (1989 – ) « Les monstres, ça n’existe pas. C’est notre société. C’est nous, nos amis, nos pères »
Emma Watson (1990 – ) « Je refuse que la peur de l’échec m’empêche de faire ce qui m’importe vraiment. »
Salomé Saqué (1995 – ) « La joie n’est pas une faiblesse, c’est un acte de résistance »
Malala Yousafzai (1997 – ) « Je suis persuadée que les rêves d’aujourd’hui seront les réalités de demain. »
Greta Thunberg (2003 – ) « Quand on commence à agir, l’espoir est partout. Alors au lieu d’attendre l’espoir, cherchez l’action. Et c’est seulement à partir de ce moment que l’espoir sera là »
Mary Manning (1963 -), irlandaise, militante contre l’Apartheid
Chère Mary,
J’ai découvert ton histoire au détour d’un sketch de David Nihill et j’en suis très admiratif.
Irlandaise, tu travailles à Dublin chez « Dunnes », une chaîne de supermarchés. Tu es âgée de 21 ans lorsque, le 19 Juillet 1984, tes valeurs te poussent à refuser de vendre deux pamplemousses d’Afrique du Sud. En effet, à plus de 9000 km de chez toi, ce qui n’est pas encore la Rainbow Nation connaît alors les horreurs de l’apartheid. Ton syndicat, le « Irish Distributive and Administrative Trade Union » (le DATU), pousse pour le boycott les produits sud-africains. Révoltée par l’injustice des lois basées sur la couleur de peau, tu suis naturellement le mouvement.
Comme tu l’as expliqué plus tard, tu connais très peu de choses de l’Afrique du Sud. Mais tu as entendu parler de Nelson Mandela et de Steve Biko, torturé à mort dans les prisons du régime. Tu expliques à la cliente la raison de ton refus, mais, malgré sa compréhension, ton manageur veut te forcer à effectuer la vente. Face à ton refus, tu seras suspendue. L’ambiance dans le magasin était déjà tendue, les conditions de travail au Dunne store sont mauvaises depuis de longs mois, les travailleuses, principalement des femmes étant en confrontation avec les managers, principalement masculins. Dix de tes collègues se mettent alors en grève, elles ont toutes entre 17 et 24 ans. Je veux ici écrire leur nom pour rendre hommage à cette jeunesse qui eut le courage de se lever par solidarité envers un peuple opprimé par le racisme : Karen Gearon, Liz Deasy, Michelle Gavin, Vonnie Munroe, Alma Russell, Tommy Davis, Sandra Griffin, Theresa Mooney, Cathryn O’Reilly, Alma Russel et Brendan Barron.
En ce beau dimanche de juillet, vous imaginez partir pour une journée « fériée en plus », peut-être quelques jours de grève. Tes collègues et toi montez un piquet de grève à l’entrée du magasin à Henry Street à Dublin.
2 ans et 9 mois. Vous avez tenu le piquet pendant 2 ans et 9 mois. Soutenues par votre syndicat mais battues par la police (Tommy sera arrêté et emmené, Theresa et Cathryn recevront à la maison des visites du contre-espionnage), abusées par les pickpockets, condamnées par l’église, réprimées par votre employeur, vous n’avez jamais abandonné. Pour cette cause si juste, mais si lointaine, vous avez été traitées de jeunes idiotes (Brigitte Macron dirait « sales connes » aujourd’hui), ne comprenant pas les enjeux. Et pourtant, tous les jours (voire les nuits), vous étiez là.
De 90£ la semaine, vous passez à 21£ par semaine de caisse de grève, un salaire très insuffisant pour subvenir à vos besoins. Tu t’estimes chanceuse car tes parents peuvent t’héberger, c’est plus dur pour Vonnie avec son enfant qui perd sa maison faute de pouvoir payer le crédit, pour Cathryn, mère célibataire, ou pour Theresa qui accouchera pendant la grève.
Mais vous obtenez un second support, moral et de poids, en la personne de Nimrod Sejake, leader syndical sud-africain exilé en Irlande après avoir partagé la cellule de prison de Nelson Mandela. Il vous rejoindra tous les jours, marchant plusieurs kilomètres depuis son domicile, vous expliquant les conditions de vie en Afrique du Sud, renforçant votre conviction quant à la justesse de votre cause. Comme tu t’en souviens encore aujourd’hui il t’explique : « L’Afrique du Sud, c’est comme une pinte de Guinness, un petit nombre de blancs en haut et tout le peuple noir dessous ».
Lors de son exil en Irlande et pendant votre grève Marius Schoon, un activiste Afrikaner anti-apartheid, vous rend un vibrant hommage, après que sa femme, Jeanette et sa fille aient été assassinées par la police Sud-Africaine à l’aide d’un colis piégé. Comme tu le dis toi-même, vous vous rendez compte ce jour-là que vous ne risquez de perdre qu’un travail là où d’autres perdent la vie.
Quand Desmond Tutu demande à vous rencontrer en allant recevoir son prix Nobel de la paix en 1984, l’opinion publique commence à tourner. Il souligne votre engagement inspirant et la solidarité avec son peuple. Il vous invite en Afrique du Sud en 1985. Une collecte de fond organisée dans les pubs de la ville vous permet de rassembler les 7000£ nécessaires au le voyage en une seule nuit. A l’arrivée à l’aéroport de Johannesburg, les soldats de la police locale vous arrêtent sans aucun juste motif. Après 8h de détention, vous êtes renvoyées en Irlande, sans pouvoir entrer en Afrique du Sud. Mais l’Irlande vous soutient maintenant, et votre accueil à Dublin fera l’objet de nombreux reportages dans les journaux nationaux pour célébrer les «plus dangereuses travailleuses de supermarché du monde» ! Karen sera même invitée à New York à l’ONU où son speech y recevra la première stand-in ovation enregistrée.
Après 14 mois de grève, le groupe est toujours aussi soudé, et avec le soutien de la population, les discussions entre syndicat et patronat aboutissent au bannissement des produits sud-africains dans votre chaine de supermarché en échange de l’arrêt du piquet de grève. Vous ne retournez pas travailler pour autant. Ce n’est qu’en 1987, avec la décision de l’Irlande de bannir l’importation de produits sud-africains, que se termine votre grève. L’Irlande est le premier pays européen à le faire.
Certaines de tes collègues retournent à leur poste (la direction proposera quand même un nouveau contrat où vous ne pouviez refuser de gérer les marchandises). Certaines comme Karen seront virées et blacklisté dans les entreprises de Dublin. En 1990, l’apartheid est enfin aboli et Nelson Mandela se rend en Irlande. Il ne manquera pas de rendre hommage à ces travailleuses qui, à plusieurs milliers de kilomètres de son pays, ont senti la nécessité de s’engager pour sa cause.
Contrairement à d’autres de tes camarades, tu ne le rencontreras pas, étant partie travailler 5 ans en Australie. En revanche, tu feras partie de la délégation des grévistes de Dunnes qui seront invitées à assister à ses funérailles en 2013. Une fierté ainsi qu’une validation, après vous être fait sermonner dans votre pays sur votre mouvement qui « allait encore plus appauvrir les travailleurs sud-africains ». Le peuple sud-africain, lui, ne manquera pas de vous remercier chaleureusement pour vos actions.
L’héritage de votre mouvement ne se résume pas à une plaque sur le lieu du piquet de grève, une rue à ton nom à Johannesburg, quelques chansons ou une page Wikipédia pour la grève. Il incarne surtout une leçon pour toutes celles et ceux qui hésitent à s’engager dans la défense de causes justes, même à l’autre bout du monde.
Et comme on ne se refait pas, tu participais cette année, en 2025, aux marches irlandaises pour la Palestine à Dublin. 41 ans après avoir refusé de vendre ces deux pamplemousses, tu es toujours aussi révoltée par l’apartheid. Et tu appelles au boycott des produits venant d’Israël.
Je ne vous connaissais pas, Mary Maning, Karen Gearon, Liz Deasy, Michelle Gavin, Vonnie Munroe, Alma Russell, Tommy Davis, Sandra Griffin, Theresa Mooney, Cathryn O’Reilly and Brendan Barron. Maintenant si, et je ne vous oublierai pas.
George Sand (de son vrai nom Aurore Dupin), ne fut pas la seule autrice à devoir adopter un pseudonyme masculin pour être reconnue. En plus d’Isabelle Crombez (1858 – 1911, alias Laurent Evrard), poétesse souvent comparée à Mallarmé et qui fut la première autrice à recevoir le grand prix de littérature de l’Académie Française en 1918, on peut citer Marie d’Agoult (alias Daniel Stern), Victoire Léodile Béra (alias André Léo) ou Marie-Amélie Chartroule (alias Marc de Montifaud)
La ville qui bouge
On m’a dit que la ville aux flancs obscurs de ses marbres
Porte un peuple d’invisibles et nécessaires cariatides:
Et quelquefois dans la longueur du Vieil Age et de la Nuit
Des corps occultes et formidables se retournent dans ses murailles
Leurs grand gestes font des crevasses, les arcs bougent, les fûts tressaillent
Un pan de mur en avançant se balance, un autre fuit;
Puis ils gardent l’attitude et les façades sont rigides,
Dans leur poste imprudente et leurs aplombs déboités
Comme on voit en passant que tous ces murs sont hantés!
Tant de têtes apparaissent dont les cous sortent de la pierre!
C’est leur destin de s’encadrer aux saillies des ornements:
Mais ces visages qui s’intercalent ont des marques de vie profonde,
Mais tous ces muscles inconnaissables obéissent et correspondent
Au plan du dieu qui les enchaîne en un tragique alignement,
Et ces êtres héroïques sourient et semblent se complaire
Au secret de leur sort impénétrable et muré.
Il en est parmi eux dont le regard assuré
Manifeste plusieurs siècles de jouissance clandestine.
Là-bas, au centre, un front surplombe et s’unit d’un tel effort,
D’un tel pouvoir d’attention au triangle du fronton lisse,
Qu’il le projette comme une image et qu’il pense tout l’édifice!
Ou bien encore un masque immense et serein dont l’œil s’endort
Se recule dans les pierres et s’enfonce sous les patines
Pour gagner au sommet et reposer les vieux murs.
Et souvent excessifs dans leur besoin de torture,
Pour que l’oeuvre solidaire soit plus intime, plus cruelle,
Ils sacrifient leurs fruits humains aux fantaisies des Motifs:
Et la volute qui les couronne se termine comme une oreille
Et s’il arrive que des yeux tristes, près d’un angle, s’effraient et veillent
Dans un visage où le jour plaque un blanc morne et maladif,
C’est que la haute maison souffre d’un mal terrible et chancelle
Quand le corps prisonnier veut respirer trop souvent
Mais voici sur des fronts comme un mauvais coup de vent!
Ah! les têtes surprenantes de gens qui courent immobiles!
Ils ont vraiment l’air de bondir, haletants, échevelés,
Devant la fougue diabolique d’un orage dans la façade!
Puis les arêtes sont plus tremblantes, plus obliques les colonnades,
Car ces grands murs en se penchant font un pas pour s’en aller,
Elle est si raide, si chimérique, la démarche dont ils oscillent
Que l’on croit voir dans la ruelle inégale branler des arbres
Mais je sais que ma ville aux flancs obscurs de ses marbres
Porte un peuple d’invisibles et nécessaires cariatides:
Et quelquefois dans la longueur du Vieil Age et de la nuit
Des corps occultes et formidables se retournent dans ses murailles