
Elizabeth Barret Browning est née en 1806, dans le nord de l’Angleterre. Sa vie bascule à la fin de son adolescence quand elle est frappée par une paralysie, sans doute d’origine psychologique, aggravée par la perte de sa mère en 1828 et de son frère préféré en 1840.
Elle vit alors en recluse, soumise à un père tyrannique envers ses enfants auxquels il souhaite imposer le célibat.
Mais les poèmes qu’elle publie en 1844 éblouissent le poète Robert Browning, avec qui elle entame une correspondance amoureuse. Au bout de deux ans, ils se marient clandestinement et s’enfuient en Italie, où ils vivront jusqu’à la mort d’Elizabeth en 1861.
Miracle de l’amour, elle y retrouvera la santé et aura même un enfant en 1849, à l’âge de 43 ans.
Le texte ci-dessous est issu de ses « sonnets portugais », dans lesquels elle chante son amour pour Robert Browning. La traduction est signée Clara Malroux. Vous pouvez aussi l’entendre lu ici, avec un autre de ses sonnets.
Comment je t’aime
Comment je t’aime ? Que j’en compte les façons.
Je t’aime aussi profond, aussi haut et large
Que mon âme peut aller, cherchant à tâtons
Les fins de l’Être et de la Grâce idéale.
Je t’aime à la mesure du besoin quotidien
Le plus paisible, au soleil et à la bougie ;
Je t’aime librement, comme on se bat pour la Justice ;
Je t’aime purement, comme on dédaigne l’Eloge.
Je t’aime avec la passion que je mettais jadis
Dans mes chagrins, avec la foi de mon enfance.
Je t’aime avec l’amour que j’avais cru perdre
En perdant mes morts sacrés – je t’aime avec le souffle,
Les rires, les pleurs de toute ma vie ! – et, si Dieu veut,
Je ne t’en aimerai que mieux après la mort.
Et voici le texte original
How do I love thee? Let me count the ways.
I love thee to the depth and breadth and height
My soul can reach, when feeling out of sight
For the ends of being and ideal grace.
I love thee to the level of every day’s
Most quiet need, by sun and candle-light
I love thee freely, as men strive for right;
I love thee purely, as they turn from praise.
I love thee with the passion put to use
In my old griefs, and with my childhood’s faith.
I love thee with a love I seemed to lose
With my lost saints. I love thee with the breath,
Smiles, tears, of all my life; and, if God choose,
I shall but love thee better after death.
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