Oodgeroo Noonuccal (1920 – 1996): « Ségrégation », « Mon fils » et « Mungarlowe »

Oodgeroo Noonuccal (1920-1996). Née Kathleen Ruska, elle était une poétesse, artiste et militante politique australienne. Elle se battit notamment pour les droits des peuples autochtones. Elle est la première autochtone australienne à publier un livre.

Voici trois de ses poèmes traduits en français, « Ségrégation », « Mon fils » et « Mongarlowe »

Ségrégation

Je suis noire de peau parmi les blancs,
Et je suis fière,
Fière de ma race, fière de ma peau.
Je suis pauvre et brisée,
Vêtue de haillons, tombés du dos de l’homme blanc,
Mais ne croyez pas que j’en aie honte.
Les lances ne purent rivaliser avec les armes à feu
et nous fûmes dominés,
Mais il y a des choses qu’ils ne purent piller et détruire.
Nous fûmes conquis, mais pas soumis,
Nous fûmes contraints, mais jamais serviles.
Ne pensez pas que je m’incline comme les blancs
s’inclinent devant les blancs.
Je suis orgueilleuse,
Bien qu’humble et pauvre, et sans logis…
L’égale du Christ.

Mon fils

Je pourrais te raconter le désespoir, la haine aveugle,
Je pourrais te raconter des crimes honteux et inhumains,
Les calomnies et les brutalités,
Les viols et les meurtres, mon fils ;
Mais je te raconterai au contraire le courage et le bien
Quand les vies des blancs et des noirs se mêlent,
Et les hommes s’unissent comme des frères –
Voilà ce que je te dirais, mon fils.

Mongarlowe

O Terre Vierge
Je t’entends crier de douleur
Alors que tu te tournes et te retournes,
Me niant
Le sommeil dont j’ai tant besoin.
Violée par l’homme
Dans le passé violent,
Il t’a laissée
En sang, en larmes,
Provoquant en toi
Des menstruations
Irrégulières.
Les gommiers se tordent,
Ils versent des larmes d’eucalyptus,
Qui se mêlent à ton sang
Pénétrant, affligeant ton âme déchirée.
Au bord du ruisseau une lubra pleure.
Monuments spectraux
A ta virginité perdue.


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