Version audio du portrait

Mileva Maric, 1875 – 1948, physicienne serbe et allemande
Chère Mileva,
J’ai entendu parler de toi bien après la naissance des grandes théories scientifiques que tu as contribuées à construire, équation après équation. Tu es née le 19 décembre 1875 dans la région de Voïvodine, située dans l’actuelle Serbie mais qui fait encore partie à l’époque de l’empire Austro-Hongrois. Tu es une élève brillante et tu obtiens une autorisation spéciale pour intégrer les cours de physique, normalement réservés aux garçons. Tu étudies la physique à l’Institut Polytechnique de Zurich, où tu rencontres en 1896 un certain Albert Einstein. Méthodique et organisée, tu participes à la réussite d’Albert, canalisant son énergie dans de longues sessions de travail communes. Tu finiras tes études avec un meilleur score que lui : 4.7 contre 4.6 pour lui[1].
A la passion des sciences que tu partages avec Albert s’ajoute un profond sentiment amoureux, et vous décidez de vous marier. Mais ses deux parents s’y opposent fermement, te jugeant trop intellectuelle et estimant que leur fils devrait travailler avant de se marier.
En 1900quelques mois après la fin de votre parcours universitaire, vous vous installez à Zurich où Albert entame une thèse portant sur le calcul des dimensions moléculaires. A l’issue de celle-ci, il n’obtient malheureusement pas de poste d’assistant, contrairement à ses 3 confrères. Il est fort possible que sa liaison avec toi ait justifié cette injustice, du moins dans l’esprit du jury. Tout en donnant des leçons particulières pour vivre, vous écrivez un article sur la capillarité, qui ne sera publié que sous le nom d’Albert Einstein. Sans doute acceptes-tu ce premier effacement pour permettre à l’homme que tu aimes de se faire plus facilement un nom dans le domaine.
En 1901, tu retentes l’examen final de physique, qui te sera à nouveau refusé par le même enseignant qui avait privé Albert d’un poste de recherche. Décidément ce cher Monsieur n’a pas le couple Maric – Einstein à la bonne ! Tu apprends l’année suivante que tu attends un enfant, mais Albert refuse toujours de t’épouser. Tu rentres alors en Serbie auprès de ta famille, où tu donnes naissance à une petite Lieserl en janvier 1902. On a perdu la trace de ton premier enfant, dont on ne sait pas aujourd’hui si elle a été adoptée ou si elle est morte en bas âge.
Albert finit par se voir accorder en juin 1902 un poste à l’office des Brevets de Berne grâce au père d’un camarade de promotion, et vous obtenez en octobre de la même année pour vous marier. Le mariage est célébré en janvier 1903. Débute alors pour toi une longue période où tu porteras la charge du foyer et des deux autres enfants que tu auras avec Albert. Hans, né en 1904, et Eduard, en 1910. Albert lui travaille 8 heures par jours et 6 jours par semaine. Le soir est réservé à vos travaux communs, qui aboutiront en 1905 à la publication de 5 articles dont les célèbres effets photoélectriques et l’équation E=mc² sont issues. Encore une fois, tu travailles pendant plusieurs semaines à l’écriture comme à la relecture des articles, mais Albert n’aura pas la décence d’y intégrer ton nom.
En 1912, Albert débute une relation extra-conjugale qui entraine ton retour de Berne vers Zurich en 1914, et votre divorce en 1919. Maigre compensation pour tout ce que tu lui as sacrifié, Albert accepte que l’argent qu’il recevrait avec un éventuel Prix Nobel, qu’il obtiendra finalement en 1921, te soit reversé.
Tu continues de donner des cours particuliers pour subvenir à tes besoins et à ceux de tes deux fils, dont tu as bien entendu la garde. Entre la physique et ses enfants, le grand homme a fait son choix ! Tu devras te battre toute ta vie pour assurer votre survie financière, et payer les soins de ton fils cadet Eduard, atteint de schizophrénie.
La seule fois où tu oseras revendiquer ton rôle dans les découvertes d’Einstein, celui-ci t’écrira dans une lettre : « T’est-il jamais venu à l’esprit, ne serait-ce qu’une seconde, que personne ne prêterait la moindre attention à tes salades… Quand une personne est quelqu’un de complètement insignifiant, il n’y a rien d’autre à dire à cette personne que de rester modeste et de se taire. C’est ce que je te conseille de faire ». Merci Albert, la grande classe !
Ton génie d’ex-mari n’était vraiment pas étouffé par la gratitude. Il ne daignera même pas répondre à ta demande d’aide pour émigrer aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale avec Eduard. Et ce malgré le risque que le statut de fils de Juif faisait courir à ce dernier en cas d’invasion de la Suisse par les nazis.
Tu meurs totalement oubliée à Zürich le 4 août 1948, à l’âge de 72 ans, symbole de cet effet Matilda qui aura fait tant de ravages parmi les femmes de science. L’Histoire te rendra partiellement justice, finissant par reconnaître ton rôle essentiel dans les révélations scientifiques qui ont fait la célébrité éternelle d’Albert Einstein.
Tu es un exemple de persévérance et d’intelligence, tu as pris part à de grandes découverte en voulant faire valoir ton implication. Tout t’a été refusé parce que tu étais une femme et pourtant tu as continué de mettre ton esprit au service de la physique. Tu es enfin reconnue aujourd’hui comme une personne majeure et indissociable des découvertes d’Albert Einstein. Sa réussite et sa gloire sont tout autant les tiennes.
Je ne te connaissais pas, Mileva Maric. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.
Portrait rédigé par Margaux Legendre, de l’association Noa, les sciences pour toi.
[1] Les notes allaient de 1 à 5, 5 étant le plus haut.
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