Gloria Anzaldúa (1942 – 2004), « Une femme repose enterrée sous moi »

Gloria Anzaldúa est une poétesse et militante féministe lesbienne et chicana (américaine d’origine mexicaine). Elle est une des grandes figures du féminisme intersectionnel,  un courant du féminisme qui prend en compte les différentes formes de discrimination et d’oppression qui peuvent se croiser et se renforcer dans la vie des femmes.

Son poème « A woman lies buried under me » a été traduit en français par Oliv Zuretti & Meghan McNealy, vous pouvez en entendre une lecture ici. 

 

Une femme repose enterrée sous moi

Une femme repose enterrée sous moi
Inhumée depuis des siècles, présumée morte

Une femme repose enterré sous moi
J’entends son doux murmure
Le grésillement de sa peau de parchemin
En lutte contre les plis de son linceul.
Ses yeux sont transpercés par des aiguilles
Ses paupières, deux mites palpitantes

Une femme repose enterrée sous moi,
Effrayée de se réveiller, effrayée de rencontrer
Les ovales aux yeux absents des visages familiers.
Et choisir.

Une femme repose enterrée sous moi
Rêvant qu’elle traverse les cornes de la lune
Et s’éveille au pied de son pont.

Une femme repose enterrée sous moi
Vêtue de noir
La lune répand sa lumière
Une fragile peau de serpent
Qui effleure mon visage

Une femme repose enterrée sous moi
J’entends son doux murmure,
Le grésillement de ses ailes de parchemin
En lutte contre les plis de mon linceul.

Une femme repose enterrée sous moi.
J’émerge couverte de boue.
Des brindilles tombent de mes yeux.
Je me dresse, hume chaque fleur
Touche les quatre directions
Et les arbres en feu.

Dans mes mains
Ma vie.

A woman lies buried under me

Una mujer yace enterrada bajo de mí,
sepultada por siglos, presuntamente muerta.

Una mujer yace enterrada bajo de mí.
Oigo su suave susurro,
el roce áspero de su piel de pergamino
luchando contra los pliegues de su mortaja.
Sus ojos están perforados por agujas,
sus párpados, dos polillas que aletean.

Una mujer yace enterrada bajo de mí,
temerosa de despertar, temerosa de enfrentar
los óvalos sin ojos de rostros íntimos.
Y elige.

Una mujer yace enterrada bajo de mí,
soñando que camina
sobre los cuernos de la luna
y despierta al pie de su puente.

Una mujer yace enterrada bajo de mí.
Vestida de negro
la luna derrama su luz
una frágil piel de serpiente
rozando mi rostro.

Una mujer yace enterrada bajo de mí.
Oigo su suave susurro,
el crujido de sus alas de pergamino
luchando contra los pliegues de mi mortaja.

Una mujer yace enterrada bajo de mí.
Emerjo cubierta de barro.
Ramitas caen de mis ojos.
Me levanto, huelo cada flor,
toco las cuatro esquinas
y los árboles en llamas.

En mis propias manos
mi vida.


En savoir plus sur Chères oubliées

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Publié par


Laisser un commentaire