Aujourd’hui je vais vous révéler ma principale faiblesse: la danse. Celles et ceux qui me connaissent savent que je suis aussi à l’aise sur un dance floor qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Ma kryptonite à moi, ce sont ces cercles de danse latine auxquels j’ai participé quelques fois sur l’insistance de ma compagne. Je pensais danser tranquillement avec elle mais non, il fallait changer de partenaire toutes les 2 minutes. En repensant au regard mi-exaspéré mi-compatissant de celles qui me faisaient face à tour de rôle, je sens instantanément remonter des sueurs froides.
Mais ne vous inquiétez pas, je me soigne. Je participe de temps en temps à des ateliers de danse parent enfant où, chose incroyable, je m’amuse comme un fou. Au passage et vu le nombre dérisoire de papas que j’y ai croisés, il semble bien que je ne sois pas le seul à souffrir de dansophobie.
Et puis il y a quelques semaines, je suis tombé sur
cet article de Médiapart qui explique que « la salsa a toujours été liée à la lutte contre le fascisme ». J’ai peur du fascisme presque autant que de la danse, et cette fois de manière beaucoup plus rationnelle car il est installé au pouvoir dans plusieurs pays du « monde libre », Etats-Unis en tête, et aux portes du pouvoir chez nous. Alors je me suis dit qu’il était nécessaire de creuser le sujet.
Et comment le faire mieux qu’en vous racontant l’histoire de certaines de ces femmes danseuses et chorégraphes qui ont fait l’histoire du 6ème art. Une fois de plus mes chères oubliées ne m’ont pas déçu, on peut décidément toujours compter sur elles, même pour affronter nos pires angoisses
Il y en aurait bien sûr beaucoup d’autres à vous présenter mais voici mes préférées
–
Okuni (1572 – 1613) était une danseuse et prêtresse japonaise. Elle est considérée comme la créatrice du kabuki, la forme épique du théâtre japonais traditionnel. Inventrice d’un nouveau style de danse à Kyoto où elle acquit une grande renommée, elle était réputée pour son interprétation de personnages des deux sexes, en particulier des samouraïs et des prêtres chrétiens
– Isadora Duncan (1877 – 1927) était une danseuse d’origine américaine naturalisée soviétique. Installée à Paris en 1900, elle jeta les bases de la danse moderne européenne, avec des chorégraphies marquées par une grande liberté d’expression où elle osa souvent se montrer presque nue, à peine dissimulée par quelques voiles.
Sa vie est marquée par un terrible drame. En 1913, elle perd ses deux jeunes enfants Deirdre et Patrick, morts noyés dans la Seine à la suite d’un accident de voiture. Elle aussi meurt tragiquement à Nice en 1927, étranglée par son écharpe prise dans les rayons de la roue d’une voiture.
Si le coeur vous prend d’aller esquisser quelques pas de danse près de sa dernière demeure, elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise
– Olga Kokhlova (1891 – 1955) était une danseuse des ballets russes lorsqu’elle fit la rencontre de Pablo Picasso, qu’elle épousa et dont elle garda le nom toute sa vie.
–
Hellé Nice (1900 – 1984), de son vrai nom Mariette Hélène Delangle rencontra un grand succès en tant que danseuse de music-hall, avant de devenir pilote automobile durant toutes les années 30, s’alignant sur plusieurs Grand Prix. Comme quoi dans la vie, on n’est pas obligé de choisir!
Le 12 juillet 1936, lors de la première édition du Grand Prix de Sao Paulo, elle survécut miraculeusement à un gravissime accident au volant de son Alfa Romeo.
– Ginger Rogers (1911 – 1995) était une actrice et danseuse américaine qui forma, jusqu’à la fin des années 40, un duo de cinéma mythique avec Fred Astaire. Swing time!
Grâce à sa directrice, un des studios de répétition du théâtre de Suresnes où j’habite porte son nom. Prenons nous à rêver, elle aura peut-être un jour droit à une place à son nom où les Suresnois·es se retrouveront pour danser, voilà qui aurait de l’allure!
–
Carmen Amaya (1918 – 1963) est une légende du flamenco, une danse qu’elle révolutionna avec son style épuré et énergique. Elle fut aussi la première danseuse de flamenco à s’habiller en pantalon pour exécuter ses chorégraphies. Orson Welles a dit d’elle qu’elle était « la plus artiste des danseuses et la plus géniale des artistes », excusez du peu!
Je vous laisse en juger par vous même!
–
Alicia Alonso (1920 – 2019) était une danseuse et chorégraphe cubaine. Devenue en partie aveugle à l’âge de 19 ans, elle se repérait sur scène grâce à la voix de ses partenaires et à un jeu de projecteurs envoyant des lumières vives et contrastantes. Sa situation de handicap ne l’empêchera pas de devenir danseuse étoile puis directrice du ballet national de Cuba qu’elle fonda en 1948.
La voici dans une représentation à Moscou.
–
Andréa Bescond (1979 – ) est une danseuse, comédienne et réalisatrice française. Elle a reçu en 2016 le Molière du meilleur seul en scène pour son spectacle
« Les chatouilles ou la danse de la colère », dans lequel elle raconte les agressions sexuelles qu’elle a subies durant son enfance par un ami de ses parents. L’adapation au cinéma avec le film
« Les Chatouilles » lui vaudra le César de la meilleure adaptation en 2019.
Elle est aujourd’hui en première ligne du combat pour obtenir une loi intégrale et les moyens financiers nécessaires pour lutter contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.
–
Michaela DePrince (1995 – 2024) est née au Sierra Leone. Orpheline de ses deux parents tués dans la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1991 et 2002, elle est adoptée à l’âge de 4 ans par un couple américain du New Jersey. Elle a marqué l’histoire en devenant la plus jeune première danseuse du Dance Theatre de Harlem à New-York. Elle est morte en 2024, âgée seulement de 29 ans.
Voici l’une de ses performances.
– Sya Dembélé (2007 – ), nom de scène Syssy, est une danseuse de breakdance née à Saint-Etienne. Médaillée de bronze aux championnats du monde en 2023 à l’âge de 16 ans, elle a représenté la France aux Jeux Olympiques de Paris 2024 où elle a atteint les quarts de finale. Vous pouvez découvrir son histoire dans cet épisode du podcast « Les Nouvelles héroïnes » de Céline Steyer et la voir danser ici
Laisser un commentaire