
Adélaïde Dufrénoy (1765 – 1825) était une écrivaine et poétesse française. Elle doit surtout sa réputation littéraire à ses élégies, genre poétique de l’Antiquité qui revint à la mode à l’époque de la Renaissance.
En voici trois ci-dessous, intitulées « Le pouvoir d’un amant », « Le bonheur d’aimer » et « Le répit »
Le pouvoir d’un amant
J’aime tout dans l’objet de ma fidèle ardeur,
Le génie et le caractère ;
J’aime son regard enchanteur,
Son souris malin et flatteur,
Et son humeur grave et légère.
J’aime son esprit juste et fin ;
J’aime encor les jaloux caprices
Qui lui font haïr le matin
Ce qui le soir fait ses délices ;
J’aime son air noble et lutin.
J’aime le pouvoir despotique
Que son cœur orgueilleux exerce sur le mien ;
Ses éloges adroits, son adroite critique,
Me font chérir son entretien.
Il n’a que plus de grâce alors qu’il est coupable :
En vain se défend-on de vivre sous sa loi,
On l’adore en dépit de soi ;
Nul n’a plus de défaut, et nul n’est plus aimable.
S’il est parfois un peu trompeur,
Il sait par tant d’amour expier tant d’alarmes
Qu’aux pleurs qu’il fait répandre on trouve encor des charmes.
Son tendre repentir donne encor le bonheur.
Sa flamme maintenant à la mienne est égale ;
Mais, s’il pouvait changer un jour,
Il me ferait, je crois, lui pardonner l’amour
Qu’il sentirait pour ma rivale.
Le bonheur d’aimer
Il est auprès de moi, sa main presse ma main,
Sa bouche s’embellit du plus charmant sourire,
Son teint s’anime, je soupire,
Sa tête mollement vient tomber sur mon sein ;
Là je respire son haleine,
Son haleine en parfum plus douce que la fleur.
De ses bras l’amoureuse chaîne
Rapproche mon cœur de son cœur ;
Bientôt nos baisers se confondent,
Ils sont purs comme nos amours :
Nous demeurons sans voix ;
Seuls nos yeux se répondent ;
Ils se disent tout bas :
Toujours, toujours, toujours !
Le répit
C’est trop en des vœux superflus
Perdre les jours de mon bel âge ;
C’est trop par des soins assidus
D’un ingrat mendier l’hommage :
Dès ce moment ne l’aimons plus ;
C’est le seul parti qui soit sage.
Mais ce soir en secret il demande à me voir…
Son cœur peut-être a su m’entendre ;
Peut-être que ce soir l’entretien sera tendre…
Aimons l’ingrat jusqu’à ce soir.
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