Marie de France (1160 – 1210) est une poétesse du XXIIème siècle, première femme de lettres en Occident à écrire en langue vulgaire.
Ses courts récits en vers ont connu un immense succès de son vivant, lus dans toutes les cours de France et d’Angleterre, puis sont tombés dans l’oubli.
En revanche, ses fables inspirées d’Esope ont été lues sans discontinuer du XIIème au XVIIème siècle. Et c’est là que ça devient passionnant.
Je ne peux pas accuser Jean de la Fontaine de plagiat, mais puisque les fables de Marie de France étaient extrêmement réputées il les a très certainement lues. Et honnêtement, cela se ressemble quand même beaucoup.
Je vous laisse juge avec ces versions féminines du corbeau et du renard et du grillon et la fourmi.
Une chose est sûre, l’Histoire a retenu la Fontaine et complètement oublié Marie de France, qui a pourtant écrit ces fables 500 ans avant lui. On comprend bien en tout cas que la différence de gloire repose plus sur la quantité de poils aux pattes que sur le talent…
Merci à Titiou Lecoq grâce à qui j’ai découvert cette incroyable poétesse, en lisant son formidable livre pour enfants « Les femmes aussi ont fait l’histoire ». Un ouvrage qui a donc rejoint ma bible des grandes oubliées sur la page bibliographie des chères oubliées
Le corbeau et le renard
Il paraît qu’une fois, peut-être,
passant devant une fenêtre
grande ouverte sur un cellier,
un corbeau eut l’œil attiré
par des fromages beaux à voir,
alignés sur un égouttoir.
Il en prit un, s’en fut, puis vit
un renard s’avancer vers lui,
animé du désir sauvage
de s’emparer de son fromage.
« Ce corbeau m’a l’air d’une buse,
je vais pouvoir user de ruse. »
« Mon Dieu, mais que vous êtes beau !
Jamais je ne vis si beau corbeau
à bien des lieues à la ronde,
et même assurément au monde !
Si votre chant est aussi beau,
alors il vaut tous les joyaux. »
Le corbeau, flatté de savoir,
que des bois il était la gloire,
voulut prouver au monde entier
à quel point il savait chanter ;
et le bec ouvert il chanta,
et le fromage lui échappa,
tombant directement au sol.
Le renard aussitôt le vole,
lâchant le corbeau et son chant
pour le fromage appétissant.
Ainsi est-il des orgueilleux,
recherchant la gloire autour d’eux :
qui sait bien mentir et flatter
arrive à tout leur soutirer ;
il est coûteux, assurément,
de croire à leurs boniments.
Le Grillon et la Fourmi
Un Grillon, par un jour d’hiver,
Entra dans une fourmilière.
Il faisait froid, il y entra:
C’est le hasard qui l’y mena.
Il demanda un peu de grain
Pour subsister: il avait faim
Et il n’avait plus rien chez lui.
« Que faisais-tu? dit la Fourmi,
Au mois d’août, au temps d’engranger
Pour mettre du grain de côté? »
« Je chantais, dit-il, j’égayais
Les autres bêtes, mais jamais
Je n’en ai eu un seul merci
Et donc je viens me mettre ici. »
« Et donc, c’est ça, chante pour moi! »
Sauf le respect que je te dois,
Tu aurais mieux fait d’amasser
En été de quoi subsister
Que d’être ici tout grelottant,
Le ventre creux, mendigotant…
Pourquoi devrais-je te nourrir?
Tu ne peux en rien me servir. »
Il ne faut vivre, on peut le voir,
En insouciance et nonchaloir
Mais, comme on le peut, tout au moins,
S’efforcer d’acquérir du bien:
Qui est nanti est préféré
A qui vient geindre et quémander.

Laisser un commentaire