Version audio du portrait

Zénobie, vers 230 ap. J-C – vers 275 ap. J-C, Rome Antique, reine guerrière
Chère Zénobie,
Alexandre le Grand, Auguste, Charlemagne, Gengis Khan, Napoléon Bonaparte. Si les fidèles lecteur·ices des chères oubliées ne manqueront pas de mentionner Catherine II de Russie ou Wu Zetian, force est de constater que dans les livres d’Histoire, le mot empereur se décline très rarement au féminin. En tout cas quand il s’agit d’exercer le pouvoir. Pourtant, un des plus grands empires que l’humanité ait connu est passé tout près d’avoir à sa tête une femme. Dommage, impératrice de Rome, ça aurait eu de l’allure.
Tu es née aux alentours de 230 ap JC, dans la riche cité de Palmyre. Située dans l’actuelle Syrie, cette ville est l’un des grands carrefours commerciaux de l’Orient romain, aux portes de l’Empire perse voisin. On ne sait que peu de choses de ta jeunesse, sinon que tu es née dans une riche famille arabe de l’aristocratie marchande locale.
Aux alentours de 250, tu épouses Odénat, gouverneur de Palmyre et de sa région. Il a vingt ans de plus que toi et deux fils nés d’une précédente union. Odénat et toi aurez plusieurs enfants, dont au moins un fils, Wahballat, nés aux environs de 259.
A cette époque, pour l’Empire Romain, ça ne va pas très fort. Depuis la fin de la dynastie des Sévères en 235, les militaires se succèdent sur le trône impérial dans une longue suite de coups d’états. Ces empereurs soldats, aux règnes souvent aussi courts que sanglants, ont bien du mal à asseoir leur autorité alors que les raids des peuples barbares se multiplient aux quatre coins de l’Empire.
En Orient, c’est la dynastie Perse des Sassanides qui cherche à se tailler une part de l’Empire déclinant. Suite à la capture de l’Empereur Valérien par les Perses et face à l’impuissance de son fils et successeur Gallien, c’est Odénat qui se charge de repousser l’invasion, remportant plusieurs victoires qui lui doivent de recevoir de multiples honneurs, dont le titre de vice-roi d’Orient. Il règne de facto sur une grande partie de l’Orient Romain et de l’Ouest de l’empire sassanide.
Mais en 267, Odénat et son fils héritier Herodes sont assassinés par un proche parent, probablement mandaté par l’Empereur Gallien, inquiet de voir grandir le pouvoir de son rival d’Orient. D’autres chroniqueurs affirment que c’est toi qui aurait armé le bras du tueur pour t’emparer du pouvoir. Personnellement je n’y crois guère, mais impossible de trancher ici, les meilleures histoires ont toujours leur part de mystère.
Toujours est-il que tu te retrouves à la tête de l’Etat, occupant le pouvoir pour ton jeune fils Wahballat, âgé de moins de 10 ans. Profitant de l’anarchie qui règne à Rome, tu te lances dans la conquête de vastes pans de l’Empire romain, étendant les frontières de l’Empire de Palmyre au nord jusqu’à l’actuelle Ankara en Turquie et au sud jusqu’à l’Egypte, grenier à blé de l’Empire Romain, dont tu t’empares en 270. Nouveau coup dur pour Rome, qui a déjà perdu de nombreux territoires à l’Ouest, tombés aux mains d’usurpateurs ayant fondé l’Empire des Gaules.

Empire Palmyrénien en 271 ap. J-C
Outre ces succès militaires, tu fais aussi de Palmyre un brillant foyer culturel, y attirant de très nombreux artistes et philosophes.
En août 271, tu décides de faire proclamer ton fils “Auguste” c’est à dire empereur, prenant toi-même le titre d’”Augusta”, impératrice. Ivre de grandeur et de pouvoir, tu décides même de marcher sur Rome pour faire reconnaître ton autorité par le Sénat. C’en est trop pour Aurélien, le nouvel Empereur qui vient d’accéder au trône, moins impuissant que ses prédécesseurs. Bien décidé à mettre fin à tes volontés d’usurpatrice, il lève une immense armée et se lance dans une campagne militaire contre toi et tes troupes.
Malgré ton courage et celui de tes soldats, tu ne peux rien contre la puissance et le savoir militaire de l’armée romaine. Les défaites s’enchaînent et tu dois te replier jusqu’à la ville de Palmyre. Dépourvue de murailles, celle-ci ne saurait être défendue. Tu cherches donc à fuir plus à l’Est en rejoignant l’Empire Perse. Malheureusement, en août 272, tu es capturée par les troupes d’Aurélien, alors que tu t’apprêtes à franchir le fleuve Euphrate.
Ramenée captive à Rome avec ton fils, tu es exhibée devant la foule lors du triomphe d’Aurélien, couverte de lourdes chaines en or. Après cette humiliation, nul ne sait vraiment ce que tu es devenue, même s’il est probable que tu as terminé tes jours dans un long et ennuyeux exil, quelque part aux environs de Rome.
Malgré cette bien triste fin, être passée si près de la gloire éternelle force le respect et l’admiration. Ave, Zénobie, celles et ceux qui vont écrire te saluent!
Je connaissais Auguste, Néron et Hadrien, mais je ne te connaissais pas, Zénobie. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Portrait rédigé par Guillaume Dufresne
Ressources utilisées pour ce portrait:
– Zénobie, la reine qui défia l’empire romain, Les odyssées de France Inter
– Zénobie, au cœur de l’histoire par Franck Ferrand
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