Marie Marvingt, la fiancée du danger

Version audio du portrait


Marie Marvingt, (1875 – 1963), française, sportive, aventurière et journaliste

Chère Marie,

Tes débuts dans la vie furent somme toute ordinaires et bien rangés, surtout en comparaison de ce qui va suivre. Tu es née le 20 février 1875 à Aurillac. L’année de tes 14 ans, ta famille et toi vous installez à Nancy, une ville que tu considèreras jusqu’à la fin de tes jours comme ton foyer. Titulaire d’une licence de lettres, tu rédiges des articles dans un journal local. Mais comment donc es-tu devenue l’infirmière, l’aviatrice sanitaire et l’incroyable aventurière que nous connaissons aujourd’hui ?

N’ayant pas eu d’enfant pour entretenir ta mémoire, tu es rapidement tombée dans l’oubli après ta mort, le 14 décembre 1963. Heureusement, l’autrice américaine Rosalie Maggio va redonner vie à tes incroyables exploits.

C’est en 1965, deux ans seulement après ta mort et lors d’un séjour à Nancy, que Rosalie découvre ton histoire. Vous vous êtes vraiment loupées de peu, ça s’est joué à un vol d’avion. Elle publie son premier ouvrage sur toi en 1991, puis en 2019 une biographie riche de plus de 1000 références.

Rosalie est morte en 2021, trop tôt pour faire aboutir son projet de traduire son livre en français. Je peux donc écrire sans exagérer qu’après t’avoir découverte, elle t’a consacrée le reste de sa vie. Et on peut la comprendre, au vu de l’incroyable épopée que fut ton passage sur cette planète, chère Marie.

Sportive dans l’âme dès ton plus jeune âge, tu nages quotidiennement avec ton père plusieurs kilomètres alors que tu n’as que 4 ans. Il sera un soutien constant dans tes découvertes sportives et circassiennes, tout au long de ta jeunesse. A 15 ans seulement, tu parcours à bord d’un canoë les 400 kilomètres séparant Nancy et Coblence. A 24 ans, tu obtiens ton permis de conduire, chose rarissime pour une femme à l’époque. Tu as bien évidemment participé à plusieurs courses automobiles, dont certaines dans le Sahara. A quoi d’autre peut bien servir un permis de conduire ? A 31 ans tu es la première française à réaliser la traversée de Paris à la nage : 12 kilomètres, une bagatelle. Et comme tu as l’esprit de compétition, tu bats au passage le record d’Anette Kellerman en personne. Chapeau (ou plutôt bonnet) !

J’ajouterais même que tu es une sportive et une aventurière sans limite. Avant le début de la Première Guerre Mondiale, tu réalises l’ascension du Mont-Blanc et de nombreux autres sommets et aiguilles alpines. Tu apprends à conduire une locomotive, les voitures c’est beaucoup trop simple. En 1905, âgée de 30 ans, tu fais le voyage de Nancy à Naples pour le simple plaisir d’assister à une éruption du Vésuve. Quelques années plus tard, en 1908, tu participes au Tour de France cycliste. Bien sûr, pour ne pas heurter la bien pensance de l’époque et l’orgueil de ces messieurs, tu n’as pas pédalé avec eux, t’élançant sagement après leur départ. Il n’aurait pas fallu qu’ils soient battus par une femme tout de même ! Certains racontent que cette histoire de Tour de France serait un peu bidon sur les bords. Comme il t’est arrivé de légèrement enjoliver le récit de ton existence, il est parfois difficile de démêler le vrai du faux. Mais bien savoir raconter les histoires, c’est aussi une qualité pour une femme d’exception.

Une chose est sûre en tout cas, tu excelles dans absolument tous les sports auxquels tu t’essaies. Rien que de faire la liste de tes exploits sportifs, je suis épuisée. Tu as fait largement assez de sport pour toute une génération au grand complet. Absolument rien ne te fait peur, pas même la spéléogie. Être sous terre, ma phobie, quelle horreur… Résultat de tous ces exploits, tu as cumulé 17 records mondiaux. Pas sûr qu’aucun homme puisse en dire autant.

Le sport est pourtant loin d’être ton unique passion. L’aviation et prendre soin des autres le sont tout autant. C’est ainsi qu’en 1910, après être devenue la troisième femme à obtenir ton brevet de pilote, tu proposes à l’armée un projet d’avion-sanitaire ou avion-ambulance comportant une civière à son bord et des skis en dessous pour se poser sur des terrains enneigés.  Malheureusement cette géniale invention restera au stade de projet …faute de financement évidemment !

Quand arrive la Grande Guerre, il est hors de question que tu assistes aux combats depuis l’arrière. Déguisée en homme, tu rejoins le 42ème bataillon des chasseurs à pied et tu te bats dans les tranchées parmi les poilus. Mais la supercherie est rapidement découverte et on te renvoie chez toi. Qu’à cela ne tienne. N’ayant pas réussi à rentrer par la fenêtre, tu vas passer par la porte, grande ouverte par le général Foch en personne. En 1915, ce dernier t’autorise à participer aux missions de bombardements pour remplacer un pilote. Une permission vite retirée car à l’époque, une femme pilote d’un bombardier, ça fait légèrement grincer les dents de certains. Après ce modeste échauffement, tu intègres le 3ème régiment des chasseurs alpins dans les dolomites italiennes et participes à l’évacuation des blessés aux commandes d’un avion sanitaire…équipé de skis !  Si si, comme celui que tu avais imaginé avant la guerre.

Et comme il ne faudrait surtout pas que tu t’ennuies, lorsque tu es clouée au sol, tu files quelques petits coups de main à la Croix Rouge que tu fais bénéficier de ton expérience d’infirmière militaire.

La guerre finie, tu peux enfin te reposer. Enfin te reposer, on se comprend. Tu passeras une dizaine d’années à sillonner le monde pour partager ta passion de l’aviation sanitaire.  En 1929,  tu fondes la société des amis de l’avion-ambulance, un projet que tu portes avec force aux quatre coins de la planète. Après quelques 3000 conférences, tu parviens à instaurer un service sanitaire aérien civil au Maroc en 1934. En créant cette formation, tu deviens de facto la première infirmière diplômée dans le domaine . Cela te vaudra de recevoir, un an plus tard, la médaille de la paix du Maroc. Désormais infirmière de l’air, tu crées en 1939 un centre de convalescence pour les pilotes blessés, baptisé « le repos des ailes ». On peut dire que tu as le sens de la formule…  C’est aussi à cette époque que tu mets au point une nouvelle technique de suture chirurgicale, mieux adaptée aux terrains de guerre car plus résistante aux infections.

Malgré tous tes exploits, tu n’as pas le droit à une pension de retraite. Tu connais alors une grande pauvreté, vivotant tant bien que mal grâce à tes conférences. Ancienne gloire du sport, tu continues pourtant à recevoir des décorations. En 1949, tu deviens officier de la Légion d’honneur. Et le 30 janvier 1955, la Fédération Nationale d’Aéronautique te remet à la Sorbonne le grand prix Deutsch de la Meurthe pour l’ensemble de ton œuvre dans l’aviation sanitaire.

A l’approche de la fin de leur chemin de vie, le commun des mortels aspire à cultiver tranquillement ses tomates. Mais on aura compris, chère Marie, que le jardinage ce n’est pas trop ton truc. Pour fêter tes 80 ans, tu t’offres un petit vol entre amis à bord d’un avion de chasse McDonnel F101 piloté par un as de l’US Air Force, avec qui tu franchis le mur du son.

Et à 86 ans, après avoir obtenu ton brevet, tu pilotes le seul et unique hélicoptère à réaction du monde. Moins voyant mais tout aussi impressionnant, tu parcours Paris-Nancy à vélo. Arrête Marie par pitié, je n’en peux plus tu m’as épuisée !

Lorsque tu fermes les yeux pour la dernière fois, le 14 décembre 1963, tu es une femme licenciée en lettres, tu pales sept langues, tu es titulaire de trente-quatre décorations dont la Légion d’honneur et la Croix de Guerre. Infatigable globe trotteuse, femme la plus extraordinaire du XXème siècle et la plus décorée au monde, ta vie est un tourbillon d’aventures qui donnerait le tournis aux plus vaillantes et vaillants d’entre nous.

Je n’ai aucun doute, chère Marie. Où que tu sois désormais, je suis certaine que tu continues de voler. Puisses-tu ne jamais replier tes ailes.

Je ne te connaissais pas Marie Marvingt, maintenant si et je ne t’oublierai pas

Portrait rédigé par Gwendoline Maziere

 

 

 

 

 

 

 

 


En savoir plus sur Chères oubliées

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

, ,

Publié par


Laisser un commentaire