
Susana Chávez (1974 – 2011) était une poétesse et militante des droits des femmes née et morte à Ciudad Juárez au Mexique. Selon Amnesty International, plus de 2000 femmes ont été victimes dans cette ville de féminicide, entre 1993 et 2008. La plupart de ces femmes étaient âgées de 13 à 25 ans, et travaillaient dans des maquiladoras, ces usines à bas coûts installées par les grandes entreprises à la frontière nord du Mexique. La grande majorité d’entre elles avaient aussi été violées et torturées avant d’être assassinées.
Le féminicide, théorisé pour la première fois en 1976 par Diana Russell lors du Tribunal international des Crimes contre les femmes, est le meurtre de femmes par des hommes pour la simple raison qu’elles sont des femmes. Aujourd’hui encore au Mexique, 10 femmes chaque jour sont victimes de féminicide. En France, c’est une tous les trois jours, un chiffre auquel il faut ajouter de très nombreux suicides forcés. Dans le monde, c’est une toutes les 11 minutes.
Susana Chávez ponctuait souvent ses récitations par ces quelques mots devenus depuis l’un des cris de ralliement de la cause féministe: « Ni una más », pas une de plus! Elle aussi est morte d’un féminicide, le 6 janvier 2011. Son corps a été retrouvé avec sur la tête un sac plastique qui avait servi à l’étouffer, et la main droite tranchée, celle avec laquelle elle écrivait ses poèmes.
Christelle Taraud a dédié à Susana son ouvrage majuscule « Féminicides, une histoire mondiale », la référence absolue sur le sujet.
Voici l’un de ses poèmes, « Notre sang », dans sa traduction française et en version originale
Notre sang
Mon sang,
d’aube,
de lune fendue,
de silence.
de roche morte,
de femme au lit,
se jetant dans le vide,
Ouverte a la folie.
Sang clair et défini
fertile semence
Sang incompréhensible qui tournoie,
Sang libération de lui même,
Sang rivière de mes chants,
Mer de mes abîmes.
Sang instant où je nais dans la douleur,
Nourri de ma dernière présence.
Sangre nuestra
Sangre mía,
de alba,
de luna partida,
del silencio.
de roca muerta,
de mujer en cama,
saltando al vacío,
Abierta a la locura.
Sangre clara y definida,
fértil y semilla,
Sangre incomprensible gira,
Sangre liberación de sí misma,
Sangre río de mis cantos,
Mar de mis abismos.
Sangre instante donde nazco adolorida,
Nutrida de mi última presencia.
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