Connaissez vous le féminin de troubadour? Probablement pas. Et pourtant elles furent nombreuses ces poétesses et compositrices d’expression occitane à avoir vécu dans le sud de la France aux XIIème et XIIIème siècles.
Dans le nord du pays, où l’on parlait la langue d’oil, on les appelait les trouveresses (trouvères pour les hommes). On peut citer par exemple Agnès de Navarre Champagne, Doete de Troyes et bien sûr Marie de France, dont nous vous déjà parlé en se demandant si ce cher Jeannot de la Fontaine n’avait pas un peu copié sur les bords…
Mais revenons à nos deux chères trobairitz du jour
Béatrice de Die également connue sous le nom de Comtesse de Die, a vécu à la fin du XIIème siècle. Son texte le plus connu est le poème « A Chantar M’er », qui est le seul dans le corpus des trobairitz à avoir été retrouvé avec une partition.
En voici une traduction par Claude Naudeau ci-dessous, et vous pouvez en écouter la totalité en version originale sur cette page du site de Radio France. Attention les oreilles, c’est beau!
Je chanterai ce que j’aurais voulu ne jamais chanter
Tant j’ai de mal à cause de celui dont je suis l’amie
Car je l’aime plus que toute chose qui puisse être
Lui que ni la pitié ni la coutoisie ne peuvent émouvoir
Ni ma beauté, ni mon prix, ni mon bon sens
Ne m’ont empêchée d’être déçue et trahie
Comme j’aurais mérité de l’être si j’avais été vilaine
Je me console en me disant que je n’ai en rien failli
Mon ami, je ne vous ai rien fait de mal
Je vous aime autant que Seguis a aimé Vallensa
Il me plaît beaucoup de songer que mon amour vous avait vaincu
Mon plus bel ami, vous qui êtes le plus valeureux
Vous faites l’orgueilleux envers moi en actes et en paroles
Alors que vous êtes agréable avec les autres
Je m’étonne que votre coeur soit si fier
Mon ami, envers moi; aussi j’ai des raisons d’avoir mal
Ce n’est pas juste qu’un autre amour vous prenne à moi
Peu importe ce qui vous a été dit ou promis.
Souvenez-vous du commencement
De notre amour! Que Dieu fasse
Que cette séparation ne soit en rien de ma faute
La noblesse d’âme qui réside en vous
Et votre grande valeur me retiennent
Il n’en est aucune, ni de près ni de loin
pour peu qu’elle veuille aimer, qui ne s’incline vers vous
Mais vous, ami, êtes si sage
Que vous saurez reconnaître la plus fine
Et vous souvenir de notre pacte.
Je vous fais valoir mon prix, ma noblesse d’âme
Et ma beauté en plus de mon courage;
J’envoie cette chanson vers vous
Afin qu’elle soit mon messager
Je veux savoir, ô mon plus bel ami
Pourquoi vous m’êtes si distant et cruel
J’ignore si c’est orgueil ou mauvaise foi
Mais plus que tout je veux qu’il vous soit dit par ce message
Que trop d’orgueil a causé la perte de maintes gens.
Clara d’Anduze est née vers 1200 dans le Gard, sans doute dans une famille de seigneurs d’Anduze. Il ne nous reste d’elle qu’un seul poème adressé à son amant Uc de Saint-Circ, les fleurs bleues comme moi seront heureuses et heureux d’apprendre que leur amour était partagé
Voici une traduction de ce texte par Raoul Goût et André Berry, les puristes retrouveront la version original ici.
« En grave émoi et grave inquiétude ils ont mis mon cœur et aussi en grande détresse les médisants et les espions menteurs qui rabaissent joie et jeunesse car pour vous que j’aime plus que tout au monde ils vous ont fait partir et vous éloigner de moi à tel point que si je ne puis vous voir ni vous regarder j’en meurs de douleur, de colère et de rancœur.
Ceux qui me blâment de mon amour pour vous ou veulent me l’interdire ne peuvent en rien rendre mon cœur meilleur ni faire croître encore mon doux désir de vous non plus que mon envie, mes désirs, mon attente et il n’y a pas un homme, fût il mon ennemi que je ne tienne en estime si je l’entends dire du bien de vous, mais s’il dit du mal, tout ce qu’il peut dire ou faire ne me sera jamais plaisir.
N’ayez pas de crainte, bel ami qu’envers vous je n’aie jamais le cœur trompeur ni ne vous délaisse pour quelque autre amoureux, même si cent dames m’en priaient, car mon amour pour vous me tient en sa possession, et veut que je vous consacre et vous garde mon cœur ainsi je ferai, et si je le pouvais être mon cœur, tel l’a qui jamais ne l’aurait.
Ami, j’éprouve tant de colère et de désespoir de ne pas vous voir que lorsque je pense chanter, je me plains et je soupire parce que je ne puis faire avec mes couplets ce que mon cœur voudrait accomplir. »
Si vous voulez en savoir plus sur les troubairitz ou troubadouresses, vous pouvez vous procurer le livre de Pierre Bec «


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