Criminelles

Si vous n’avez pas lu le coût de la virilité de Lucile Peytavin, je vous conseille vivement de vous le procurer, il est ressorti fin 2025 dans une version illustrée!

Et si vous avez lu le coût de la virilité de Lucile Peytavin, vous savez que la violence, en tout cas pour ce qui concerne ses auteurs, se genre très majoritairement au masculin.

Mais il est une idée absurde et d’ailleurs profondément sexiste: les femmes seraient moins capables de violence « par nature ». Alors qu’elles seraient naturellement « douces », « empathiques », « maternelles »…

Beaucoup de fantasmes et rien de biologique là dedans bien sûr.

Si les hommes sont plus souvent auteurs de violence, c’est avant tout lié à l’éducation qu’ils reçoivent et au milieu dans lequel ils évoluent.  Et parce que la violence est souvent associée à la virilité, à la force, à la bravoure, au combat, à la puissance, à la domination, autant de choses encore très largement valorisées chez les hommes (et très dénigrées chez les femmes).

Un exemple concret, on encourage très souvent les garçons, consciemment ou inconsciemment, à prendre des risques en validant leur masculinité par le biais de ces risques pris. Je suis un mec, un vrai, parce que je prends des risques, même si cela me met en danger, et que cela met parfois d’autres personnes en danger.

Une fois devenus adultes, les hommes continuent à adopter beaucoup plus de conduites à risque que les femmes. Au volant d’une voiture par exemple (alcool, excès de vitesse, manœuvre dangereuse…), causant ainsi l’écrasante majorité des accidents de la route mortels. Admirons au passage le génie sexiste à l’œuvre dans l’expression « femme au volant, mort au tournant », comme nous l’avions fait dans le portrait de Lella Lombardi.

Ceci étant posé, cela ne veut bien sûr pas dire que les femmes sont incapables de violence, même sous ses formes les plus abjectes.

Concernant par exemple les violences commises par nous adultes sur les enfants, les chiffres montrent que, violences sexuelles mises à part, elles sont commises à part égale par les hommes et les femmes. C’est aussi le cas des infanticides, un tous les 5 jours en France rappelons le.

Voilà qui devrait nous permettre d’exclure certaines idées absurdes en matière de protection de l’enfance, comme celle d’interdire aux hommes de travailler au contact des jeunes enfants.

Cécile Cée, grande spécialiste du sujet, explique bien dans cette courte vidéo combien l’idée qu’un environnement 100% féminin protégerait les enfants de sévices gravissimes est une illusion.

La priorité absolue sur le sujet devrait être la recommandation numéro 1 de la CIIVISE: « Organiser le repérage par le questionnement systématique des violences sexuelles auprès de tous les mineurs et auprès de tous les adultes par tous les professionnels »

Mais revenons à notre sujet des femmes et de la violence, et à nos oubliées du jour dont nous aurons pour une fois bien du mal à les qualifier de « chères »

Voici une brève présentation de 6 grandes criminelles de l’histoire, dont la biographie démontre, s’il en était besoin, que la violence peut tout à fait se genrer au féminin, même dans ce qu’elle a de plus horrible

  • Irma Grese (1923 – 1945) était une gardienne auxiliaire des SS dans les camps de concentration nazis de Ravensbrück, d’Auschwitz et de Bergen Belsen. Cette jeune allemande qui rêvait de devenir infirmière s’engage pour travailler à Ravensbrück à 18 ans. A Auschwitz, elle gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir la numéro 2 du camp, faisant preuve d’un sadisme et d’une cruauté atroces avec les 30 000 prisonnières. Jugée après la Guerre à l’automne 1945, celle que l’on surnommait « la hyène d’Auschwitz » ou « la bête de Belsen » est exécutée par pendaison le 13 décembre 1945, à l’âge de 22 ans. Son histoire est racontée dans cette série de podcasts de France Culture
  • Ilse Koch (1906 – 1967) était la femme de Karl Otto Koch, colonel SS et premier commandant du camp de concentration de Buchenwald. Elle était surnommée « la chienne de Buchenwald », notons cette tendance obsessionnelle à animaliser les femmes, qui est loin de se limiter aux criminelles. Elle fut accusée d’avoir une collection d’abat-jours en peau humaine tatouée, qu’elle aurait appelé « ses estampes humaines ». Son implication dans de tels crimes ne put être prouvée lors de ses procès en 1947 et 1951, où elle fut condamnée à la prison à vie pour dénonciations et incitations au meurtre de 135 prisonniers allemands. Elle se suicide en prison par pendaison le 1er septembre 1967 Comme l’explique cette série de podcast de France culture, la présenter comme un monstre archétype du nazisme fut aussi un moyen de couper un arbre pour préserver le reste de la forêt. Ce sont ainsi plus de 500 000 allemandes qui partirent à l’Est et participèrent de manière directe ou indirecte au système génocidaire.
  • Elsa Ehrich (1914 – 1948) était une gardienne auxiliaire des SS dans les camps de concentrations nazis de Cracovie-Plaszow et de Majdanek. Dans ce dernier camp où moururent entre 95 000 et 130 000 personnes (pour la plupart des Juif·ves polonais·es), elle prit une part active aux sélections des déporté·es destimé·es aux chambres à gaz ainsi qu’aux exécutions. Condamnée à mort pour crimes de guerre en juin 1948, elle est exécutée par pendaison le 26 octobre 1948, à l’âge de 34 ans.
  • Magdalena Solis (1947 – 2023) était une tueuse en série mexicaine surnommée « La grande prêtresse du sang ». Victime très jeune de prostiution par son frère, elle rejoint avec ce dernier en 1963 une secte créée par les frères Santos et Cayetano Hernandez. Elle y participa aux meurtres précédés de tortures de nombreux membres de la secte ayant voulu la quitter, les exécutions donnant lieu à un rituel lors duquel elle buvait le sang de ses victimes.  Arrêtée le 31 mai 1963, elle fut reconnue coupable de deux meurtres, celui d’un adolescent ayant assisté à un rituel d’exécution et du policier qui l’accompagnait, et condamnée à 50 ans de prison.
  • Née en 1946, Pauline Nyiramasuhuko était ministre de la Famille et du Progrès des Femmes lorsque débuta le génocide des Tutsis au Rwanda le 7 avril 1994. En à peine plus de 3 mois, environ 800 000 personnes furent exécutées. Elle joua un rôle très actif dans les massacres, notamment ceux de Butare, sa ville natale, où elle incita les milices interahamwe à commettre des meurtres, et des viols sur les femmes tutsis. « Avant de tuer les femmes, vous devez les violer », leur ordonna-t-elle Jugée par le tribunal pénal international pour le Rwanda, elle fut condamnée en 2011 à la prison à vie pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Elle fut la première femme de l’histoire condamnée pour génocide.
  • Sandra Avila Beltran, née en 1960, pourrait presque passer pour une enfant de cœur à côté des autres criminelles de ce portrait. Et pourtant, celle qu’on appelait la Reine du Pacifique était l’une des dirigeantes du cartel Beltran Leyva, dans la région mexicaine du Sinaloa. Arrêtée en septembre 2007, elle est inculpée de crime organisé, de blanchiment d’argent et de trafic de drogue. Elle est libérée en 2015, après 8 ans de prison.


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