Gwendolyn Brooks, la poétesse aux 1000 couleurs

Version audio du portrait

Gwendolyn Brooks, 1917 – 2000, américaine, poétesse

Chère Gwendolyn,

Tandis que je soufflais 20 bougies, tu émettais ton dernier souffle. Mais ça, à l’époque, je ne le savais pas.

Je t’ai découverte très récemment. De toi, j’ai lu ton seul et unique roman Maud Martha, paru en 1953. La quatrième de couverture mentionne qu’il est largement inspiré de ta vie. C’est ainsi que je t’ai connue. Par ce livre qui m’a fait découvrir ton enfance, ta sensibilité, ton courage, la poésie de tes mots et ta délicatesse.

Envoutée par ce roman qui m’a plongé par fragments au cœur de ta vie, il m’a fallu du temps pour finalement aller voir ce qui se dit de toi. C’est alors que j’ai découvert ton humilité et ta discrétion au regard de la vie incroyable qui fut la tienne.

Tu es née le 07 juin 1917 à Topeka au Kansas, j’aurais imaginé plus tard, dans les années 30 peut-être. Ton livre parle bien de ton enfance à Chicago, ville dans laquelle tu as migré à peine âgée de quelques semaines lors de la Grande migration afro-américaine, de ton père dans une entreprise de musique, mais il ne dit mot de la profession de ta mère ou de tes brillantes études. Tu obtiens ton diplôme supérieur en 1936, après avoir fréquenté 3 écoles différentes. La première était rose et la seconde marron. La troisième brillait d’un jaune foncé. Et oui, je suis influencée par tes mots et leur beauté. Fréquenter ces trois écoles durant la ségrégation t’a permis d’élaborer une grande connaissance et compréhension des injustices raciales à l’œuvre dans ton pays.

Tu voulais dès ton plus jeune âge vivre de l’écriture, encouragée par ta mère institutrice et pianiste, ton premier poème, baptisé Eventide, est publié l’année de tes 13 ans dans le magazine pour enfant American Childhood. A 17 ans, tu es publiée dans le journal afro-américain Chicago Defender, et tu comptes déjà près d’une centaine de poèmes.
Tu as été professeure de littérature américaine, toi qui ne pensais pas être faite pour les études universitaires. Tu as, d’ailleurs, enseigné la poésie dans plusieurs universités à travers tous les Etats-Unis, dont l’université de Columbia à New-York.

Tu as reçu tellement de prix au cours de ta carrière. Tu as même été la première femme afro-américaine à recevoir le prix Pulitzer. C’était en 1950, pour ton second recueil de poèmes, Annie Allen. Je n’en reviens pas. J’aurais tant aimé étudier tes poèmes, au lieu des sempiternels Apollinaire, Verlaine et Rimbaud, comme celui-ci par exemple :

TRUTH

And if sun comes
How shall we greet him?
Shall we not dread him,
Shall we not fear him
After so lengthy a
Session with shade?

Though we have wept for him,
Though we have prayed
All through the night-years—
What if we wake one shimmering morning to
Hear the fierce hammering
Of his firm knuckles
Hard on the door?

Shall we not shudder?—
Shall we not flee
Into the shelter, the dear thick shelter
Of the familiar
Propitious haze?

Sweet is it, sweet is it
To sleep in the coolness
Of snug unawareness.

The dark hangs heavily
Over the eyes.

 

Tu demeures très discrète sur ta vie privée. En 1939, tu as épousé Henry Blakely Lowington Blakely Junior avec lequel tu as eu deux enfants, Henry Lowington Blakely III et Nora Brooks Blakely. Ton mari est décédé 4 ans avant toi.

Ta mort, le 3 décembre 2000 dans ta ville de Chicago, n’a pas signifié la fin de ta renommée. Au contraire, elle a continué de se propager. Des écoles, des bibliothèques, des parcs portent ton nom. Dix ans après ta mort, tu as été intronisée au Chicago Litterary Hall of fame. En 2012, ton visage a voyagé collé sur des enveloppes. En 2015, tu t’envoles dans le système solaire, ton nom est donné à un cratère sur Mercure. Nombreuses sont les stars qui rêveraient d’un pareil destin. La célébration des 100 ans de ta naissance a donné lieu à des festivités pendant plus d’une année. Une statue de toi a même été érigée. A Chicago, du moins, tu es très loin d’être oubliée.

Mais ici, alors que j’étais à l’aube de ma vie et toi à l’orée de la tienne, tu m’étais inconnue.
Il m’en a fallu du temps pour te découvrir. J’espère par ce portrait que d’autres personnes auront envie de lire tes écrits et continueront de faire vivre tes mots et ta poésie.

Je ne te connaissais pas Gwendolyn Brooks. Maintenant si, et je ne t’oublierai pas.

 

Portrait rédigé par Gwendoline Maziere

 

Retrouvez quelques textes de Gwendolyn Brooks sur notre page La poésie des oubliées

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