Aux grandes femmes la Patrie reconnaissante

Le 24 juin 2026, Simonne Vidal (1894 – 1944) est devenue la 8ème femme à entrer au Panthéon. Elle était l’épouse et l’assistante de recherche de Marc Bloch, historien et résistant panthéonisé en même temps qu’elle. Elle œuvra comme infirmière bénévole durant les deux Guerres mondiales.
Morte d’un cancer de l’estomac sous une fausse identité deux semaines après l’exécution de son mari, elle fut enterrée dans une fosse commune et son corps n’a jamais été retrouvé.
C’est donc dans un cénotaphe, un monument funéraire ne contenant pas de corps qu’elle a fait son entrée au « temple des grands Hommes »

8 femmes sur 85 personnalités transférées au Panthéon, c’est peu, un maigre 9,4%.

Vous me direz que c’est beaucoup mieux que les 3,7% des femmes à avoir reçu la palme d’or à Cannes, les 4 % de rues portant un nom de femmes ou les 3% de femmes lauréates d’un Nobel en sciences.

Et que je pourrais tout de même voir le bon côté des choses en rappelant que 100% des Oscars de la meilleure actrice ont été attribués à une femme!

Mais revenons à notre Panthéon, connaissez-vous le nom des 7 femmes qui y ont précédé Simonne Vidal?

  • La toute première s’appelait Sophie Berthelot (1837 – 1907). Elle y est entrée le 24 mars 1907, en même temps que son collègue et mari, le chimiste et homme politique Marcellin Berthelot. Elle est morte le 18 mars, quelques heures avant son mari qui selon leurs enfants, serait mort de chagrin. Il était bien sûr impossible de les séparer dans leur dernière demeure
  • Vous connaissez toutes et tous la deuxième, puisqu’elle fait partie du carré gagnant de femmes célèbres mentionné par Titiou Lecoq dans son livre référence « Les grandes oubliées »récemment adapté en BD pour celleux qui apprécient ce format. Je veux parler bien sûr de Marie Curie (1867 – 1934), la badass de l’histoire des sciences, la toute première femmes et hommes confondus à avoir reçu deux Prix Nobel, celui de physique en 1903 et celui de chimie en 1911.

    Sans faire injure à son mari Pierre, on peut dire que les femmes de la famille Curie avaient un sacré talent, puisque leur fille aînée Irène recevra elle aussi le Nobel de chimie en 1935, et que les fidèles lecteurices des chères oubliées connaissent désormais l’histoire de leur fille cadette Eve Curie, pas la dernière de la famille

    Marie Curie entre au Panthéon le 20 avril 1995, près de 90 ans après Sophie Berthelot qui s’est sentie bien seule au milieu du boy’s club pendant un LONG moment!

  • Ensuite ça s’accélère, on sent bien que dans les ministères il y en a quelques-uns qui se sont dit « bon les gars faut qu’on fasse quelque chose pour les femmes au Panthéon, ça va commencer à se voir qu’on veut pas les y mettre… »

    Le 27 mai 2015, c’est une double entrée avec deux figures de la Résistance, Germaine Tillion (1907 – 2008) et Geneviève De Gaulle-Anthonioz (1920 – 2002), la nièce du général.

    Ethnologue de formation, Germaine Tillion s’est éteinte en 2008, à l’âge de 100 ans pile.

    Rentrée d’Algérie où elle vivait au moment de l’armistice de juin 1940, elle rejoint immédiatement la Résistance, où elle devient cheffe de réseau. Arrêtée le 13 août 1942, elle est déportée en 1943 au camp de Ravensbrück. Sa mère, résistante comme elle, y est déportée en février 1944 et gazée en mars 1945. Germaine parvient à quitter le camp le 23 avril 1945, grâce à un convoi de la Croix-Rouge suédoise.

    En 1954, elle retourne en Algérie. Elle y recueille de nombreux témoignages de torture et d’exaction, mettant toute son énergie à essayer de négocier la paix.

    Très engagée pour les droits des migrants et des minorités, elle luttera pour que soit reconnue la torture pendant la guerre d’Algérie.

    Née en 1920, Geneviève de Gaulle-Anthonioz est active sous l’Occupation au sein du Réseau du musée de l’Homme. Arrêtée le 20 juillet 1943, elle est déportée en février 1944 à Ravensbrück, où elle se lie d’amitié avec de nombreuses autres résistantes, dont Germaine Tillion. 

    En octobre 1944, elle est placée en isolement au bunker du camp, sur ordre de Himmler. Il souhaite la garder en vie et l’utiliser comme monnaie d’échange, à une époque où Charles de Gaulle gouverne la France libérée. Elle est finalement libérée le 20 avril 1945. 

    Après la guerre, elle poursuit son combat en militant pour la défense des droits de l’homme et contre la pauvreté.

    En 1960, elle participe au comité de défense pour Djamila Boupacha, militante du FLN torturée et violée par l’Armée française. Contrairement à d’autres, elle a su toute sa vie distinguer le camp des bourreaux.

  •  Le 1er juillet 2018, Simone Veil (1927 – 2017) devient la 5ème femme à entrer au Panthéon. Là encore pas besoin j’espère de vous présenter celle qui est déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz, où elle perd son frère et ses parents.

    Nommée ministre de la Santé par Valéry Giscard d’Estaing en 1974, elle fait preuve d’une détermination farouche pour faire adopter la loi dépénalisant l’avortement, une loi qui portera son nom. Un droit pour les femmes à disposer de leur corps encore régulièrement remis en question aujourd’hui.

    Elle est aussi la première présidente du Parlement Européen, un poste qu’elle occupe de 1979 à 1982.

  • Le 30 novembre 2021, Joséphine Baker (1906 – 1975) est la première femme noire à entrer au Panthéon. Nous vous avions déjà raconté son histoire ici, un portrait qui permet de se rendre compte que même lorsqu’une femme d’exception n’est pas effacée des livres d’histoire, elle reste souvent très mal connue!
  • Le 21 février 2024, Mélinée Manouchian (1913 – 1989) est transférée au Panthéon avec son mari Missak, héros de l’Affiche rouge et plus haut gradé du « groupe Manouchian-Boczov-Rayman » de 23 résistants, arrêtés en novembre 1943 et fusillés en janvier 1944.

    Née en 1913 à Constantinople dans une famille de fonctionnaires de l’Empire ottoman, Mélinée Soukémian a 3 ans lorsque ses parents sont assassinés, victimes du génocide arménien. D’abord réfugiée en Grèce, elle arrive en France à la fin de l’année 1926 pour y poursuivre sa scolarité.

    Elle fait la connaissance de Missak en 1934, réfugié arménien comme elle, avec qui elle s’engage au Parti Communiste Français en 1934 et qu’elle épouse en 1936. Sous l’occupation allemande, elle transporte des armes et travaille comme agente de liaison au sein de la Résistance. Elle échappe par miracle à la rafle du 3 décembre 1943 qui fait suite à l’arrestation de son mari, et poursuit son combat dans la Résistance jusqu’à la fin de la guerre.

    Après la guerre, elle se consacrera notamment à entretenir la mémoire de son mari, dont elle est la première et principale biographe, comme celle des autres résistants arméniens.

Mais au fait, quels sont les critères pour rentrer au Panthéon, au-delà du fait qu’être né avec un pénis entre les jambes augmente fortement ses chances?

Il est réservé aux « grands hommes qui ont mérité la reconnaissance nationale », on sent bien que ceux qui ont écrit ça ne s’étaient pas mais alors pas du tout posé la question des femmes.

 
Chose amusante, il n’est même pas obligatoire d’être de nationalité française, même si c’est le cas de toutes celles et ceux qui s’y trouvent aujourd’hui.

Il faut tout de même être une personnalité exemplaire, qui incarne les idéaux de la République. Et que la personne ou ses descendants aient donné leur accord à la panthéonisation.

Ces critères bien en tête, je me permets de faire quelques propositions pour les prochaines entrées:

  • Gisèle Halimi bien sûr. Au vu de ses innombrables engagements pour les droits humains en général, et pour ceux des femmes en particulier, il est même étonnant qu’elle n’y soit pas déjà.
  • Olga Bancic, membre du groupe Manouchian et guillotinée à Stuttgart en 1944

  • Noor Inayat Khan, la princesse espionnedont nous vous avions raconté l’histoire ici. La première femme musulmane au Panthéon, ce serait beau non?
  • Solitude, figure de la résistance des esclaves noirs contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte
 
Il y en aurait bien sûr beaucoup d’autres, largement de quoi atteindre la parité même s’il faudrait peut-être que ces messieurs se serrent un peu pour laisser la place, comme dans la vraie vie quoi.

Et peut-être qu’alors, on réfléchirait à graver sur le fronton du Panthéon: « Aux grandes femmes et aux grands hommes, la Patrie reconnaissante »

 
Sait-on jamais, on a bien le droit de rêver un peu non?
 

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