Sarah Knout (1905 – 1944): « L’aube bleue s’est allumée à ma fenêtre»

Sarah Knout (1905 – 1944), née Ariadna Scriabina, est une poétesse russe et une héroïne de la résistance française contre les nazis.

Fille aînée du compositeur russe Alexandre Scriabine, elle s’exile à Paris en 1922, après la mort de ses parents. Elle intègre alors des cercles littéraires de la diaspora russe et publie ses premiers poèmes, dont très peu nous sont parvenus.

C’est surtout pour son combat dans la résistance que nous la connaissons. Début 1939, elle épouse le poète russe et juif David Knout, qu’elle a rencontré en 1924 et avec qui elle adhère aux idées du mouvement sioniste. En mars 1940, elle se convertit au judaïsme et prend le prénom de Sarah, qu’elle demandera à toustes ses ami·es d’utiliser.

Installé à Toulouse, le couple fonde fondateurs en juillet 1940 de l’organisation « la main forte », une des toutes premières organisations de résistance juive, qui apporte du secours aux Juif·ves interné·es dans les camps du sud-ouest comme Gurs  ou Rivesaltes. La main forte deviendra l’armée juive en janvier 1942

Le , Ariadna se rend à un rendez-vous, au 11  rue de la Pomme pour enrôler un nouveau membre dans l’Armée Juive. Avec son camarade Raúl León, elle tombe dans un guet-apens tendu par deux miliciens. Un des deux miliciens part chercher du renfort, laissant le second tenir en respect les deux suspects sous la menace d’une arme. Profitant d’un moment d’inattention, León se saisit d’une bouteille vide et la jette sur le milicien, qui tire instinctivement, tuant Ariadna sur le coup. Blessé aux deux jambes, León réussit tout de même à s’enfuir et fournira plus tard les détails de la mort d’Ariadna.

Toulouse est libérée trois semaines après la mort d’Ariadna. Elle recevra à titre posthume la Croix de guerre et la Médaille de la Résistance

Je n’ai trouvé de ses poèmes qu’un court texte intitulé « L’aube bleue s’est allumée à ma fenêtre », publié en 1924.

L’aube bleue s’est allumée à ma fenêtre

L’aube bleue s’est allumée à ma fenêtre.
Ce n’est pas la paresse qui enlace mon corps,
Étendu dans un sommeil sans pudeur :
C’est la belle vie qui s’est consumée
.
Écrasant la mort par la mort — elle est vivante,
Changement de peau tel un serpent de sagesse,
Ô Moscou victorieuse !
Et moi — je m’allonge sur mon lit de mort
!
Je vous partage aussi un autre poème écrit à sa mémoire par son mari David Knout intitulé « A Sarah »

A Sarah

Tu n’es pas née de la tribu de l’épreuve,
Le sang d’Israël ne coule pas dans tes veines,
Mais des millénaires de faim et de fierté
Ont trouvé leur abri dans ton regard altier.

Te voilà devenue plus juive que nous-mêmes,
Portant notre douleur comme un diadème,
Plus sombre que la nuit, plus pure que l’autel,
Face au vent de l’histoire et sous l’œil du ciel.

Tu marches d’un pas sûr vers le feu, vers l’orage,
Offrant à notre deuil la beauté de ton âge.
Ô ma compagne d’armes, ma sainte, mon amour,
La nuit sera terrible avant le point du jour.

 


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