Théoriciennes féministes

Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer en détail tous les concepts abordés dans cet article, cela dépasse de beaucoup mes compétences.
Mais je peux par contre vous présenter leurs autrices, et vous partager quelques ressources qui vous donneront je l’espère envie de creuser ces sujets
Commençons déjà par une référence majeure sur la question, l’ouvrage collectif « Théories féministes » dirigé par Camille Froidevaux-Metterie. C’est un pavé mais c’est passionnant, et il fallait bien cela pour rassembler l’immensité des savoirs et des connaissances produites par les féministes tout au long des siècles.
Et voici maintenant quelques notions essentielles et les femmes qui en sont à l’origine

Le concept de culture du viol apparaît aux Etats-Unis dans les années 70, pendant la seconde vague du mouvement féministe, la première vague commençant avec la révolution industrielle au XIXè siècle et la troisième à la fin des années 1980. Il désigne les attitudes et comportements qui minimisent, normalisent et parfois encouragent le viol. S’y ajoute aussi l’idée affirmée en 1971 par Susan Griffin dans son livre « Rape: The All-American crime » que ce n’est pas le contrôle du viol qui est appris dans notre société, mais le viol lui-même.

Membres des New York Radical Feminists, Noreen Connell et Cassandra Wilson sont les premières à utiliser le terme de « rape culture » dans leur ouvrage « Rape : The First Sourcebook for Women », publié en 1974.

Le concept de culture du viol sera remis en avant par le mouvement #MeToo, dont nous reparlerons plus bas

Si vous voulez vous former sur ce sujet, je vous recommande l’essai de Bérénice Hamidi « Le viol, notre culture »

J’y ai notamment trouvé cette phrase qui n’a pas cessé de me faire réféchir: « La culture du viol, c’est une façon re regarder, et c’est aussi une façon de refuser de voir »

– C’est en 1974 que Françoise d’Eaubonne théorise le concept d’écoféminisme, un courant qui vient articuler les pensées féministes et écologistes. Je vous avais déjà parlé d’elle dans ce post, et vous recommande la lecture de sa biographie « L’amazone verte » par Elise Thiébaut. Vous y découvrirez notamment l’incroyable histoire du « commando saucisson »

Parmi les autres pionnières de l’éco féminisme, on peut citer notamment l’Indienne Vandana Shiva et l’Allemande Maria Mies

Si vous voulez creuser le sujet, je vous recommande la lecture du livre de Jeanne Burgart Goutal, « Être écoféministe: théories et pratiques », et l’écoute de ces deux épisodes d’un podcast à soi d’Arte

Diana E. H. Russel (1976 – 2020) était une sociologue, écrivaine et militante féministe sud africaine. Elle faisait partie des organisatrices du Tribunal International des Crimes contre les Femmes, qui se tint à Bruxelles du 4 au 8 mars 1976.

C’est lors de cet événement qui a rassemblé près de 2000 femmes venues de 40 pays que Diana E.H. Russell a défini publiquement le terme de féminicide comme étant le meurtre de femmes par des hommes parce qu’elles sont des femmes.

Derrière ce concept se cache une réalité qui devrait nous glacer le sang et nous faire hurler de rage. Dans le monde, une femme meurt assassinée toutes les 11 minutes, pour la seule et unique raison qu’elle est une femme. En France, c’est une femme tous les 2 jours et demi, tuée dans la grande majorité des cas par son conjoint ou ex-conjoint. Et ce chiffre serait plus terrible encore si l’on y ajoutait toutes celles qui survivent aux tentatives de meurtre, ou qui sont forcées au suicide par la violence de leur conjoint

Je veux remercier ici celles qui ont le courage de tenir le décompte de ces féminicides, le collectif nous toutes et le collectif féminicides par compagnon ou ex

– Née en 1959 dans l’Ohio, Kimberlé Crenshaw a développé et popularisé le concept d’intersectionnalité, formulé pour la première fois en 1989. Cette notion désigne la situation de personnes subissant plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société. Par exemple, une femme noire en situation de handicap subira 3 discriminations: en raison de son sexe, en raison de sa couleur de peau, et en raison de son handicap.

Kimberlé Crenshaw a montré comment les discours féministes de son époque, majoritairement pensés par et pour des femmes blanches, ne prenaient pas en compte la situation des afro-américaines, qui subissaient la double oppression du racisme et du sexisme.

Ce que je trouve passionnant avec ce concept, c’est qu’il met l’accent sur les systèmes de dominations : nous sommes toustes dominé·e  ou dominant·e selon notre place dans la société. Et quand on est dominé·e  , on peut aussi devenir dominant·e. Prendre conscience de cette mécanique dominant / dominé permet de se rendre compte des privilèges qui peuvent nous constituer

Si vous voulez creuser le sujet, vous trouverez plein de ressources passionnantes sur cette page du média Chiche – Make sense

– Dans cette théorie de l’intersectionnalité, on peut aussi s’intéresser au concept de mysoginoire, utilisé par la féministe noire et queer Moya Bailey en 2010 dans son ouvrage « They aren’t talking about me… »

Elle désigne une forme de misogynie spécifiquement tournée vers les femmes noires, qui concentre toute une série de stéréotypes particulièrement violents.

La mysoginoire n’épargne personne, puisque des célébrités comme Serena Williams ou Aya Nakumara en ont été et en sont encore fréquemment victimes.

Pour creuser ce sujet, je vous recommande la lecture de cet épisode de la passionnante newsletter Joyeuse reconstruction

– Il est plus difficile d’attribuer la maternité du concept de masculinisme, qui désigne un ensemble de mouvements sexistes visant à promouvoir les intérêts des hommes au détriment de ceux des femmes.

Un point important à  rappeler à ceux, et ils sont nombreux, qui mettent en miroir féminisme et masculinisme. Le premier est un combat pour l’égalité des droits, le second est un projet de domination et de destruction des femmes. C’est à peu près aussi pertinent que de comparer le Ku Klux Klan au mouvement des droits civiques de Rosa Parks et Martin Luther King.

Le terme de masculinisme est employé dès 1900 par Hubertine Auclert, pionnière française de la lutte pour le droit de vote des femmes (blanches, elle avait un peu oublié les autres) comme un quasi synonyme de patriarcat.

Dans son livre « L’Etude et le Rouet » paru en 1989, la philosophe féministe Michèle le Doeuff affirme l’avoir forgé pour désigner la création de concepts et de catégories de savoirs découpés sur les intérêts des hommes

Une chose est sûre, alors que nombreux sont ceux à s’emparer de ce sujet devenu très à la mode ces derniers temps, si vous vous intéressez au masculinisme, écoutez d’abord les féministes.

Ma meilleure référence sur le sujet est Stéphanie Lamy, autrice du livre « La terreur masculiniste » et qui chronique régulièrement sur le blog de Mediapart

– On dit souvent que le mouvement #Me Too a libéré la parole des femmes. La réalité est que les femmes parlaient depuis très longtemps, et que ce mouvement a plutôt forcé ceux qui refusaient de les entendre à les écouter.

Le jour où l’écoute de la société et de ses institutions sera aussi libérée que la parole des victimes, femmes et enfants au premier lieu, nous aurons fait une grande partie du chemin vers une société débarrassée de ces violences insupportables qu’elles et ils subissent au quotidien.

La première campagne Me Too est lancée en 2007 par Tarana Burke, une travailleuse sociale afro-américaine, pour dénoncer les violences sexuelles, notamment à l’égard des minorités. Il faudra cependant attendre l’affaire Harvey Weinstein en 2017 pour que le hashtag explose, suite à un message posté par l’actrice Alyssa Milano. Reconnaissons lui le grand mérite d’avoir toujours accordé la maternité du hashtag à Tarana Burke, avec qui elle intervint à de nombreuses reprises sur les plateaux.

En espérant que cette brève mise en bouche vous aura donné envie d’en apprendre plus sur tous ces sujets, et bien d’autres encore!


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