Journaliste, professeure et poétesse brésilienne, Cecilia Meireles est considérée comme l’une des poétesses les plus importantes de la langue portugaise et l’un des grands noms du modernisme brésilien. Ce courant artistique né dans les années 1920 rompt avec l’art académique et traditionnel des élites brésiliennes qui a dominé le 19ème siècle, en s’inspirant des mouvements artistiques avant-gardistes européens.
Voici trois de ses poèmes que je trouve magnifique, « Bord de mer », « Guerre » et « Futur », le dernier également en version original
Bord de mer
J’habite les sables,
de hautes écumes : les navires
traversent mes fenêtres
comme le sang dans mes veines,
comme les petits poissons des rivières…
Ils n’ont pas de voiles et ils ont des voiles ;
et la mer a et n’a pas de sirènes ;
et je navigue et je suis figée,
je vois des mondes et je suis aveugle,
parce que c’est une maladie de famille,
être faite de sable, d’eau, d’île…
Et même sans bateau navigue
qui dans la mer a son destin.
Que Dieu te protège, Cecília,
car tout n’est que mer – et rien d’autre.
Il y a tant de sang
que les fleuves se détournent de leur rythme,
l´océan délire
et repousse son écume rouge.
Il y a tant de sang
que la lune elle-même se lève. Effroyable,
errant en des endroits tranquilles,
somnambule aux halos rouges,
le feu de l´enfer dans ses cheveux.
Il y a tant de morts
que les visages eux-mêmes, côte à côte, ne se reconnaissent pas,
et les morceaux des corps sont là comme des épaves sans emploi.
Oh, les doigts et leurs alliances perdus dans la boue…
les yeux qui ne cillent plus devant la poussière…
Les bouches aux messages égarés…
Le coeur jeté aux vers, sous les épais uniformes…
Il y a tant de morts
que les âmes seules formeraient des colonnes,
les âmes dégagées… — et atteindraient les étoiles.
Et les machines aux entrailles béantes,
et les cadavres encore armés,
et la terre avec ses fleurs qui brûlent,
et les fleuves effarés, zébrés comme des tigres,
et cette mer folle pleine d´incendies et de naufrages,
et la lune hallucinée de tout ce dont elle a témoigné,
et vous et nous, indemnes,
pleurant sur des photos,
tout n´est qu´échafaudages qui se dressent et s´effondrent
parmi les temps longs,
rêvant d´architectures.
Maria Grazia dite Lella Lombardi, 1941 – 1992, italienne, pilote de course automobile
Chère Lella,
Nous sommes le 27 avril 1975, sur le circuit de Montjuic, la célèbre colline de Barcelone. Sur la grille de départ, 25 fauves d’acier s’apprêtent à dévorer l’asphalte. Niki Lauda, au volant de sa Ferrari, est en pole position. Tu es reléguée dans l’anonymat de la dernière ligne, à la 24ème place. Pourtant, un peu moins de 45 minutes plus tard, tu vas écrire l’histoire de la course automobile. Au même moment, la mort, qui aime à rôder aux abords des circuits, va frapper à cinq reprises.
Tu es née le 26 mars 1941 à Frugarolo, un petit village du Piémont, dans le nord-ouest de l’Italie. Ta passion pour la course automobile naît d’une histoire de nez cassé, l’année de tes 13 ans. Lors d’un match de handball, un sport où tu excelles, tu reçois un violent coup au visage, qui te fracture le nez. L’adversaire qui t’a blessé t’amène à l’hôpital au volant de son Alfa Roméo. Grisée par la vitesse, te voilà mordue et rien ne pourra te détourner de ton incroyable destin.
Mais venant d’un milieu modeste, tu dois multiplier les petits boulots pour financer ta première saison de karting en 1965. Très vite, tu multiplies les victoires, ton talent et ton intrépidité te valant le surnom de tigresse de Turin. Tu gravis un à un les échelons des catégories, malgré les moqueries de tes homologues masculins. Eux qui aiment à affirmer que les femmes ne sont pas faites pour conduire, ils sont bien embêtés de te voir les battre systématiquement. C’est donc que tu n’es pas une vraie femme, aiment-ils à ricaner entre eux. Mais tu n’as pas de temps à perdre avec ces idiots misogynes, tu sais ce que tu vaux, et ce que tu veux. Et ce que tu veux bien sûr, c’est piloter en catégorie reine, la Formule 1.
Tu participes à ton premier grand prix sur le circuit de Brands Hatch, en Grande-Bretagne, au mois de juillet 1974. Tu fais forte impression pendant les essais, mais une casse de boite de vitesse te prive de la qualification.
Ce n’est que partie remise. Dès ta première course de la saison 1975, en Afrique du Sud, au volant d’une March, tu deviens la deuxième femme à te qualifier pour le départ d’un Grand Prix, après Maria Teresa de Filippis en 1958. Un problème d’alimentation de ta monoplace te contraint à l’abandon, mais la gloire n’est plus très loin.
Avril 1975, nous voilà de retour à Barcelone. L’Espagne vit le crépuscule du régime de Franco. Après l’Argentine, le Brésil et l’Afrique du Sud, le Grand Prix d’Espagne est le quatrième d’affilé à se courir dans une dictature. Mais peu importe, hier comme aujourd’hui le sport business ne fait pas de politique et se soucie fort peu des droits de l’Homme.
Le circuit de Montjuic est aussi spectaculaire qu’il est dangereux. La sécurité est aux abonnées absentes, avec des barrières de protection qui, mal fixées, menacent de céder au premier impact. Les pilotes automobiles ont l’habitude de danser avec la mort, mais cette fois la valse est vraiment trop risquée.
Alors le vendredi, ils refusent de prendre le départ des essais. L’organisation s’affaire toute la nuit pour réparer les barrières, mais le problème est loin d’être réglé le samedi matin, entraînant un nouveau refus des pilotes. Face au risque de devoir annuler le Grand Prix, les organisateurs menacent les écuries de les attaquer en justice et de faire confisquer le matériel par la guardia civil. Ambiance ambiance dans les padocks. Les pilotes n’ont alors pas d’autre choix que de reprendre le volant pour les qualifications, remportées donc par Niki Lauda et dont toi, chère Lella, tu te classes 24ème.
Tout ce beau monde se retrouve le dimanche matin pour le départ de la course, à l’exception du brésilien Emerson Fittipaldi qui a refusé de prendre le volant en raison des mauvaises conditions de sécurité. Les choses se gâtent dès le départ, avec un énorme carambolage contraignant Niki Lauda à l’abandon dès le premier tour, après que sa Ferrari ait pris feu.
Au fil des tours, les abandons se poursuivent suite à des accrochages ou des casses mécaniques, te permettant de remonter place après place. Mais c’est au 26ème tour que le drame va se produire. L’aileron arrière de la Hill de Ralf Stommelen se détache. Complétement déséquilibrée, la voiture de l’Allemand décolle sur une bosse, heurte le côté intérieur de la piste avant d’être renvoyée vers l’autre versant. La voiture vole au-dessus du rail de sécurité et vient s’écraser dans la foule. Quatre personnes sont tuées sur le coup, une cinquième succombera à l’hôpital de ses blessures. Stommelen lui échappe miraculeusement à la mort, mais la faucheuse aura sa revanche 8 ans plus tard, en 1983. Sur le circuit de Riverside, à Los Angeles, à 300 km/h, il perd le contrôle de sa Porche, de nouveau suite à une perte d’aileron arrière.
A Barcelone, la course est finalement arrêtée au 29ème tour et les positions sont figées. Comme moins des deux tiers de la course ont été parcourus, les points attribués sont divisés par deux, une première dans l’histoire de la Formule 1. Ta 6ème place te vaut donc de recevoir un demi-point. Demi-point que t’aurais bien ravi Alain Prost presque 10 ans plus tard, pour gagner son premier championnat du monde face à Niki Lauda. Malgré une 7ème place au Grand Prix d’Allemagne 1975, ce seront les seuls points de ta carrière, et c’est donc toi, chère Lella, qui possède le record du plus petit nombre de points inscrits en Formule 1.
Ta carrière de pilote de Formule 1 s’achève en 1976, et c’est surtout dans les courses d’endurance où tu te feras un nom. En 1977, tu termines 11ème des 24 heures du Mans avec la Belge Christine Beckers, ce qui reste encore à ce jour le deuxième meilleur résultat d’une équipe féminine. En 1979, tu deviens la première femme à remporter la victoire dans une course de la Fédération Internationale d’Automobile, lors des 6 heures de Pergusa en Italie.
En 1988, après plus de 20 ans de compétition, tu décides de prendre ta retraite pour fonder une entreprise de management sportif. Mais en 1992, tu es finalement vaincue par un cancer du sein contre lequel tu auras courageusement lutté pendant sept années. Le 3 mars, dans une clinique de Milan et à quelques jours de ton 51ème anniversaire, tu es définitivement contrainte à l’abandon.
En racontant ton histoire, chère Lella, je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi l’histoire de la Formule 1 ne raconte pas de duels épiques entre Divina Gallica et Désiré Wilson ou entre Giovanna Amati et Teresa de Fillipis. A l’image de ce légendaire Grand Prix du Brésil en 2008, dernière course de la saison et où Lewis Hamilton est venu remporter son premier titre de champion du monde dans le dernier tour, au nez et à la barbe du local Felipe Massa. Posons la question qui fâche, est-ce que les femmes conduisent moins bien que les hommes?
Je ne vais pas faire l’inventaire des expressions débiles de machisme de la langue française, on y passerait la journée. Mais celle qui a donné son titre à ton portrait mérite certainement la pole position. “Femme au volant, mort au tournant”, mais de qui se moque-t-on? Est-il donc besoin de rappeler que 80% des accidents mortels sont causés par un homme? Et que quand une femme meurt en voiture c’est souvent parce qu’elle était assise à la place de la morte? Faudra-t-il se résoudre à afficher à l’arrière des voitures conduites par des hommes un H, à l’image du A des apprenti·es conducteurices?
Et je ne parle pas de cette banale violence du quotidien. Je sors des statistiques sourcées mais je n’ai pas mémoire d’une conductrice en qualifiant un· e autre de pétasse, enculé ou autre douceur fleurie couramment entendue dans la bouche de ces messieurs, bien souvent avec leurs enfants assis sur la banquette arrière. J’ai une théorie personnelle qui dit qu’un homme perd instantanément 30 points de QI lorsqu’il s’installe au volant d’une voiture. Et comme certains d’entre nous partent d’assez bas…
Dans un passionnant épisode des couilles sur la table, Tal Madesta et Marie-Axelle Granié nous expliquent que ces différences de comportement entre conducteurs et conductrices sont très liées à l’éducation que nous recevons. Là où nous expliquons aux filles qu’elles doivent se montrer prudentes, on apprend aux garçons que leur virilité se mesure à leur capacité à prendre des risques. Hé bien c’est la même chose au volant d’une voiture. Allez, je peux conduire avec quatre verres de vin dans le nez, mais si ça le fait pour dépasser ce camion, le prochain virage je le passe sans freiner !
Alors non messieurs, nous ne sommes ni Max Verstappen ni Vin Diesel dans Fast and Furious. Donc s’il vous plaît, pour nous, pour nos femmes et nos enfants, mollo sur l’accélérateur et gardons les deux mains sur le volant. Et encore mieux, laissons le volant à nos compagnes, cela nous permettra de lire tranquillement les portraits de Lella Lombardi et des autres oubliées.
Je connaissais Michael Schumacher, Fernando Alonso et Ayrton Senna, mais je ne te connaissais pas, Lella Lombardi. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Adrienne Riche (1929 – 2012), était une poétesse et théoricienne féministe américaine. une part importante de son œuvre est consacrée à son lesbianisme et à son engagement contre l’hégémonie de l’hétérosexualité comme seule norme sociale de la sexualité.
Elle a aussi écrit cette phrase magnifique que j’ai découverte dans le cinquième et dernier épisode du podcast « C’est quoi l’amour maîtresse? »
« Quand quelqu’un avec l’autorité d’un enseignant décrit le monde et que tu ne t’y retrouves pas, il y a un moment de déséquilibre psychique, comme si tu te regardais dans un miroir sans t’y voir »
Ce texte est issu du recueil Midnight Salvage, Poems 1995 – 1998, dans une traduction inédite de Thibaut von Lennep. C’est un hommage au poète surréaliste René Char, et à son engagement dans la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale
Char
1
Il y a des fougères il y a la mûre noire il y a le village où nul villageois n’a survécu il y a les hitlériens il y a les gardes forestiers qui nourrissent les partisans du maigre contenu des garde-manger
il y a la lune en feu dans chacun de ses quartiers il y a la lune « d’étain et de sauge » et des pilotes invisibles qui larguent des présents explosifs dans des prés de brume et de grillons il y a le coucou et le tout petit serpent
il y a le couvert mis à tous les repas pour la liberté dont la place demeure vide les jeunes hommes qui vaquent à leurs passions nouvelles (Aimez au même moment qu’eux les êtres qu’ils aiment)
L’obscurité, le code, l’existence invisible d’une grive dans les roseaux, le poète qui veille tandis que s’en vont les taches de sang du revolver, dans le seau Rouge-gorge, votre chant fait s’ébouler des souvenirs
Horrible journée… Peut-être l’a-t-il su, lui, à cet ultime instant ?
Ce village devait être épargné à tout prix…
Comment m’entendez-vous ? Je parle de si loin…
Les genêts en fleur nous dissimulaient derrière leur vapeur jaune flamboyante…
2
Cette guerre se prolongera au-delà des armistices platoniques. L’implantation des concepts politiques se poursuivra contradictoirement, dans les convulsions et sous le couvert d’une hypocrisie sûre de ses droits. Ne souriez pas. Écartez le scepticisme et la résignation et préparez votre âme mortelle en vue d’affronter intra-muros des démons glacés analogues aux génies microbiens.
Le poète en temps de guerre, le petit frère des surréalistes devenu réaliste (ce village devait être épargné à tout prix) tous les yeux portés sur lui dans les bois bondés de maquisards qui at- tendaient de lui le signal d’ouvrir le feu et de sauver leur camarade a répondu non de la tête et a regardé l’exécution de Bernard en sachant que descendre dans la rue et tirer au hasard est peut-être l’acte surréaliste le plus simple mais ne change jamais l’équilibre des forces et que les actes réels ne sont pas simples Le poète, susceptible d’exagération, évolue correctement dans le supplice
Sachant que la fin de la guerre ne signifierait pas la fin des microbes glacés en chaque âme les jeunes combattants pour la liberté amoureux de la Résistance animés d’un frisson pour la violence familiers comme sa propre joue sous la lame du rasoir
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Insoluble torrent de pluie de la conscience comme un écho du futur je veille pour toi ici près des roseaux d’Elkhorn Slough et de l’embouchure brunâtre de la Salinas River qui devient verte là où l’aigrette blanche pêche sur ses berges fragiles Guide hermétique dans la résistance je t’ai trouvé et t’ai perdu plusieurs fois dans ma vie Jamais tu n’as été que ce poète consterné et pétrifié par la guerre tu as pris des décisions terribles et délicates et cela n’a pas terni ton sens des limites Tu as vu des écureuils s’écraser de la cime de pins en feu lorsqu’a explosé la bombonne et pire et pire et tu avais la charge de chaque péril les motifs incendiaires des autres, tu en avais la charge ainsi que de ce besoin d’un courage enveloppé d’une délicatesse absolue et tu décidais et tu as vécu ainsi et tu as fait survivre la poésie à tes lèvres comme un brin de serpolet arraché d’un pré embrasé une petite branche de mimosa d’un pays pas encore dévasté Tu as gardé ton bon sens avec toi comme cela et comme ceci je veille pour toi
Et le texte original en anglais
Char
1
There is bracken there is the dark mulberry there is the village where no villager survived there are the hitlerians there are the foresters feeding the partisans from frugal larders
there is the moon ablaze in every quarter there is the moon « of tin and sage » and unseen pilots dropping explosive gifts into meadows of fog and crickets there is the cuckoo and the tiny snake
there is the table set at every meal for freedom whose chair stays vacant the young men in their newfound passions (Love along with them the ones they love)
Obscurity, code, the invisible existence of a thrush in the reeds, the poet watching as the blood washes off the revolver in the bucket Redbreast, your song shakes loose a ruin of memories
A horrible day…Perhaps he knew, at that final instant? The village had to be spared at any price… How can you hear me? I speak from so far… The flowering broom hid us in a blazing yellow mist…
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This war will prolong itself beyond platonic armistices. The implanting of political concepts will go on amid upheavals and under cover of self-confident hypocrisy. Don’t smile. Thrust aside both skepticism and resignation and prepare your soul to face an intramural confrontation with demons as cold-blooded as microbes.
The poet in wartime, the Surrealistes’ younger brother turned realist: the village had to be spared at any price all eyes on him in the woods crammed with masquisards ex- pecting him to signal to fire and save their comrade shook his head and watched Bernard’s execution knowing that the random shooting of a revolver may be the simplest surreal act but never changes the balance of power and that real acts are not [simple The poet, prone to exaggerate, thinks clearly under torture
knowing the end of the war would mean no end to the microbes frozen in each soul the young freedom fighters in love with the Resistance fed by a thrill for violence familiar as his own jaw under the razor
3
Insoluble riverrain conscience echo of the future I keep vigil for you here by the reeds of Elkhorn Slough and the born mouth of the Salinas River going green where the white egret fishes the fragile margins Hermetic guide in resistance I’ve found you and lost you several time sin my life. You were never just the poet appalled and transfixed by war you were the maker of terrible delicate decisions and that did not smudge your sense of limits. You saw the squirrels crashing from the tops of burning pines when the canister exploded and worse and worse and you were in charge of every risk the incendiary motives of others were in your charge and the need for a courage wrapped in absolute tact and you decided and lived like that and you held poetry at your lips a piece of wild thyme ripped from a burning meadow a mimosa twig from still unravaged country. You kept your senses about you like that and like this I keep vigil for you
Douce Dibondo est une journaliste et féministe française. D’origine congolaise, elle se définit en tant que femme noire, afroféministe queer radicale.
Ce texte est issue de son deuxième recueil, Infra/seum, une poésie fâchée avec tout le monde, publié en 2024
Elle a également écrit le livre La Charge Raciale, Vertige d’un silence écrasant, également publié en 2024
< raf >
j’en ai rien à foutre de la question sociale
j’en ai rien à foutre de la question raciale
je me demande seulement
comment les désosser de ma chair société
l’héritage de mon adn poubelle
à l’ombre des baobabs
l’éclat des ancêtres rugit derrière mes enclos
occupée à reconstruire un monde que je
hais,
le défaire me fait des nœuds aux os
l’illusion de l’action directe
ils disent : la violence est-elle nécessaire?
qui a encore le temps
pour cette question de boloss
je wanda : à quelle heure notre violence ?
c’est dans cette brèche que je veux
combattre
perdre le sens de la mesure des équilibres
imposés
j’idéalise pas grand-chose, juste le monde en
pratique
les luttes pauvres, noires et rouges
je fonds par vous, pour nous
comment s’auto-défendre,
poser des bombes avec mes mots ?
comment tuer le flic,
suicider le bourgeois en moi ?
comment ça va ? on est là hein
boulet de canon scié, ma tempe trouée de
souvenirs
l’amour des bas-fonds, mes bidonvilles
les spectres des révolté·es hantent
les communes, le béton, mes draps,
de ta rage dont sont tissés mes rêves
ça pue encore le venin j’y peux rien
la rumeur de ta libération est proche
c’est une enveloppe qui fait tout craindre
le soulèvement des divinités de la rue
les éclopé·es, les putes, les barbares en
naïveté
les klaxons dans brazza c’est la cacophonie
en résistance des gilets noirs
colère
dans molards poussiéreux d’espoir.
Innocents, nageons ensemble dans l’eau de mon rêve
Ta soif est vive, et mon jardin veille. Viens tremper tes lèvres
J’entends ton sang, qui appelle mon sang de ta langue à ma sève
Nourris ton corps avec mon corps, que le festin s’achèveMe boire à la source je crois
Qu’il n’y a pas de meilleur met pour toi
Blancheur de miel
Innocents, nageons ensemble dans l’eau de ton rêve
Ma faim est grande et tes voiles se tendent ton bateau se soulève
Entend mon sang, qui appelle ton sang de ma langue à ta sève
Nourris mon corps avec ton corps, que le festin s’achèveTe boire à la source je crois
Qu’il n’y a pas de meilleur met pour moi
Blancheur de miel
Connaissez-vous Cecilia Payne, Harriet Tubman et Alice Guy ? Ou bien Ching Shih, Brunehaut et Phulan Devi ? Ou encore Nancy Wake, Anita Conti et Nellie Bly ?
Il y a quelques mois encore, je n’en connaissais aucune. A vrai dire je n’avais même jamais entendu leur nom.
Et puis j’ai découvert certaines d’entre elles en écoutant avec ma fille le podcast « Les Odyssées » de France Inter, fasciné tout autant qu’elle par ces histoires incroyables. Un peu fâché aussi que personne ne me les ait racontées plus tôt. En poursuivant mes découvertes avec les lectures du livre « Les grandes oubliées » de Titiou Lecoq et de la bande dessinée « Culottées » de Pénélope Bagieu, je me suis rendu compte que pour chaque homme illustre de nos livres d’Histoire, il existait toujours une femme tout aussi courageuse, brillante et inspirante, mais que personne ou presque ne connaissait.
Sur la base de ce constat, nous avons décidé de lancer, avec d’autres salarié·es d’EDF Renouvelables, le projet « Chères Oubliées ». Notre objectif : mettre en lumière toutes les deux semaines une de ces femmes injustement oubliées par l’Histoire, dans le cadre d’un portrait rédigé par l’un·e d’entre nous.
Car comment penser et agir pour l’égalité entre les femmes et les hommes si nous et nos enfants ne bénéficions pas de rôle models féminins dans les sciences, les arts, le sport ou la politique?
Je n’ai pas peur de dire que ces femmes et leurs histoires ont changé ma vie. J’espère qu’elles changeront aussi la vôtre.
Si ces portraits vous plaisent, n’hésitez pas à les partager autour de vous, c’est le plus beau service que vous pouvez rendre à nos chères oubliées.
Bonne lecture, bonne écoute et au passage une merveilleuse année 2025 à toutes et à tous!
PS : Outre les ouvrages cités plus hauts, voici quelques ressources qui ont rendu possible la rencontre avec nos chères oubliées
J’aimerais te parler d’elles, de Sophie Carquain
Mère Lachaise, 100 portraits pour déterrer le matrimoine funéraire, de Camille Paix
Histoires du soir pour filles rebelles (tomes 1 et 2), Elena Favilli et Francesca Cavallo