Shervin Hajipour, « Baraye », hymne de la révolution « Femme, vie, liberté »

Il n’est pas de règle sans exception. Ce texte est le premier publié sur la page de la poésie des chères oubliées à ne pas avoir été écrit par une femme. Mais il y a pourtant toute sa place, car la chanson « Baraye » (« pour » ou « à cause de » en persan), de Shervin Hajipour, né le 30 mars 1997, est devenu l’hymne de la révolution féministe « Femme, vie, liberté » en 2022 en Iran, déclenchée après la mort de Mahsa Jîna Amini.

Les paroles de « Baraye » reprennent les revendications de manifestant·es publiées sur Twitter. Shervin Hajipour est arrêté le 29 septembre, 2 jours après la publication de sa chanson. Libéré quelques jours plus tard, il est finalement condamné à 3 ans et 8 mois de prison, une peine réduite de moitié en appel. Pour une chanson célébrant la liberté.

Baraye a reçu  un Grammy Award en 2023. Voici une version iconique de cette chanson par Golshifteh Farahani, née à Téhéran en 1983, lors d’un concert de Coldplay à Buenos Aires.

J’en ai aussi trouvé une version en français, chantée par un collectif d’artistes québécois, et dont voici les paroles ci-dessous

Femme, Vie, Liberté

Baraye

Pour pouvoir dans les rues encore danser.
Pour la peur qui nous glace, d’avoir embrassé.

Pour ma soeur, pour ta soeur, pour toutes nos soeurs.
Pour chambouler nos cerveaux prisonniers du passé.

Pour la honte de ne pas pouvoir ramener le pain
Pour l’envie de mener une vie normale tous les matins.

Pour cet enfant de la rue, ses rêves oubliés;
« Mais qu’est-ce qu’un rêve? » nous a-t-il demandé.

Pour cet argent qui ne pousse encore que pour ceux d’en haut,
Pour l’air pollué qu’on respire toujours sans dire un mot.

Pour Vali-ye Asr et ses arbres épuisés
Pour Pirouz, le petit guépard en danger.

Pour ces chiens innocents à qui l’on interdit la vie,
Pour les appels glaçants qui réveillent en pleine nuit.

Pour ces larmes qui coulent encore sans retenue,
Pour l’image du moment qui ne se répètera plus.

Pour le visage qui affiche son sourire enfin,
Pour les écoliers et pour ce que deviendrait demain.

Pour échapper, enfin, au paradis forcé,
Et pour tous les génies qu’on a enfermés.

Pour les petits afghans qui courent dans les rues du pays,
Pour ces millions de « Baraye » à l’infini.

Pour tous ces slogans vides dans la bouche des enfants,
Pour ces maisons fragiles tombées ou parties au vent.

Pour voir le soleil après de longues nuits,
Pour ces calmants et pour ces milliers de nuits d’insomnie.

Pour un instant de paix, de pure tranquillité,
Pour l’Homme, pour la Patrie, et la Prospérité.

Pour les filles qui regrettent d’être ce qu’elles sont,
Pour ne pas être née dans le corps d’un garçon.

Pour la Femme, pour la Vie, la Liberté
Baraye, zan, zendegui, azadi
Baraye Azadi


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