
Louise Labé (1524-1566) est une poétesse française de la Renaissance. Célèbre pour ses sonnets, elle est une des rares autrices antérieures au XIXe siècle à avoir résisté à l’effacement acharné des historiens de la littérature française.
Il faut dire qu’elle avait un sacré talent, et un style d’une audace incroyable pour une femme du XVIème siècle.
Elle n’a pourtant pas échappé à la calomnie, comme toutes les femmes qui connurent le succès de leur vivant. Calvin la qualifiait de « putain du peuple » (classe le Jeannot), et certains sont même allés, longtemps après sa mort, jusqu’à lui retirer la maternité de son oeuvre.
Mais pas jusqu’à nier son existence. Comme l’écrit Julien Marsay dans son ouvrage remarquable « La revanche des autrices », « Pute pas de problème. Grande poétesse en revanche, pas question ».
Je vous présente ci-dessous trois de ses sonnets, « Baise m’encor, rebaise-moi et baise », « Depuis qu’Amour cruel empoisonna » et « Ne reprenez, Dames, si j’ai aimé »
Baise m’encor, rebaise-moi et baise
Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.
Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.
Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.
Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.
Depuis qu’Amour cruel empoisonna
Depuis qu’Amour cruel empoisonna
Premièrement de son feu ma poitrine,
Toujours brûlai de sa fureur divine,
Qui un seul jour mon coeur n’abandonna.
Quelque travail, dont assez me donna,
Quelque menace et prochaine ruine,
Quelque penser de mort qui tout termine,
De rien mon coeur ardent ne s’étonna.
Tant plus qu’Amour nous vient fort assaillir,
Plus il nous fait nos forces recueillir,
Et toujours frais en ses combats fait être ;
Mais ce n’est pas qu’en rien nous favorise,
Cil qui les Dieux et les hommes méprise,
Mais pour plus fort contre les forts paraître.
Ne reprenez, Dames, si j’ai aimé
Ne reprenez, Dames, si j’ai aimé,
Si j’ai senti mille torches ardentes,
Mille travaux, mille douleurs mordantes,
Si en pleurant j’ai mon temps consumé,
Las ! que mon nom n’en soit par vous blâmé.
Si j’ai failli, les peines sont présentes.
N’aigrissez point leurs pointes violentes ;
Mais estimez qu’Amour, à point nommé,
Sans votre ardeur d’un Vulcan excuser,
Sans la beauté d’Adonis accuser,
Pourra, s’il veut, plus vous rendre amoureuses
En ayant moins que moi d’occasion,
Et plus d’étrange et forte passion.
Et gardez-vous d’être plus malheureuses.
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