Les dames des roches, Madeleine (1520 – 1587) et Catherine (1542-1587)

Madeleine des Roches (1520 – 1587) et sa fille Catherine (1542 – 1587) sont deux écrivaines féministes de la Renaissance, contemporaines de Ronsard et qui furent au centre d’un cercle littéraire à Poitiers entre 1570 et 1587. Elles moururent toutes les deux le même jour, emportées par la peste.

Le premier poème est de Madeleine, les deux autres de Catherine.

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Nos parents ont la louable coutume,
Pour nous tollir l’usage de raison,
De nous tenir closes dans la maison
Et nous donner le fuseau pour la plume.
Traçant nos pas selon la destinée
On nous promet liberté et plaisir ;
Et nous payons l’obstiné déplaisir
Portant la dot sous les lois d’hyménée…
Il faut soudain que nous changions l’office
Qui nous pouvait quelque peu façonner.
Ou les maris ne nous feront sonner
Que l’obéir, le soin et l’avarice.
Quelqu’un d’entre eux ayant fermé la porte
À la vertu, nourrice du savoir.
En nous voyant craint de la recevoir
Pource qu’ell’ porte habit de notre sorte…
Les plus beaux jours de nos vertes années
Semblent des fleurs d’un printemps gracieux,
Pressé d’orage et de vent pluvieux.
Qui vont borner les courses terminées.
Au temps heureux de ma saison passée
J’avais bien l’aile unie à mon côté ;
Mais en perdant ma jeune liberté,
Avant le vol ma plume s’est cassée…

A ma quenouille

Quenouille, mon souci, je vous promets et jure
De vous aimer toujours, et jamais ne changer
Votre honneur domestiqu’ pour un bien étranger
Qui erre inconstamment et fort peu de temps dure.

Vous ayant au côté, je suis beaucoup plus sûre
Que si encre et papier se venaient arranger
Tout à l’entour de moi : car, pour me revenger,
Vous pouvez bien plutôt repousser une injure.

Mais, quenouille, ma mie, il ne faut pas pourtant
Que, pour vous estimer, et pour vous aimer tant.
Je délaisse de tout cette honnête coutume

D’écrire quelquefois : en écrivant ainsi,
J’écris de vos valeurs, quenouille, mon souci.
Ayant dedans la main le fuseau et la plume.

La puce

Petite puce frétillarde
Qui d’une bouchette mignarde
Suçotez le sang incarnat,
Qui colore un sein délicat,

Vous pourrait-on dire friande
Pour désirer telle viande ?
Vraiment nenni, car ce n’est point
la friandise qui vous poingt :
Et vous n’allez à l’aventure
Pour chercher votre nourriture,
Mais pleine de discrétion,
D’une plus sage affection,

Vous choisissez place honorable
Pour prendre repas agréable.
Ce repas seulement est pris
Du sang, le siège des esprits :
Car désirant être subtile.
Vive, gaie, prompte et agile,
Vous prenez d’un seul aliment
Nourriture et Enseignement.
On le voit par votre allégresse
Et vos petits tours de finesse.
Quand vous sautelez, en un sein

Fuyant la rigueur d’une main.
Quelquefois vous faites la morte,
Puis d’une ruse plus accorte
Vous fraudez le doigt poursuivant
Qui pour vous ne prend que du vent.
Oh ! Mon Dieu ! de quelle manière
Vous fuyez cette main meurtrière
Et vous cachez aux cheveux longs,
Comme Syringue entre les joncs.
Ah ! que je crains pour vous, mignonne,
Cette main superbe et félonne !
Hé ! pourquoi ne veut-elle pas
Que vous preniez votre repas ?
Votre blessure n’est cruelle,
Votre pointure n’est mortelle
Car en blessant pour vous guérir.
Vous ne tuez que pour vous nourrir…
Puce, si ma plume était digne,
Je décrirais votre origine :
Et comment le plus grand des dieux.
Pour la terre quittant les cieux
Vous fit naître comme il me semble
Orion et vous tout ensemble,
Mais il faudra que tel écrit
Vienne d’un plus gentil esprit.


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