Yosano Akiko (1878 – 1942): « Forêt de Fontainebleau », « Ne donne pas ta vie » et « Cheveux emmêlés »

Yosano Akiko (1878 – 1942) était une poétesse japonaise. Elle est considérée comme une des premières féministes du pays, et y a fondé la première école mixte. Elle publie des textes et des recueils de poésie audacieux, célébrant la sensualité féminine ou affirmant ses positions féministes et pacifistes.

Voici quelques-uns de ses poèmes:
– « Forêt de Fontainebleau » écrit à l’occasion d’un séjour en France
-« Ne donne pas ta vie » écrit en 1904 pour protester contre le recrutement de son petit frère dans la guerre russo-japonaire
– Une série de tanka, de courts poèmes sans rimes, de 31 mores sur cinq lignes. Ils sont issus de son recueil « Cheveux emmêlés »

 

Forêt de Fontainebleau

Les chants d’automne résonnent avec une douceur triste
dans la profondeur des forêts de bouleaux et de hêtres.
Ecoutant ces chants, nous allons causer,
causer tranquillement… tranquillement…

Sont-ce des laques japonaises rouges, fanées
ces feuilles d’or arrachées ?
Elles tombent, ces feuilles, sans que le vent souffle.
Ne vous débarrassez pas de ces feuilles si elles tombent sur votre kimono.
Un petit papillon blanc vole aussi et descend avec légèreté,
comme les feuilles.
Il descend vers le sol, sur les herbes violettes et pointues,
qui frissonnent…

Dormez-vous ?… dormez-vous, papillon danseur des premiers jours d’été ?
Dormez-vous, car vous êtes las ?
Nous, nous cheminons le long d’un sentier étroit,
et nous causons affectueusement, doucement encore…
Oh ! il y a des sources cachées sous les rochers
et qui chantent « coro ! coro ! »… une tendre chanson !
l’eau de la source chante, c’est certainement pour nous…
Mon ami !… ne parlez plus !…

Ne donne pas ta vie

Oh, mon frère, je pleure pour toi
Ne donne pas ta vie
Dernier né de la famille
Tu es le mieux-aimé de mes parents
T’ont-ils fait empoigner le sabre
Et enseigné à tuer?
T’ont-ils élevé jusqu’à tes 24 ans
En te disant de tuer et de mourir?

Des nombreux magasins de Sakai
Notre famille a l’un des plus grands
Tu seras le propriétaire
Ne donne pas ta vie
Que le fort de Ryojun soit détruit ou non,
quelle différence?
Tu ne connais pas ces règles
Qui existent chez nous, les commerçants

 

Cheveux emmêlés

Si pour l’éprouver,
Vous tentiez de toucher à
Des lèvres jeunes,
Vous verriez combien est froide
La rosée des lotus blancs !

*

Toi qui n’as jamais
Touché une peau douce
Où coule un sang chaud,
Ne te sens-tu pas triste
Et seul, à prêcher la Voie ?

*

« Dans ma solitude
Cent vingt lieues sans réfléchir
J’ai fait pour venir »
Si lui m’arrivait ainsi,
Combien heureuse je serais !

*

Chemin de campagne
Où fleurissent écarlates
Des fleurs inconnues
Surtout ne vous pressez pas,
Promeneur au parapluie !

*

De la chambre d’à côté
Jusqu’à moi de temps en temps
S’échappait ton souffle
La même nuit je fis le rêve
De brassées de pruniers blancs

*

Ni mot ni poème
À qui je désire confier
Mes pensées profondes
En ce jour en cet instant,
Seul de mon cœur à ton cœur

*

Instable nuage
Qui laisse flotter sa traîne
Dans les tons de mauve
Ici le rêve d’une pivoine
Dans le calme de midi

*

Il m’a invitée
Mais dans son adieu ma main
Il laisse glisser
Suave dans l’obscurité
L’odeur de son vêtement

*

Ignorant la Voie
Insouciants de l’avenir
Méprisant la gloire,
Seuls ici s’aimant d’amour
Toi et moi nos deux regards

*

Mon amant malade
J’enroule mon bras fragile
Autour de sa nuque
J’ai tant envie d’embrasser
Chaude sa bouche fiévreuse

*

En cadeau de lui
Seules ces herbes sans nom
D’un violet trop pâle
Pour un lien trop pâle aussi
Je mourrai dans ce sanglot


En savoir plus sur Chères oubliées

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Publié par


Laisser un commentaire