
Louisa Siefert (1845 – 1877) était une poétesse française. Atteinte dès l’adolescence de tuberculose, elle a laissé une poésie empreinte de douleur mais très marquée par sa spiritualité protestante. Elle est finalement emportée par sa maladie à l’âge de 37 ans.
Voici trois de ses poèmes, « Tous les rires d’enfant », « A ce qui n’est plus » et « Au large »
Tous les rires d’enfant
Tous les rires d’enfant ont les mêmes dents blanches ;
Comme les rossignols dans les plus hautes branches,
Les moineaux dans les trous du mur,
Au rebord des longs toits comme les hirondelles,
Leur céleste gaîté s’envole à tire-d’ailes
Avec un son serein et pur.
Nul n’est favorisé dans l’immense partage :
Richesse et pauvreté n’y font pas davantage ;
Le rire, ce grand niveleur,
Sur tous les fronts répand la joie égalitaire.
Et c’est comme un écho qui fait vibrer la terre,
Et viendrait d’un monde meilleur.
Innocence, clarté ! leur âme est une aurore
Que la vie en passant n’a pas troublée encore
Dans son épanouissement ;
Et, doux chanteurs des nids plus étroits ou plus frêles,
Les plus humbles, avec leurs petites voix grêles,
Ont le plus frais gazouillement.
Ainsi plus tard, aux jours que l’épreuve dévore,
On trouve des vieillards dont la lèvre incolore
Recèle un sourire ingénu.
Leurs tranquilles regards sont remplis de lumière :
On dirait un reflet de leur aube première,
Un rayon d’avril revenu !
On sent en leur parole une indulgence exquise,
Et la suavité de la paix reconquise
Ennoblit leur sainte candeur.
Enfant pur, aïeul blanc, devant eux on s’incline ;
Qui les voit, fleur naïve ou tremblante ruine,
Révère la même splendeur.
Car la vieillesse touche au ciel comme l’enfance :
L’une y retourne et l’autre en vient. La morne offense
Des ans et du malheur s’enfuit.
Le coucher du soleil à son lever ressemble,
Et, diamants tous deux, souvent roulent ensemble
Les pleurs de l’aube et de la nuit.
A ce qui n’est plus
Pourquoi revenez-vous creuser mon souvenir,
O jours trop tôt perdus, ô trop chères pensées,
Images que le temps doit avoir effacées,
Mots que mon cœur jalouse et ne peut contenir,
Pourquoi revenez-vous creuser mon souvenir ?
J’avais promis l’oubli qui console & qui tue,
L’oubli muet et calme, aux flots profonds & lourds.
Les heures ont passé, je me souviens toujours ;
Vous agitez encor mon âme combattue.
J’avais promis l’oubli qui console et qui tue.
Mon espoir est un rêve et mon rêve un secret,
Mes vers en sont l’écho, mais non la voix vibrante.
J’aime aux bois soleillés la vapeur transparente,
J’aime aux yeux les plus beaux un plus subtil attrait.
Mon espoir est un rêve et mon rêve un secret.
Le cœur a des retours vers les choses anciennes,
Des retours imprévus, séduisants, caressants ;
Le poète s’éveille à de si doux accents
Et s’abandonne à ces langueurs qui sont les siennes.
Le cœur a des retours vers les choses anciennes.
Ô jours trop tôt perdus, ô jours trop regrettés !
Puisse l’enivrement de vos mélancolies,
Reflet mystérieux des aurores pâlies,
Longuement éblouir mes regards attristés,
Ô jours trop tôt perdus, ô jours trop regrettés !
Au large
Aux pays des autres étoiles,
Aux lointains pays fabuleux,
Le vaisseau sous ses blanches voiles
Nage au gré des flots onduleux.
Le ciel et l’Océan s’unissent
Au bord de l’horizon enfui ;
Les lourdes vagues s’aplanissent
Avec un long soupir d’ennui.
Dans cette immensité sans terme
Où se perd, tombe et meurt le vent,
Le sillage qui se referme
Marque seul la marche en avant.
Ô tristesse indéfinissable !
Accablement toujours nouveau !
Ne pas voir même un grain de sable,
Ne pas même entendre un écho !
Ici, rien que la mer sans grèves,
Là, rien que l’ombre des agrès,
Rien à l’avenir que des rêves,
Rien au passé que des regrets !
La semaine suit la semaine,
Le flot que le flot submergea
Au gouffre, dans sa chute, emmène
Chaque heure qui sonne, et déjà
L’aube a d’éclatantes nuances,
Le soir des couchants orangés,
Flamboîments et phosphorescences
A nos ciels d’Europe étrangers.
Des formes d’astres inconnues,
Vaisseaux par Dieu même conduits,
Îles, perles ou fleurs des nues,
Brodent le bleu manteau des nuits.
Mais cette splendeur qui décore
Le vaste infini déroulé
Est d’un aspect plus triste encore
Aux yeux tristes de l’exilé.
Et la petite maison basse,
Frère, où sont ta mère et tes sœurs,
Pour ton cœur avait plus d’espace,
Pour ton regard plus de douceurs.
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