Nancy Wake, la souris blanche contre les nazis

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Nancy Wake, 1912 – 2011, australienne, journaliste et résistante

Chère Nancy,

Tu es née le 30 août 1912 à Wellington en Nouvelle-Zélande, ce pays que depuis tout petit j’appelle « le pays du bout du monde ». Tes parents, d’origine australienne, décident de retourner à Sidney, où tu passeras ton enfance. Mais vivre enfermée sur une île, aussi immense soit-elle, franchement – très peu pour toi. Alors à 16 ans à peine, c’est le grand départ : Vancouver, New-York et enfin Londres où tu poses tes valises en 1931.

Quand on a commencé à découvrir le monde, difficile de s’arrêter, et cette passion du voyage a certainement contribué à ton choix de devenir journaliste. Diplômée fin 1934, tu ne tardes pas à décrocher un poste de correspondante à Paris pour un groupe de presse américain… Chouette, encore un nouveau pays !

En vérité, l’époque n’est pas vraiment aux réjouissances, alors que des régimes totalitaires, misogynes et racistes prennent le pouvoir en Allemagne, en Italie et en Espagne. Tu pourras le constater de tes propres yeux grâce aux reportages que tu effectues en 1935 à Vienne puis à Berlin, où tu réalises une interview d’Adolf Hitler en personne. Confrontée aux horreurs du nazisme, tu te fais le serment de consacrer toutes tes forces à la lutte contre ce fléau.

Mais l’Amour se moque des turpitudes de l’Histoire, et en 1936 tu vas le rencontrer à Marseille en la personne d’Henri Fiocca, un jeune et riche industriel français. Vous vous mariez le 30 novembre 1939, un peu moins de trois mois après l’invasion de la Pologne par les troupes d’Hitler et la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne.

Lorsque Henri est mobilisé, tu t’engages comme ambulancière. Comme tu le diras plus tard « je ne vois pas pourquoi les femmes se contenteraient de tricoter des bonnets à leurs maris après leur avoir dit au revoir ». Clairement, ça calle le personnage.

Mais très vite c’est la débâcle de l’Armée Française face à la Wehrmacht, le Maréchal Pétain demande l’armistice le 22 juin 1940, et Henri et toi retournez vous installer à Marseille. Vous n’allez pas vous y ennuyer très longtemps car très vite, vous rejoignez la Résistance au sein du réseau Pat O’Leary, de son vrai nom Albert Guérisse.

Tiens petit aparté, savais-tu, chère Nancy, que ce mot de Résistance qui charrie tant de légendes et de grands exploits a été proposé par une femme, Yvonne Oddon ? C’est quand même fou tout ce qu’on apprend quand on commence à chercher un peu.

Mais revenons à tes moutons, chère Nancy. Avec courage et détermination, tu te lances dans des missions de plus en plus périlleuses : transporter des courriers, recueillir des pilotes anglais abattus lors de leurs missions puis les aider à regagner l’Angleterre, et même organiser l’évasion d’un capitaine britannique, Ian Garrow, le 8 décembre 1942. C’est à cette époque que la terrible Gestapo, qui cherche à t’arrêter sans arriver à connaître ton identité, t’attribue le surnom de « souris blanche ». Il faut dire que tu ne cesses de leur filer entre les doigts, n’hésitant pas à utiliser ton charme naturel pour détourner l’attention des soldats allemands. C’est souvent le problème de beaucoup d’hommes, quand ils rencontrent une jolie femme, ils ne voient pas une scientifique, une exploratrice, une écrivaine ou une espionne, ils voient surtout une jolie femme. Mais bon, pour une fois que ça sert à quelque chose…

Malheureusement personne n’échappe éternellement à la Gestapo, et tu es arrêtée le 2 mars 1943, en même temps que le chef de ton réseau, Albert Guérisse. Tu es torturée pendant plusieurs jours mais heureusement, les Allemands ne parviennent pas à établir ta véritable identité, et tu es finalement libérée, avant de parvenir à rejoindre l’Espagne puis l’Angleterre. Ton cher Henri lui n’aura pas cette chance, il meurt en détention le 16 octobre 1943. Mais cela, pauvre Nancy, tu ne l’apprendras que bien plus tard, après la fin de la Guerre.

Hors de question de te reposer sur tes lauriers en Angleterre. Après avoir suivi un entraînement intensif, tu deviens agente secrète pour le Special Operations Executive, qui ne tarde pas à t’envoyer en France, sous le nom de code « Witch ». Entre souris blanche et sorcière, je ne sais pas quel pseudonyme te plaisait le plus.  Ta mission, être l’agente de liaison du réseau Hubert en Auvergne. Fort de plusieurs milliers de combattant.es, ce réseau prépare le soulèvement armé qui coïncidera avec le débarquement allié en Normandie.

Impossible de faire la liste de tes actes de bravoure, mais je ne résiste pas à l’envie de raconter celui-ci. Alors que ton groupe a perdu sa radio lors d’un raid allemand, tu parcours d’une traite 400 km en vélo pour en dénicher une nouvelle dans une zone truffée d’ennemis, et la ramener dans le maquis. 400 km c’est grosso modo deux étapes du tour de France, sachant que nos cyclistes du 21ème siècle ont un matériel un peu plus poussé que le tien et n’ont pas à échapper à des soldats nazis.

Tu n’hésites pas non plus à prendre toi-même les armes, comme ce 15 juin 1944 où tu mènes l’assaut du local de la Gestapo à Montluçon. Nancy Wake guidant le maquis d’Auvergne, ça ferait un sacré tableau de Delacroix !

C’est en Angleterre, où tu es rentrée à la fin de l’été 1944, que tu vivras l’Armistice et que tu apprendras la mort de ton grand amour Henri. Impossible de savoir si tu as continué tes activités d’espionne pour les services secrets après la Guerre, mais nul doute que tu n’auras cessé de mettre ton courage et ton intelligence au service de la justice et de la liberté.

Tu es morte le 7 août 2011 à Londres. Le 10 mars 2013, conformément à ta volonté, tes cendres sont dispersées à Verneix, dans ce maquis d’Auvergne où tu t’étais si courageusement battu. Une stèle y est apposée, je me suis promis d’y faire une halte lors de mon prochain séjour dans la région.

Ultime hommage pour toi qui en aura connu beaucoup, un astéroïde découvert en 1999 a été baptisé Wake en ton honneur. En levant les yeux vers le ciel, j’aime à t’imaginer, chère Nancy, traverser l’espace à 150 millions de kilomètres, quelque part entre Mars et Jupiter.

Je connaissais Jean Moulin, mais je ne te connaissais pas, Nancy Wake. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.

 

Portrait rédigé par Guillaume Dufresne

 

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