Pernette du Guillet (1518 – 1545): « C’est une ardeur d’autant plus violente », « Cette clarté mouvante sans ombrage » et « Heureuse est la peine » et « Heureuse est la peine »

Pernette de Guillet (1518 – 1545) est une poétesse française. La plupart de ses poèmes furent découverts après sa mort par un ami de son mari, Antoine du Moulin, qui les publia de façon posthume sous le titre de Rymes de gentille et vertueuse dame. Il aurait pu appeler le livre « Rymes d’une grande poétesse ultra douée » mais on va se contenter du fait qu’il ne les a pas publiés à son nom.

Voici trois de ses poèmes, « C’est une ardeur d’autant plus violente », « Cette clarté mouvante sans ombrage » et « Heureuse est la peine » et « Heureuse est la peine ». Vous en trouverez de nombreux autres ici.

 

C’est une ardeur d’autant plus violente

C’est une ardeur d’autant plus violente,
Qu’elle ne peut par Mort ni temps périr :
Car la vertu est d’une action lente,
Qui tant plus va, plus vient à se nourrir.

Mais bien d’Amour la flamme on voit mourir
Aussi soudain qu’on la voit allumée,
Pour ce qu’elle est toujours accoutumée,
Comme le feu, à force et véhémence :
Et celle-là n’est jamais consumée :
Car sa vigueur s’augmente en sa clémence.

Celle clarté mouvante sans ombrage

Celle clarté mouvante sans ombrage,
Qui m’éclaircit en mes ténébreux jours,
De sa lueur éblouit l’œil volage
À l’inconstant, pour ne voir mes séjours :
Car, me voyant, m’eût consommé toujours
Par les erreurs de son errante flèche.

Par quoi l’esprit, qui désir chaste cherche,
En lieu de mort a eu nouvelle vie,
Faillant aux yeux – dont le corps souffrant sèche –
De mes plaisirs la mémoire ravie.

Heureuse est la peine

Heureuse est la peine
De qui le plaisir
À sur foi certaine
Assis son désir.
L’on peut assez en servant requérir,
Sans toutefois par souffrir acquérir
Ce que l’on pourchasse
Par trop désirer,
Dont en male grâce
Se faut retirer.

Car un tel service
Ne prétend qu’au point,
Qui par commun vice
L’honneur pique, et point.
Et ce travail en fumée devient
Toutes les fois, que la raison survient,
Qui toujours domine
Tout cœur noble, et haut,
Et peu à peu mine
Le plaisir, qui faut.

Mais l’attente mienne
Est le désir sien
D’être toute sienne,
Comme il sera mien.
Car quand Amour à Vertu est uni,
Le cœur conçoit un désir infini,
Qui toujours désire
Tout bien haut et saint,
Qui de doux martyre
L’environne, et ceint.

Car il lui engendre
Une ardeur de voir,
Et toujours apprendre
Quelque haut savoir :
Le savoir est ministre de Vertu,
Par qui Amour vicieux est battu,
Et qui le corrige,
Quand dessus le cœur
Par trop il s’érige
Pour être vainqueur.

C’est pourquoi travaille
En moi cet espoir,
Qui désir me baille
Et voir, et savoir.
Étant ainsi mon espoir assuré,
je ne crains point qu’il soit démesuré :
Mais veux bien qu’il croisse
De plus en plus fort,
À fin qu’apparoisse
Mon cœur ferme, et fort.

Et que toujours voie,
Travaillant ainsi,
Tenir droit la voie
D’immortel souci.
Si donc il veut en si haut lieu monter
Qu’il puisse Amour en la Mort surmonter,
Sa caduque vie
Devra soulager
D’une chaste envie
Pour l’accourager.

Ainsi m’accompagne
Un si haut désir
Que pour lui n’épargne
Moi, ni mon plaisir.


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