Pankhuri Sinha, « La fille aux grand yeux » et « Ce poème encore »

Pankhuri Sinha est une poétesse indienne de langue anglaise et hindi. En 2007, alors qu’elle travaillait à l’université de Buffalo aux Etats-Unis, celle-ci l’a remise aux mains des services d’immigration américains, ce qui lui valut de connaître la prison. Elle raconta cette douloureuse expérience dans son recueil Prison Talkies publié en 2013.

Voici deux de ses poèmes en française et en version originale, « La fille aux grand yeux » et « Ce poème encore »

La fille aux grands yeux

 Fait mal
Fait très mal
Tout simplement, tout platement mal
Sombrement, infiniment mal
Qu’au fin fond d’eux-mêmes
Voire à la surface
À la vue de tous
Tous brûlaient de l’envie de tuer
Entretenaient en secret
Dissimulaient
Dans une fissure enfouie
Le voeu que la fille trébuche, chute
Perde gros
Soit morte
Ou pas loin
Finies pour elle
Ses années de fertilité
Elle sera stérile
Perdra tout
La fille aux grands yeux, au regard fixe
La fille au grand regard creux
Ils le savaient tous
Le dissimulaient
Comme le goût du sang
Camouflé en rectitude
Comme le goût du sang
De ceux qui jamais ne tiendraient un fusil
Un couteau
Un marteau
Mais conspirent
Complotent
Ils lui suggéraient
Toujours la mauvaise question
Le mauvais choix
La mauvaise voie
Sur laquelle s’engager, aller voir
Esprit libre
D’aller vérifier, déroutée
Cogiter, scruter
Avec ses grands yeux vides
Vitreux désormais
Totalement exempts du goût du sang
Présent dans le regard de tous les autres.

 

Ce poème encore  

 J’ai encore ce poème en moi
Sans pouvoir l’écrire
Qui pourrait composer ainsi
Comment
Poétiser
Dans ces affres
Avec le temps
Dont sont braquées sur soi
Les griffes d’acier
Perpétuelle conversation sur la pluie et le beau temps
Dès qu’on bouge
Alors que le temps contrôle presque
Tous les mouvements
Sans comprendre
Sans comprendre du tout
Ce que le temps est au pauvre
Est au riche
Ce qu’est le temps en temps de guerre
Ce que le temps devrait être
Ou qu’il fut si beau
Surtout la neige
Et puis n’est plus.

The girl with the big eyes

Hurts
Really hurts
Plainly and simply hurts
Darkly and deeply hurts
That deep within
Or even on the surface
Easily visible
Everybody was wanting the pleasure of the kill
Was secretly harboring it
Hiding it
In some crevice inside
That ultimately the girl will trip and fall
She will simply loose it big
Be dead
Or some place close to it
It will all be over for her
The years of baby making
And she will be left barren
She will be left with nothing
The girl with big staring eyes
The girl with big empty eyes
They all knew it
And kept it hidden
Like the pleasure of the kill
Disguised in being right
Like the pleasure of the kill
For those who would never lift a gun
Or a knife
Or a hammer
Just do it plotting
Conspiring
Forever
Presenting her with the wrong turn
The wrong question
The wrong path
For her to see and walk
A creature of free spirits
To look, to bemuse
To ponder, to peruse
With her big empty eyes
Vacant now
Totally devoid of that pleasure of kill
That everybody else’s eyes had.

 

Still that poem

I still have that poem inside me
But cannot write
No one can write poetry like this
Its impossible
To write poetry
In so much pain
With the weather
Being made to hit you
With claws of steel
An ever present weather talk
With every move
When it almost controls
All movements
Not understanding
Not understanding at all
What the weather is to the poor man
And the rich man
What the weather is in times of war
And what the weather should be
How the weather was once lovely
Specially the snowfall
And is no more.

 

 

 

 


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